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Le National Business Book Award souffle ses 35 bougies

Pandémie ou pas, la fête aura bien lieu, quitte à trinquer en ligne.

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Image du trophée d'or sur le dessus de la pile de livresLe National Business Book Award célèbre son 35e anniversaire. (livres Getty; trophée iStock)

Les prix littéraires, événements phares du monde de l’édition, changent peu d’une année à l’autre, sinon de titres et d’auteurs. Il y a rassemblement du clan (auteurs, éditeurs, critiques, commanditaires, lecteurs, humbles mais essentiels), instants de gloire et, au rayon des études et essais, questions d’actualité traitées à l’envi. Rarement de surprises, donc. À moins, peut-être, d’un anniversaire à souligner? Des ravages d’une pandémie à contrer?

Ou des deux! Le National Business Book Award (NBBA) fête ses 35 ans cet automne et tient à marquer le coup. Ce prix, Mary Ann Freedman, consultante en marketing, n’en soupçonnait même pas l’existence quand en 1987, deux ans après sa création, on lui a proposé de le prendre en main. Depuis, elle y met « tout son cœur », et, aujourd’hui, le NBBA – qui s’accompagne d’une bourse de 30 000 $ – jouit d’un prestige international. « Je suis frappée par la finesse d’analyse des auteurs d’ici. Leur vision des événements et des tendances qui déferlent sur la planète tranche résolument avec les réflexions publiées ailleurs. » 

Mme Freedman, entre autres initiés, tels les membres quasi permanents du jury, présidé par l’ancien présentateur de CBC News, Peter Mansbridge, ne compte plus les études parues ces dernières décennies sur l’influence des facteurs socioéconomiques sur les affaires. À noter, le NBBA ne couronne pas exclusivement les classiques du genre, comme les portraits d’entreprise et d’entrepreneurs. Daniel Levitin, éminent neuroscientifique acclamé pour De la note au cerveau, l’a remporté il y a trois ans pour A Field Guide to Lies: Critical Thinking in the Information Age, tandis que Naomi Klein, tout aussi étonnamment, l’a reçu pour No Logo en 2001. Les biographies – au dénouement tragique de préférence – gardent cependant la cote. Lauréats, plusieurs récits de la chute spectaculaire de Nortel, de BlackBerry, de Conrad Black, de la dynastie Steinberg.

Arbitre du jury du NBBA depuis 20 ans, Deirdre McMurdy est bien placée pour observer l’évolution des sujets traités. Auparavant journaliste économique et analyste politique, pleine d’humour, elle prétend s’occuper « de la basse besogne ». Et passe au crible de 40 à 50 titres, bon an, mal an, « de l’impôt sur le revenu pour les nuls au portrait d’entreprise », en disqualifie certains (rédigés par un prête-plume ou commandités) et soupèse les autres à l’aune de critères définis : originalité, pertinence, excellence de l’écriture, rigueur de la recherche et profondeur de l’analyse. Impitoyable, elle n’en retient que de sept à dix, dont elle fait la critique pour soumettre ses commentaires au jury, qui les épluchera afin de sélectionner quatre finalistes.

« On voit moins de livres sur des personnages plus grands que nature, ces temps-ci », souligne Mme McMurdy. La plupart, il est vrai, ont quitté la scène. Et puis, les questions socioéconomiques sont à l’ordre du jour. Jacquie McNish, trois fois lauréate du NBBA, arrive au même constat. Co-auteure de récits sur Conrad Black et BlackBerry, elle note que The Third Rail: Confronting Our Pension Failures, co-écrit avec Jim Leech, est celui « qui aura suscité le plus de débats avec les lecteurs ».

Selon les membres du jury, les auteurs d’ici font preuve d’une finesse d’analyse qui tranche avec les réflexions publiées ailleurs.

Quels que soient les thèmes à l’honneur, le NBBA suit l’immuable tradition des prix littéraires du dernier quart de siècle. Outre la coquette somme versée à l’auteur ou aux co-auteurs lauréats, pour les autres finalistes, ces grands rendez-vous fournissent l’occasion de prendre la parole et d’attirer l’attention des journalistes, histoire de récolter la manne qui en découle. Un travail de promotion indispensable, une fois accompli le dur labeur de recherche et d’écriture, lance Mme McNish. « Au Canada, il ne suffit pas de manier la plume pour gagner sa vie. Le prix met en vitrine les nouveautés qui, autrement, languiraient au fond des librairies. »

Évidemment, les ouvrages primés cette année sont sortis avant l’irruption du coronavirus. Toute recherche approfondie exige du temps. Encore un an, donc, pour que surgissent les premières analyses des effets transformateurs (ou non) de la pandémie sur les affaires, fait observer Mme McMurdy, qui considère, somme toute, que les finalistes de 2020 rendent compte brillamment des tendances émergentes.

L’étude VIVA M.A.C: Aids, Fashion, and the Philanthropic Practices of M.A.C Cosmetics d’Andrea Benoit examine l’adoption avant l’heure du marketing engagé, voie choisie par le géant torontois du maquillage qui, dès les années 1990, recueillait des fonds pour lutter contre le sida. Arlene Dickinson, figure éminente du capital-risque, signe un vade-mecum de l’entrepreneur, Reinvention: Changing Your Life, Your Career, Your Future. Wendy Dobson, universitaire, ancienne sous-ministre adjointe des Finances, propose Living with China : A Middle Power Finds its Way. Une analyse qui tombe à point nommé, vu l’affaire de l’extradition de Meng Wanzhou, qui a exacerbé les tensions sino-canadiennes. Enfin, un livre qui ferait passer No Logo pour un hymne au capitalisme : More Than We Bargained For: An Untold Story of Exploitation, Redemption and the Men Who Built a Worker’s Empire. C’est l’œuvre de John Stefanini, arrivé d’Italie en 1959, et qui, d’adolescent démuni, s’est hissé au rang des meneurs du syndicalisme à Toronto.

Le NBBA et ses commanditaires, le cabinet d’avocats Bennett Jones et l’entrepreneur Miles S. Nadal, rêvaient d’un coup d’éclat pour ce 35e anniversaire. En novembre, si l’apaisement de la COVID-19 et le déconfinement le permettent, Mme Freedman se voit faire les choses en grand. Au lieu de 100 invités, 300. Et « autant d’anciens lauréats que possible ». La fête aura bien lieu, promet-elle, même si cette année on trinquera en ligne!*

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* Cet article a été modifié le 11 septembre 2020 pour mettre à jour les informations relatives à la cérémonie qui doit se tenir en novembre.