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Le monde (comptable) et la technologie en 2018

Depuis que Luca Pacioli a popularisé la comptabilité en partie double il y a plus de 500 ans, les comptables ont su tirer le meilleur des innovations techniques. Sommes-nous prêts pour la prochaine vague?

En 2013, Carl Frey et Michael Osborne, de l’Université d’Oxford, ont publié un article (en anglais) qui a suscité un grand émoi. Les auteurs y affirmaient que 47 % des emplois aux États-Unis étaient menacés de disparition en raison de l’automatisation. La profession de comptable se trouvait à 0,94 sur une échelle de 0 à 1 (en grand danger, donc).

Cette publication a bien entendu fait couler beaucoup d’encre (elle a été citée plus de 1 300 foisdans des livres et des revues spécialisées) et a suscité bien des discussions. Y a-t-il vraiment lieu de s’inquiéter? Comme l’a écrit James Bessen, de l’Université de Boston, dans un article paru dans The Economist l’an dernier, tout n’est pas noir : «L’automatisation n’élimine pas les emplois, elle les redéfinit, avec pour effet de faire baisser les coûts et augmenter la demande.»

Voici cinq technologies qui vont transformer la profession comptable – si ce n’est pas déjà fait.

COMPTABILITÉ INFONUAGIQUE

Jusqu’à tout récemment, pour profiter des avantages que procurent les logiciels comptables, les sociétés devaient réunir les données financières, puis les envoyer à leur comptable par courriel. Grâce aux plateformes comme QuickBooksFreshBooksWave et Xero, fini les tracas! Les logiciels hébergés sur le nuage permettent maintenant aux utilisateurs de la société et au comptable d’accéder facilement et simultanément aux données. Tout ce qu’il vous faut : un ordinateur, une connexion à Internet et un mot de passe.

INTÉGRATION

Les logiciels comptables intégrés sont la solution d’avenir pour simplifier vos processus. Besoin d’aide pour gérer vos notes de frais? Receipt BankExpensify et Shoeboxed vous permettent de le faire sans papier. Pour gérer la paie? Connaissez-vous Gusto et Wagepoint? Pour les heures travaillées et la facturation? Essayez TSheetsHarvest ou Temponia. Pour traiter les paiements? Songez à PayPalStripe ou Square. Chacun de ces logiciels est conçu pour une activité précise, ce qui permet aux utilisateurs de consacrer moins de temps aux tâches administratives et plus de temps à leurs fonctions.

MONNAIES VIRTUELLES

La valeur de l’ensemble des monnaies virtuelles, ou cryptomonnaies, a récemment dépassé le cap des 200 G$ US (article en anglais). Il est donc probable que vous connaissez quelqu’un qui en possède, si vous n’avez pas vous-même investi de ce côté. Monnaies non fiduciaires sans pays d’attache, elles permettent aux acheteurs et aux vendeurs – mais aussi aux blanchisseurs d’argent(article en anglais) – de transférer des fonds numériques aussi facilement qu’on envoie un texto. L’ARC, qui suit de près la situation, précise que les monnaies virtuelles sont assujetties aux règles sur le troc en vertu de la Loi de l’impôt sur le revenu. Vos clients qui les emploient pour effectuer des opérations commerciales doivent donc consigner celles-ci dans leurs grands livres au taux de change applicable. Tout gain en capital doit être déclaré et est imposable.

CHAÎNES DE BLOCS

Ayant fait leur apparition en même temps que Bitcoin, les chaînes de blocs sont les «grands livres» dans lesquels sont habituellement inscrites les opérations en monnaies virtuelles. Leurs caractéristiques intrinsèques, toutefois, font qu’on les utilise dans de nombreuses applications. Ces chaînes offrent une grande transparence, sont auditables, sont protégées par chiffrement et ne peuvent pas être modifiées rétroactivement. En outre, grâce à l’architecture distribuée, chaque partie dispose du registre complet des opérations validées.

La chaîne de blocs permet de créer un monde sans chambre de compensation, sans chèque et sans délai de règlement pour les actions, obligations et autres instruments de mobilisation de capitaux, et même d’abolir les registres fonciers centralisés.

Cette technologie présage la comptabilité en partie triple (article en anglais) : les opérations seraient inscrites dans le grand livre des deux parties prenantes et dans un troisième grand livre partagé (distribué, sûr et impossible à modifier) intégré dans une chaîne de blocs. Les opérations – et le transfert des fonds – seraient instantanées. Plus besoin de tenir à jour les comptes clients ni les comptes fournisseurs. Cette méthode garantirait l’exactitude presque totale du bilan et de l’état des résultats, ce qui simplifierait grandement les audits.

APPRENTISSAGE AUTOMATIQUE

Même si l’on a tendance à exagérer ses capacités (article en anglais), l’apprentissage automatique, ou apprentissage machine, est une technologie très prometteuse. Elle permet à un ordinateur de détecter les points récurrents dans un vaste ensemble de données au moyen d’algorithmes et de statistiques (article en anglais) et de déterminer si un élément «détonne». Par conséquent, elle est tout à fait adaptée aux tâches de catégorisation et de validation, comme l’examen des demandes de remboursement de dépenses. Un algorithme alimenté par une vaste banque de demandes valides peut être programmé de façon à établir, avec un haut degré d’exactitude, si d’autres demandes de remboursement sont justifiées. D’une manière semblable, l’apprentissage automatique peut servir à repérer de subtiles anomalies, comme les tentatives de fraude (article en anglais), dans un lot d’opérations normales.

Notre métier sera-t-il victime de l’essor des machines? C’est peu probable. Paradoxalement, l’automatisation dynamise dans certains cas les domaines qu’elle touche. C’est ce qui s’est produit au XIXe siècle, quand l’invention du métier à tisser a fait chuter le prix du tissu. La demande a augmenté à un point tel que le nombre de tisserands a quadruplé (article en anglais). Pareillement, vers la fin du XXe siècle, le nombre de succursales bancaires a augmenté de 43 % (article en anglais) après l’avènement des guichets automatiques, qui ont fait chuter les coûts de fonctionnement des succursales.

Toutefois, pour maintenir notre pertinence et préserver notre emploi, nous devons faire montre de souplesse et adopter les innovations techniques. Bref, l’avenir appartient à ceux qui sauront embrasser les nouvelles façons de faire.