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Kamana Bikadi, Sydney Dressler et Clayton Norris
Comptabilité
La profession

« Mes origines ont profondément influencé ma carrière »

Trois CPA autochtones s’ouvrent sur leur carrière, leur satisfaction à travailler au sein de leur communauté et les retombées de leur titre.

Kamana Bikadi, Sydney Dressler et Clayton Norris(De gauche à droite) Kamana Bikadi, Sydney Dressler et Clayton Norris, CPA autochtones, parlent de leur parcours. (Images fournies)

À l’occasion du Mois national de l’histoire autochtone, nous mettons en lumière trois CPA qui font d’impressionnants progrès, non seulement dans leur carrière florissante, mais aussi dans leur communauté en tant que leaders et mentors.

Voici donc les CPA à l’honneur :

  • Kamana Bikadi, CPA, membre de la Nation Lil’wat, agente de fiducie à la FNB Trust, société de fiducie en propriété exclusive de la Banque des Premières Nations du Canada, et directrice générale du fonds de bourses d’études pour Autochtones Chief Joe Mathias British Columbia;
  • Clayton Norris, CPA, CMA, GFAA, MBA, IAS.A, membre des Premières Nations de Cold Lake, vice-président des Services aux Autochtones du cabinet MNP, où il est associé et membre du conseil d’administration;
  • Sydney Dressler, CPA, membre de la North Slave Métis Alliance, responsable des finances pour la Première Nation de Doig River.

CPA CANADA : POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI DE DEVENIR CPA?
Kamana Bikadi (KB) : J’ai grandi à Mount Currie, en Colombie-Britannique, où il n’y avait pas beaucoup de CPA. Mais pendant les stages que j’ai effectués aux bureaux vancouvérois de Deloitte, dans le cadre de mes études en administration, des comptables qui faisaient un travail remarquable pour leurs clients et leur communauté m’ont inspirée. Des collègues m’ont aussi encouragée à aller chercher le titre de CPA, qui permet de jouer un rôle influent.

Clayton Norris (CN) : Quand je me suis joint au groupe-conseil chez MNP en 2005, j’ai vite compris qu’un titre de CPA me conférerait un net avantage pour offrir de meilleurs services à nos clients. J’ai pu parfaire mes compétences en ajoutant à mon MBA une formation de CPA.

Sydney Dressler (SD) : J’ai toujours aimé les calculs et l’organisation. L’idée de devenir CPA m’est venue pendant mes études à l’Université du nord de la Colombie-Britannique, lors d’un événement de recrutement.

CPA CANADA : QUELLES DIFFICULTÉS AVEZ-VOUS RENCONTRÉES EN DÉBUT DE CARRIÈRE?
KB : Mon plus grand obstacle a été de m’éloigner de ma famille et de ma communauté. En tant qu’Autochtone, il est très important pour moi d’être entourée de mon peuple. C’est ce qui a été le plus difficile, mais j’ai aussi eu du mal à m’habituer à vivre en ville.

Quand on vient d’une petite communauté, il est toujours plus difficile de s’en aller pour étudier en raison des obstacles systémiques. Maintenant que cette étape est derrière moi, je me sens tenue d’aider d’autres Autochtones à s’y retrouver dans certains parcours et systèmes. J’essaie de jouer ce rôle en épaulant les clients qui créent des fiducies pour leurs communautés à la suite de règlements, de réclamations ou en raison d’autres entrées de trésorerie.

CN : J’ai mis à profit mon expérience de MBA pour l’appliquer à mes nouvelles connaissances de CPA. Le défi était d’acquérir ensuite de l’expérience pratique en contexte réel pour continuer à aller de l’avant.

SD : Je n’ai jamais simplement étudié à temps plein. J’ai occupé trois emplois quand j’étais à l’université. Puis, j’ai dû relever le défi de travailler pendant 10 heures par jour en cabinet avant de retourner à la maison pour étudier encore 2 à 3 heures. Le programme CPA était difficile, mais j’ai persévéré.

CPA CANADA : COMMENT VOTRE HÉRITAGE AUTOCHTONE A-T-IL INFLUENCÉ VOTRE CARRIÈRE?
KB : Mon héritage a profondément influencé ma carrière dès le départ. J’ai toujours voulu travailler au sein de la communauté autochtone. Même quand je faisais des audits chez Deloitte, à Vancouver, je demandais qu’on m’affecte aux missions pour les clients autochtones. Plus tard, j’ai travaillé pour le service de conseils aux fiducies autochtones du même cabinet.

Aujourd’hui, je travaille à la Banque des Premières Nations du Canada, qui est détenue et exploitée par des Autochtones. Non seulement tous nos clients des services de fiducie sont autochtones, mais mes merveilleux collègues le sont aussi, et ils partagent ma vision.

CN : Toute ma vie professionnelle, j’ai travaillé auprès de nations autochtones. Avant de me joindre à l’équipe de MNP, je travaillais pour une grande institution financière canadienne où j’étais responsable des clients d’affaires autochtones. C’est ce qui m’a amené vers les Services aux Autochtones de MNP. Mes racines diversifiées me permettent de respecter et d’apprécier différents points de vue. Les CPA ont de belles occasions de participer à l’amélioration et au développement des opérations gouvernementales, des entreprises et des capacités des nations autochtones.

SD : Pendant mes dernières années de formation, la North Slave Métis Alliance a couvert mes droits de scolarité. Comme j’ai bénéficié de leur soutien, j’ai toujours voulu m’investir auprès des communautés autochtones. Chez MNP, j’ai travaillé pour les Services aux Autochtones. J’ai eu la chance de travailler avec beaucoup de nations sur des projets captivants. Puis, j’ai commencé à faire des audits, notamment pour la Première Nation de Doig River, qui m’a offert un poste par la suite.

CPA CANADA : QUELS CHANGEMENTS OBSERVEZ-VOUS DANS LA PROFESSION EN MATIÈRE DE REPRÉSENTATION ET D’INCLUSION?
KB : On se tourne vers moi beaucoup plus qu’avant. Les gens sont de plus en plus sensibilisés, surtout depuis la médiatisation, l’été dernier, de la question des pensionnats. Les gens sont beaucoup plus nombreux à poser des questions et à vouloir apprendre, et c’est important.

CN : Dans notre profession, on manque encore cruellement de CPA autochtones au Canada. Nous devons continuer à encourager et à encadrer les étudiants qui deviendront la prochaine génération de CPA. Particulièrement pour les étudiants des Premières Nations et les étudiants métis et inuits, il faut commencer tôt, dès le début du secondaire, à montrer comment les compétences et les connaissances des CPA peuvent soutenir le développement et accroître les possibilités des Premières Nations partout au pays. Comme CPA, nous devons encourager le mentorat. Je fais partie d’un nouveau groupe, le Indigenous Leadership Circle, qui vise à épauler et à encadrer la prochaine génération de leaders autochtones.

SD : Le programme CPA est tellement structuré; plus je me plonge dans la culture autochtone, plus je suis témoin de la méfiance qui y est profondément ancrée à l’égard de tout ce qui est lié aux politiques ou à l’influence d’un gouvernement. Je crois qu’il y a beaucoup de barrières à abattre si on veut que les Autochtones envisagent cette profession et en comprennent la valeur. Le partenariat de l’AFOA avec CPA Canada est un pas dans la bonne direction, mais je ne crois pas qu’il soit très connu.

CPA CANADA : QUELLES SONT LES LEÇONS LES PLUS IMPORTANTES QUE VOUS AVEZ APPRISES COMME CPA?
KB : La patience et l’ouverture d’esprit, parce que tout le monde n’a pas le même parcours. Je ne projette pas mes propres expériences sur les autres.

CN : Les connaissances que les CPA utilisent au quotidien pour la tenue de livres ou la comptabilité s’appliquent partout et permettent de comprendre concrètement les réalités de l’exploitation d’une entreprise ou de l’administration d’un gouvernement des Premières Nations; on peut les appliquer à la stratégie à long terme de la nation. Ce travail englobe tout ce qu’on apprend comme CPA. Une autre leçon importante est de ne jamais cesser d’apprendre. Il y a toujours quelque chose à approfondir, des domaines de spécialité qui peuvent être utiles à nos clients ou à nos communautés.

SD : Ce que je retire de ce programme, c’est la polyvalence. On développe des compétences en gestion et en résolution de problèmes qui ne touchent pas seulement la comptabilité. C’est beaucoup de travail, mais ça en vaut la peine.

POUR EN SAVOIR PLUS

Lisez nos articles sur l’importance du réseautage pour les entrepreneures autochtones, sur le programme de mentorat de CPA Canada pour les élèves autochtones du secondaire et sur les divers cheminements possibles qui s’offrent aux CPA de demain.

CPA Canada offre aussi un cours intitulé Introduction à la culture des peuples autochtones. Cette courte formation sur demande explore l’histoire des Premières Nations et des peuples métis et inuits, ainsi que les effets dévastateurs de la colonisation sur les communautés et économies autochtones abordés selon une perspective autochtone.