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Un capteur transcutané intelligent pour sauver des vies

Sachit Harish, CPA, a participé à l’élaboration d’une façon innovante de mesurer le flux sanguin. Bientôt dans un hôpital près de chez vous!

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photo illustration du bras et du coude de la personne avec un bandage en forme de «X»« Posé sur le cou du patient, le capteur numérique FloPatch indique sans délai la vitesse et le volume du débit cardiaque », explique Sachit Harish. (Illustration de Matthew Billington)

Pour Sachit Harish, CPA, le capteur transcutané intelligent n’a rien de saugrenu. Son rêve : en faire profiter les patients en détresse qui arrivent à l’urgence en chute de tension artérielle.

Entrepreneur en biotechnologie, ce battant a cofondé Flosonics Medical, où il intervient comme chef des finances. L’entreprise de Sudbury, en plein essor, a inventé le dispositif FloPatch, une petite merveille qui facilitera la tâche des médecins en situation d’urgence. La jeune pousse, qui a déjà séduit les investisseurs, a commencé les essais cliniques. Et pour passer à la prochaine étape, elle participe au programme Lazaridis ScaleUp de l’Université Wilfrid-Laurier, à Waterloo, un tremplin pour la relève. On y jumelle des entrepreneurs ambitieux comme M. Harish à des vétérans de la scène technologique nord-américaine, dans l’espoir de faire du Canada un chef de file dans divers créneaux d’avenir.

Mais qu’est-ce qu’un capteur transcutané intelligent, au juste? Quand un patient arrive à l’urgence en chute de tension artérielle, par suite d’un accident cardiovasculaire ou d’une infection, entre autres, on préconise en général l’administration immédiate d’un soluté, pour faire remonter sa tension. Cependant, comment savoir quelle quantité donner? Un volume insuffisant, et la tension ne décolle pas. Trop de liquide, et on pourrait inonder les poumons ou les reins, d’où des risques graves; l’issue peut même être fatale. Il faut donc mesurer avec précision le flux sanguin à la suite de l’apport de soluté. Le tout exige une vingtaine de minutes, et il faut recourir à des techniques invasives, comme l’insertion d’un cathéter. 

« Posé sur le cou du patient, le capteur numérique FloPatch indique sans délai la vitesse et le volume du débit cardiaque », explique M. Harish. Le dispositif mesure par voie ultrasonique le débit de l’artère carotide, un indicateur de l’activité du ventricule gauche, et affiche les données par transmission sans fil, sur une tablette électronique que consulte le médecin. On pense d’abord aux soins intensifs, mais M. Harish entrevoit le jour où chaque patient admis à l’hôpital en chute de tension se verra poser un FloPatch sur le cou. Après les essais cliniques et les différentes formalités réglementaires, la mise en marché devrait débuter en 2020. 

portrait of Sachit Harish, CFO of Flosonics MedicalSachit Harish, directeur financier de Flosonics Medical

Comme souvent dans les technologies, une idée lumineuse a germé sur un terrain fertile, étape par étape. Le docteur Jon-Emile Kenny, intensiviste (aujourd’hui médecin-chef de Flosonics), trouvait laborieux d’avoir à administrer du soluté à l’aveugle. Il en a parlé à Joe Eibl, un camarade de classe de l’Université de Colombie-Britannique, docteur en sciences biomoléculaires, diplômé de l’Université Laurentienne. Les recherches de ce dernier ont esquissé une solution par surveillance ultrasonique. M. Eibl a ensuite fait appel à son frère Andrew, professionnel en RH et en analyse d’entreprise, qui à son tour est allé solliciter M. Harish, un ancien de l’école de gestion de l’Université d’Ottawa, tout comme Andrew Eibl. M. Harish a sauté sur l’occasion de participer à l’aventure. « J’ai toujours eu le sens des affaires », dit celui qui a été auditeur pour l’un des Quatre Grands, avant de se joindre à de jeunes pousses de l’immobilier et des technos. « Comme auditeur, j’ai appris à faire ressortir les facteurs de succès et les causes d’échec. À présent, c’est à mon tour d’appliquer mes acquis et de repenser les façons de faire. » 

L’entreprise a mobilisé 5 M$ en capital de risque l’année dernière et compte désormais une quinzaine d’employés. La division Recherche et développement se trouve à Toronto : « On y profite du laboratoire de recherche sur les ultrasons de l’hôpital Sunnybrook, un centre réputé », ajoute le chef de la direction, Joe Eibl. Et les essais cliniques? À Sudbury, port d’attache du docteur Kenny et des frères Eibl, et siège de l’entreprise. Flosonics collabore en outre avec l’Institut de recherches d’Horizon Santé-Nord et l’École de médecine du Nord de l’Ontario. M. Harish, lui, réside à Ottawa, d’où il pilote les finances. 

Flosonics pense déjà à de multiples cas d’utilisation : suivi des patients externes, télémédecine, applications militaires. Elle espère que le programme Lazaridis ScaleUp l’aidera à se positionner sur l’échiquier mondial des appareils médicaux, un marché de 465 G$, dont le Canada n’occupe que 2 % (contre 43 % pour les États-Unis). Le programme est une sorte d’école pour les entrepreneurs en technologie prometteurs. Certes, les sociétés innovantes du Canada brillent déjà, mais le chemin reste semé d’embûches pour s’imposer à l’international. Difficile de se hisser au rang des étoiles qui semblent naître année après année dans la Silicon Valley. L’obstacle principal, fait observer Kim Morouney, directrice générale du programme ScaleUp, réside dans une pénurie de leaders au fait des technologies. « Pour dépasser la phase de démarrage, il faut s’en remettre à des habitués du développement d’entreprise à grande échelle. » Or, le bassin de sociétés technos d’envergure reste limité au Canada, et les meilleurs éléments se laissent souvent séduire par la Silicon Valley. 

Financé par Mike Lazaridis, célèbre homme d’affaires canadien, cofondateur de Research in Motion (BlackBerry), et monté avec l’appui du gouvernement de l’Ontario, le programme ScaleUp accueille cette année deux cohortes de dix entreprises. Parmi les élèves vedettes des années précédentes figure Terramera, société de biopesticides de Vancouver, en expansion rapide. S’y ajoute Tulip Retail, qui propose une application mobile de vente au détail; elle a collecté récemment 50 M$. Sans oublier Unata, plateforme d’épicerie en ligne acquise l’an dernier pour 65 M$ US par le chef de file Instacart (Unata conserve ses bureaux torontois).

Sachit Harish entrevoit le jour où chaque patient admis à l’hôpital en chute de tension aura un flopatch sur le cou.

Le programme ScaleUp, qui s’échelonne sur un an, s’enrichit d’ateliers mensuels au Canada et aux États-Unis, notamment au cœur de la Silicon Valley. Des entrepreneurs chevronnés y donnent des indications sur le marketing et les finances, tirées de la vraie vie; et un volet mentorat vient étoffer l’encadrement, afin d’offrir conseils personnalisés et orientations aux jeunes pousses. « L’équipe du iPod comptait une quarantaine de spécialistes, puis s’est développée, pour en regrouper plusieurs milliers; pouvoir discuter avec quelqu’un qui l’a dirigée, qui l’a fait grandir, imaginez la chance qu’on a », souligne M. Harish. Joe Eibl, pour sa part, prend bonne note des conseils pratiques : « Les intervenants arrivent à mettre le doigt sur nos difficultés et nous expliquent comment les surmonter, à l’aide d’exemples concrets. On voit le déclic se produire chez les participants. » Et côtoyer d’autres entrepreneurs présente un avantage considérable; les ateliers mensuels prennent figure de lieux d’échanges, et le réseautage va bon train. D’ailleurs, M. Harish apporte une denrée rare dans le milieu des technos, son bagage de CPA. Une ressource appréciée : « On me pose toutes sortes de questions, des plus simples (la différence entre le contrôleur et le chef des finances) aux plus complexes (la planification des fourchettes de salaires). On s’épaule pour viser une réussite collective. »   

Pour Mme Morouney, la création d’un réseau s’intègre au plan général que trace le programme ScaleUp. « Nous voulons que les jeunes pousses des technos demeurent au Canada, au lieu de se sentir obligées de plier bagage pour déployer leurs ailes. S’ils choisissent de rester, ces entrepreneurs d’élite pourront à leur tour accompagner la relève. Semons aujourd’hui pour récolter demain. » Et M. Harish de conclure : « Bien des entreprises peinent à passer à la vitesse supérieure, elles s’enlisent. Ici, on aborde les choses sous un nouvel angle, on a accès à des solutions sur mesure. »