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Congé de paternité : Oui à la prestation parentale partagée?

Quelques employeurs offrent une prestation complémentaire, mais certaines familles pourraient y perdre au change si papa prend un congé parental.

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Un bébé voyageant avec son père dans un bus publicLa nouvelle prestation parentale partagée est offerte aux parents d’un enfant né ou adopté le 17 mars 2019 ou après, et qui souhaitent se partager le congé parental. (Getty Images/Mayte Torres)

De nouvelles prestations de congé parental payé sont proposées aux parents : de cinq à huit semaines de congé supplémentaire pourraient être prises par le père ou l’autre parent non biologique.

Mais les familles peuvent-elles se permettre de profiter de la prestation parentale partagée?

L’objectif est d’encourager plus d’hommes à prendre un congé parental, afin de réduire les obstacles à l’égalité entre les sexes sur le marché du travail. C’est ce qu’a expliqué Jean-Yves Duclos, ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social, lors de la conférence de presse organisée récemment pour le lancement du programme.

Les modalités de la prestation parentale partagée sont semblables à celles qui sont en vigueur au Québec depuis 2006, où la prestation équivaut à 70 % du revenu du père pour un maximum de cinq semaines, entre autres. Selon Statistique Canada, 86 % des papas québécois ont demandé ou avaient l’intention de demander un congé parental en 2015, contre 12 % des pères dans le reste du Canada.

NOUVELLES OPTIONS DE CONGÉ

La nouvelle prestation parentale partagée est offerte aux parents d’un enfant né ou adopté le 17 mars 2019 ou après, et qui souhaitent se partager le congé parental. Les deux parents doivent toutefois choisir la même option de congé (congé standard ou congé prolongé).

Dans le cas d’un congé parental standard, voici les avantages qu’offre la nouvelle option de partage des prestations :

  • Augmentation du nombre de semaines de congé, qui passe de 35 à 40; le deuxième parent doit prendre au moins 5 semaines
  • Prestation équivalant à 55 % du salaire du deuxième parent, pendant un maximum de cinq semaines

... et dans le cas d’un congé parental prolongé :

  • Augmentation du nombre de semaines de congé, qui passe de 61 à 69; le deuxième parent doit prendre au moins 8 semaines
  • Prestation équivalant à 33 % du salaire du deuxième parent, pendant un maximum de huit semaines

CONGÉ PARENTAL, ENTRE DÉSIR ET RÉALITÉ

Pour les couples non admissibles à un congé parental (soit 38 % des mères des provinces autres que le Québec, selon une étude menée en 2016), il arrive que le parent fasse une demande de prestations d’aide sociale au provincial. L’accès aux prestations dépend alors des attentes d’employabilité; d’autres parents choisiront d’assumer eux-mêmes le manque à gagner associé à la prise d’un congé parental non rémunéré.

Même s’ils sont admissibles à un congé parental payé, de nombreux parents trouvent difficile de cesser de travailler, surtout les hommes, constate Joyce He, doctorante en comportement organisationnel et en gestion des RH à la Rotman School of Business de Toronto.

« Beaucoup d’hommes associent la paternité à un rôle de pourvoyeur. La situation varie d’une culture à l’autre et en fonction du statut socio-économique, mais on semble voir cette tendance chez une proportion des pères à faible revenu. »

Même chez les pères désireux de prendre un congé parental, c’est un pensez-y-bien, soutient Mme He. On évoque ici l’écart salarial. En effet, précise-t-elle, lorsque les prestations de congé parental ne sont pas bonifiées par l’employeur, « il sera généralement moins avantageux pour le ménage que le père s’absente du travail si c’est lui qui touche le meilleur salaire. »
Ainsi, c’est plutôt dans les ménages où l’un des parents touche un salaire élevé ou bénéficie d’un complément de l’employeur pour bonifier les prestations publiques que l’on pourra se permettre de profiter de la nouvelle option plus généreuse, fait remarquer la chercheuse.

RÔLE DE L’EMPLOYEUR

Certaines entreprises voit leur régime de remplacement du revenu en cas de congé parental comme un élément concurrentiel, qui sert à attirer et à fidéliser les employés, avance Richard Yerema, directeur de rédaction à Mediacorp Canada, qui publie entre autres la liste Canada’s Top Family-Friendly Employers, palmarès des employeurs axés sur la famille.
Tous les employeurs qui se trouvent dans ce classement étoffent les prestations de congé parental, dans une proportion variée, afin de donner un coup de pouce aux employés, explique M. Yerema, au point où le manque à gagner est parfois mineur, pour les plus généreux des régimes. Voici trois exemples :

  • À Fidelity Canada, le pourcentage du complément aux prestations de congé parental permet dans certains cas au parent de toucher l’équivalent de son salaire habituel, pour 25 semaines.
  • À la caisse d’épargne Vancity (Vancouver City Savings Credit Union), la prestation complémentaire permet au parent de toucher 85 % de son salaire, pendant 61 semaines.
  • Chez Desjardins, la prestation complémentaire pour les employées en congé de maternité permet d’atteindre jusqu’à 95 % du salaire, pour 18 semaines. Pour les pères, la prestation supplémentaire mènera à un revenu de remplacement équivalant à 95 % du salaire, pour 12 semaines.

Des politiques généreuses de ce type font leur apparition, depuis une vingtaine d’années, rappelle M. Yerema. « Et les employés désireux de fonder une famille savent qu’il existe des employeurs prêts à leur faciliter les choses. »

UN BÉBÉ, COMBIEN ÇA COÛTE?

CPA Canada a publié un guide sur les coûts à prévoir quand passe la cigogne, intitulé Babie$: The Real Story of How Much They Cost. Ils y trouveront des outils pour établir un budget, planifier un congé parental, évaluer les divers types de services de garde et prendre en compte les coûts insoupçonnés liés à l’arrivée d’un enfant