Audits d’entités peu complexes : à la croisée des chemins?

Il pourrait y avoir un changement de cap en matière de normes d’audit pour les entités peu complexes. Apprenez-en plus!

Dans le monde d’aujourd’hui, les attentes envers les auditeurs – y compris les auditeurs de petites et moyennes entités – sont grandes. En effet, les auditeurs doivent non seulement respecter des exigences réglementaires de plus en plus lourdes, mais aussi offrir une valeur ajoutée à un prix raisonnable. Il semble que nous arrivions à une croisée des chemins : assisterons-nous à un changement de cap majeur dans la façon dont les normalisateurs internationaux établissent les normes d’audit?

Les audits réalisés par les petits et moyens cabinets (PMC) parmi les priorités

Lors de l’élaboration de son plan stratégique 2016-2021, le Conseil des normes d’audit et de certification (CNAC) du Canada a reconnu qu’il devait mettre l’accent sur les difficultés que rencontrent les PMC dans l’audit de petites entités peu complexes. Par contre, son champ d’action est limité par son approche, qui consiste à adopter, avec des modifications mineures, les Normes internationales d’audit (ISA) établies par le Conseil des normes internationales d’audit et d’assurance (IAASB). Afin de mieux comprendre le point de vue des PMC et d’informer l’IAASB quant aux difficultés que ceux-ci éprouvent, le CNAC a notamment décidé :

  • de tenir des séances de consultation avec les représentants des provinces pour traiter des difficultés rencontrées par les PMC
  • de renforcer le dialogue avec les PMC pour les encourager à tester les propositions de l’IAASB avant la finalisation d’une norme ISA
  • de demander, dans ses documents de consultation, des commentaires portant particulièrement sur les problèmes d’adaptabilité et de mise en œuvre des propositions de l’IAASB
  • de mener une analyse des risques de mise en œuvre pour chaque nouvelle norme ISA dans le but d’identifier les éventuelles difficultés d’application de cette norme, et de collaborer avec les formateurs et les concepteurs de guides et d’outils destinés aux auditeurs pour remédier à ces difficultés
  • de resserrer ses liens avec les organisations comptables provinciales pour mieux comprendre ce qui ressort des inspections et des discussions des conseillers en pratique professionnelle, et pour recueillir les commentaires de leurs membres sur les questions de normalisation
  • de travailler en plus étroite collaboration avec d’autres normalisateurs nationaux et les groupes de travail de l’IAASB quant aux questions de mises en œuvre 

Les PMC canadiens ont salué le travail accompli par le CNAC, mais il reste que les normes d’audit adoptées au Canada relèvent ultimement de l’IAASB. C’est donc au normalisateur international que revient en grande partie la responsabilité de remédier aux difficultés d’application des normes d’audit. Le CNAC lui transmet bien sûr des commentaires, notamment dans le cadre de discussions avec les normalisateurs nationaux et dans ses réponses aux documents de consultation.

Quelles mesures l’IAASB prend-il?

L’IAASB sait qu’il doit agir. Parmi la centaine de pays ayant adopté les normes ISA, beaucoup – dont le Canada – lui ont fait parvenir des commentaires à ce sujet. Jusqu’ici, son approche a été d’intégrer les questions d’adaptabilité dans ses projets en cours, mais nombreux sont ceux qui estiment que cela ne suffit pas. Il doit donc trouver de nouvelles solutions. À cette fin, il a publié en avril un document de travail facile à lire, dans lequel il demande l’avis des parties prenantes sur les causes profondes des préoccupations des PMC et sur les pistes de solution.

Je pense qu’il s’agit d’un moment crucial non seulement pour l’IAASB, mais aussi pour l’avenir des audits réalisés par les PMC. En effet, l’une des décisions clés que l’IAASB pourrait être appelé à prendre concerne une possible révision de fond en comble des normes ISA ou l’élaboration d’une norme distincte pour l’audit des entités peu complexes. En mai, une discussion internationale tenue entre 50 participants a montré que les avis sont partagés également entre ces deux scénarios.

Un tel changement de cap pourrait avoir des conséquences importantes et ne saurait être pris à la légère. L’IAASB doit avoir en main tous les renseignements nécessaires pour prendre des décisions éclairées sur les mesures que lui-même et possiblement d’autres acteurs doivent prendre. C’est ici que vous avez un rôle à jouer.

L’heure des décisions approche : nous devons connaître l’avis des parties prenantes canadiennes

En raison de l’importance de ce sujet pour le Canada, le CNAC prépare une réponse au document de travail de l’IAASB. Pour que ses arguments soient solides, il doit toutefois connaître l’avis des parties prenantes, notamment les professionnels en exercice, les conseillers en pratique professionnelle, les inspecteurs des audits, ainsi que les concepteurs et utilisateurs des méthodes d’audit des cabinets. Dans cette optique, nous avons créé une page Web consacrée à ce sujet pour offrir aux parties prenantes différents moyens de communiquer avec nous.

POURSUIVONS LA CONVERSATION

Vos commentaires doivent nous parvenir au plus tard le 14 août 2019. Je vous invite donc à lire le document de travail et à publier un message ci-dessous. Vous pouvez aussi, si vous le préférez, nous transmettre vos commentaires par l’entremise de notre page Web, ou m’envoyer directement un courriel. La date limite de réponse à l’IAASB est le 12 septembre 2019.

Conversations sur la qualité de l’audit se veut un forum d’échange concernant les faits et problèmes nouveaux survenant à l’international en matière de qualité de l’audit et leur incidence au Canada.

Avertissement

Les opinions et les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne représentent pas nécessairement ceux de CPA Canada.

À propos de l’auteur

Eric Turner, CPA, CA

Directeur, Normes d’audit et de certification, CPA Canada