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Un rôle en plein essor : le chef du développement durable entre en scène

Ces nouvelles fonctions touchent tous les aspects de l’organisation, de la stratégie d’entreprise à la présentation de l’information.

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Femmes lisant des notes adhésives dans un bureauLe chef du développement durable (CDD) intervient à tous les niveaux de l’organisation, qu’il s’agisse de définir la stratégie, de cerner les risques ou d’arrimer les incitatifs en RH aux buts envisagés (Getty Images/Adam Hester)

À l’heure où les organisations s’emploient à devenir carboneutres et à répondre aux exigences de l’Accord de Paris, elles créent des postes où sont nommés des responsables qui s’attachent à favoriser la durabilité de l’entreprise, et le mouvement s’amplifie, en particulier dans le secteur financier

L’un de ces nouveaux rôles est celui que joue le chef du développement durable (CDD). Axé autant sur l’interne que sur l’externe, ce cadre supérieur se charge de répondre aux critères de durabilité au sein de l’organisation, en fonction des indicateurs clés de performance, et veille au respect des exigences externes des parties prenantes et des investisseurs. 

Voici trois raisons pour lesquelles une organisation a intérêt à se doter d’un CDD.

1) RELEVER LES DÉFIS EXTERNES

Selon un rapport publié par Deloitte, le chef du développement durable est le « créateur de sens en chef ». Ses principales responsabilités : prendre en compte les influences externes et traduire cette information en comportements stratégiques de l’entreprise, tout en veillant au respect des engagements environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

« Dans un avenir rapproché, le rôle du CDD sera celui de stratège auprès de l’équipe de direction, pour aider les dirigeants à comprendre les attentes qui existent déjà ou qui se dessinent à l’égard d’une entreprise », explique Michael Torrance, premier directeur de la durabilité à BMO Groupe financier, qui travaille dans ce domaine depuis plus de dix ans. 

Il est essentiel d’être agile, souligne-t-il, et selon les auteurs du rapport de Deloitte, il faut aussi être un communicateur hors pair. À mesure que l’on connaît mieux les choix durables, le CDD doit présenter une information qui n’était pas prise en compte auparavant. Par exemple, bon nombre d’organisations s’efforcent désormais de réduire leurs émissions polluantes afin de devenir carboneutres, mais il y a dix ans, elles n’avaient pas cette préoccupation. 

« Le chef du développement durable doit être au fait de ces nouvelles attentes, poursuit M. Torrance, puis savoir les intégrer aux autres démarches, planifier en conséquence, et obtenir l’adhésion de l’organisation. »

2) INTÉGRER LES FACTEURS ESG À LA PRISE DE DÉCISIONS

Comme les investisseurs exigent une plus grande transparence des entreprises à l’égard des facteurs ESG, les chefs du développement durable sont de plus en plus prisés, explique Davinder Valeri, CPA, directrice, Stratégie, risques et gestion de la performance à CPA Canada et directrice générale de la Section canadienne du Réseau de leadership des chefs des finances de l’Association pour la comptabilité durable (ACD). 

Intégrer une stratégie de durabilité au cœur des activités d’une entreprise est même devenu une pratique exemplaire, ajoute-t-elle.

« Les entreprises doivent se porter garantes de leurs activités, c’est-à-dire intégrer la durabilité à leur processus décisionnel, poursuit Mme Valeri. Il s’agit donc d’une approche intégrée. Le rôle du CDD concerne toutes les activités de l’organisation. La finance et la durabilité doivent aller de pair. »

Selon le rapport de Deloitte, les grands acteurs du milieu financier qui repensent leurs modèles d’affaires en fonction de pratiques durables doivent mobiliser de nombreux secteurs fonctionnels. C’est ici que la pensée systémique de nombreux CDD s’avère utile, explique-t-on. Un « créateur de sens en chef » peut mettre la stratégie en pratique et coordonner une démarche qui, autrement, serait confuse.

Le CDD peut intervenir à tous les niveaux de l’organisation, qu’il s’agisse de définir la stratégie, de cerner les risques ou de gérer le capital humain. 

3) RÉPONDRE AUX BESOINS DES PARTIES PRENANTES

Avec l’essor de la gouvernance d’entreprise, les exigences des parties prenantes sont devenues plus pressantes. 

Les administrateurs doivent désormais tenir compte d’un ensemble d’externalités et d’intérêts des parties prenantes beaucoup plus vaste qu’auparavant, soulignent les auteurs du rapport de Deloitte. Ces mandats peuvent faire intervenir les actionnaires et l’entreprise, ou même les pouvoirs publics et l’entreprise, comme dans le cas de l’objectif de carboneutralité, à réaliser d’ici 2050. 

« L’émergence du rôle du chef du développement durable s’intègre à une nouvelle conception d’une saine gouvernance d’entreprise, explique M. Torrance. Autrement dit, les résultats financiers et la valeur de l’entreprise sont directement liés à une gestion judicieuse, au fil du temps, de ces relations avec un ensemble élargi de parties prenantes. »

Les organisations doivent s’employer à trouver un équilibre entre des intérêts divergents, poursuit M. Torrance, et le CDD peut servir d’intermédiaire afin de transformer ces nouvelles idées en mesures concrètes.

QUEL RÔLE PEUVENT JOUER LES CPA? 

Selon M. Torrance, la durabilité consiste à réduire au minimum les répercussions négatives et à en créer de positives. Pour les entreprises, il s’agit de mesurer et de suivre leur performance, et d’en rendre compte, notamment dans le cadre de l’information financière. 

« Les CPA sont des conseillers écoutés par les entreprises et les gardiens de pratiques rigoureuses. Je crois que leur rôle gagnera en importance à mesure que le souci du développement durable deviendra une pratique courante, normalisée et intégrée aux méthodes gestion », fait-il valoir. 

Un CPA pourrait lui-même devenir CDD, ou jouer à cet égard un rôle plus global en tant que chef des finances qui garde l’œil sur la durabilité, ajoute Mme Valeri. 

Quoi qu’il en soit, M. Torrance croit que dans dix à vingt ans, les stratégies de développement durable seront si bien intégrées au mandat d’une organisation que le rôle de CDD pourrait disparaître. Mais pour le moment, souligne-t-il, sa primauté est indiscutable.

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