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Deux femmes d'affaires regardent ensemble des documents
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Magazine Pivot

Transferts d’entreprises : la prochaine génération a-t-elle vraiment le goût du risque?

Vu le vieillissement de la population, les entrepreneurs sont une denrée rare – plus encore que les employés.

Deux femmes d'affaires regardent ensemble des documentsSelon une étude, à peine le quart des entrepreneurs se départira de son entreprise en passant le flambeau à la famille. (iStock)

Pénurie de travailleurs, vulnérabilité du système de santé, fragilité des finances publiques : l’économie est à la merci d’une population vieillissante. D’ailleurs, 64 % des entrepreneurs ont plus de 45 ans et 37 %, plus de 55 ans. Même s’ils travaillent pendant plus longtemps que leurs prédécesseurs, leur départ à la retraite aura une incidence sur les transferts, les ventes et les fermetures d’entreprise.

La question de la relève en entreprise est complexe, plus que les problèmes de main-d’œuvre découlant du vieillissement de la population. Les visées entrepreneuriales de la population active sont difficilement prévisibles, et les données sur le sujet, imprécises. En raison de facteurs humains et du contexte qui évolue, les intentions ne rimeront peut-être pas avec création ou acquisition d’entreprises. Néanmoins, les conséquences possibles et non désirées du manque de relève, telles que les fusions, l’accroissement de la participation étrangère, la fermeture d’entreprises rentables et la montée des inégalités, doivent nous inciter à réfléchir à la question.

Qui seront les prochains entrepreneurs?

D’après la Banque de développement du Canada, à peine le quart des entrepreneurs se départira de son entreprise en passant le flambeau à la famille. Contrairement aux grandes entreprises (plus de 20 employés) qui peuvent davantage compter sur un transfert à un membre de la famille ou à un employé, les petites entreprises (87 % des entreprises canadiennes) doivent généralement s’en remettre, pour toute stratégie de sortie, à une vente ou à une fermeture. Hormis pour les sociétés des secteurs de l’agriculture, de la construction et du transport, les ventes d’entreprises risquent de représenter plus du double des transferts.

Toutefois, dans six secteurs sur quinze, il est prévu que le nombre de vendeurs dépassera largement le nombre d’acquéreurs. Les prochains entrepreneurs devront donc provenir, en grande partie, de l’extérieur de l’entreprise ou même du secteur, sans quoi les conséquences du manque de relève pourraient se faire sentir (sauf dans le secteur immobilier, plus accessible que les autres). L’entrepreneuriat, au Canada, a assurément besoin de sang neuf.

Le contexte économique actuel est-il propice aux visées entrepreneuriales?

La pandémie a eu un effet dévastateur sur les entreprises. Au plus creux de la vague, 100 000 entreprises ont fermé leurs portes au pays, et il aura fallu un an et demi pour s’en remettre. Comparativement à l’avant-pandémie, 50 000 personnes en moins s’identifient aujourd’hui comme travailleurs indépendants embauchant des salariés, alors que les emplois dans le secteur privé ont augmenté de 10 %, signe d’un déséquilibre entre employés et entrepreneurs.

En outre, le contexte actuel n’est pas propice aux investissements ni à la prise de risque. Les jeunes adultes, qui doivent investir des sommes considérables pour une propriété, ont de la difficulté à créer de la richesse, et les banques sont réfractaires au risque. S’ajoutent à cela une inflation persistante, des taux d’intérêt élevés et une période d’incertitude économique. On comprend pourquoi les Canadiens s’imaginent mal prendre les rênes d’une entreprise.

En parallèle, les gouvernements ont augmenté les emplois dans le secteur public, que ce soit dans les ministères, dans la santé ou dans l’éducation, afin de pallier les effets du ralentissement économique. Qui plus est, ces emplois sont assortis de régimes de pension publics, qui assurent un salaire à la retraite. Pour ces employés, le saut vers l’entrepreneuriat représente un grand risque. Le secteur public comptant environ 21 % des salariés au pays, on peut se demander, de ce point de vue, si sa croissance est vraiment souhaitable dans le contexte.

La population active en déclin, aide ou obstacle?

Étant donné la pénurie de travailleurs causée par le vieillissement de la population, les emplois ne manqueront pas dans un avenir proche, abstraction faite d’une éventuelle courte période de ralentissement économique provoquée par la hausse des taux d’intérêt. Les gens risquent donc de se tourner spontanément vers un emploi salarié, encore plus qu’ils ne le font en ce moment. En revanche, ces postes vacants représentent aussi un filet de sécurité pour ceux qui sont prêts à se lancer en affaires.

Pour les entrepreneurs actuels, la croissance de leur entreprise reposera sur leur capacité à recruter. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’ils se disputent des travailleurs plus âprement qu’ils ne se disputent des clients. Pour ceux dont la retraite est imminente, le transfert d’entreprise à l’interne constitue une mesure incitative de recrutement et de fidélisation. Cette transition d’employé à patron pourrait permettre d’attirer la population active du pays vers l’entrepreneuriat – à condition que les entrepreneurs en prennent l’initiative et que les employés acceptent de faire le grand saut.

D’UN POINT DE VUE ÉCONOMIQUE

Renseignez-vous sur les règles fiscales à prendre en compte lors d’une transmission d’entreprise familiale, ainsi que sur les différents moyens d’alléger le fardeau fiscal du transfert intergénérationnel.

Consultez les autres chroniques de David-Alexandre Brassard pour comprendre pourquoi le système bancaire canadien est aussi solide, en quoi le pays mise peut-être trop sur l’immigration et pour quelles raisons les jeunes générations ont plus de difficultés à s’enrichir.