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La santé mentale doit être vue comme un pilier de l’entreprise, pas juste une question de RH

Pamela Steer, présidente et chef de la direction de CPA Canada, explique pourquoi il est temps que les organisations de tous les secteurs se fassent les championnes de la santé mentale.

« J’aimerais convaincre tout le monde que la maladie mentale est comme n’importe quelle maladie. »

Voilà le plaidoyer de Denis Trottier, premier responsable, Promotion de la santé mentale, à KPMG, qui s’exprimait dans Pivot en 2020. Depuis, les mentalités ont évolué et le ton a changé, mais il reste du chemin à faire. Ce sont des courageux comme Denis, avec qui j’ai eu l’honneur de travailler chez KPMG, qui nous ont aidés à en prendre conscience : les enjeux de santé mentale nous touchent tous.

Le bien-être des employés représente l’une des assises de la pérennité sociale de toute organisation, et j’ai souligné sans relâche l’importance de la santé mentale au travail au fil de ma carrière. Ainsi, comme chef des finances de la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail de l’Ontario, quand la loi a changé et que les problématiques de santé mentale ont été considérées comme des préjudices indemnisables, j’ai piloté une nouvelle stratégie en ce sens.

Membre fondatrice du Réseau de leadership des chefs des finances de l’Association pour la comptabilité durable, je suis fière d’avoir mis en œuvre les principes du Essential Guide to Social and Human Capital Accounting, qui va au-delà des chiffres, pour tenir compte du capital humain et social. J’aimerais voir les entreprises de tous les secteurs promouvoir la santé mentale, car nos structures organisationnelles et sociétales sont fragiles. Faute d’interventions adéquates, négliger la santé mentale des employés, c’est s’exposer à d’innombrables risques. J’en ai discuté avec Andrea Venneri, chef du capital humain à CPA Canada.

« Quand on reconnaît l’importance de la santé mentale au travail, on fait un grand pas vers l’inclusion. Valoriser l’être humain, au-delà de la productivité, telle est la voie à suivre pour favoriser l’équité, la fidélisation, la mobilisation et la confiance », observe-t-elle.

La démarche est primordiale pour les employeurs qui entendent prioriser la santé mentale.

Il a fréquemment été question, à CPA Canada et dans les pages de Pivot, du volet social des facteurs ESG, volet souvent négligé. Or, la santé mentale en fait partie, et c’est le sujet qui m’intéresse aujourd’hui.

« Nous devons nous doter de systèmes pour offrir à ceux qui souffrent le temps et les ressources nécessaires à la guérison, sans jugement ni retombées négatives. »

On associe la santé mentale aux spécialistes en ressources humaines qui, certes, doivent y être formés et prêts à en discuter, comme l’explique Denis. Mais il importe d’aller plus loin et de voir la santé mentale comme un pilier qui soutient l’ensemble de l’entreprise. Les employés sont un actif et non pas un passif.

La communication d’information sur les engagements en santé sociale et mentale ainsi que sur les demandes d’indemnité constitue un volet clé de l’information intégrée, qui va de pair avec une perspective de gestion intégrée. Et avec l’établissement du Conseil des normes internationales d’information sur la durabilité (International Sustainability Standards Board – ISSB), l’enjeu gagnera en visibilité.

Au-delà des RH, la santé mentale, omniprésente, se répercute sur la culture, les résultats, la fidélisation des employés. Alors, parlons-en.

« Enfant, adolescente, dans les moments difficiles, je manquais d’outils et de mots, m’a confié Andrea. En contexte de précarité et d’incertitude, pour mes parents, parler de ses émotions ou solliciter de l’aide était un luxe qui n’avait rien d’envisageable. Aujourd’hui, on évoque ouvertement ses besoins, on se tend la main, et c’est un virage suscite la reconnaissance. »

La Semaine de la santé mentale de l’Association canadienne pour la santé mentale se déroule du 1er au 7 mai. L’objectif? Refaire le plein d’empathie et #ParlerPourVrai de l’aide qu’on peut apporter. L’écoute est essentielle, et je vous invite à vous exprimer. Écrivez-nous à [email protected].

Comme le disait si bien Denis : « Nous pouvons bâtir un monde où on peut parler de santé mentale au travail, en toute confiance. J’en ai la preuve tous les jours. »

DES CHIFFRES ÉLOQUENTS

Les enquêtes du Centre de toxicomanie et de santé mentale montrent les coûts de la maladie mentale.

QUELQUES CONSTATS

  • Chaque année, un Canadien sur cinq souffre d’une maladie mentale.
  • À 40 ans, un Canadien sur deux souffre ou a souffert d’une maladie mentale.
  • Environ 4 000 Canadiens de tous les âges et horizons se suicident chaque année, soit près de 11 suicides par jour.
  • Les Autochtones, surtout les jeunes, attentent à leurs jours bien plus souvent que les non-Autochtones. On compte environ six fois plus de suicides chez les jeunes des Premières Nations de 15 à 24 ans que chez les jeunes non-Autochtones. Chez les jeunes Inuits, le taux de suicide est environ 24 fois supérieur à la moyenne nationale.
  • Les Canadiens issus d’une minorité sexuelle sont plus susceptibles que les Canadiens hétérosexuels de qualifier leur santé mentale de mauvaise ou de passable (32 % contre 11 %). Ils sont plus enclins à avoir songé sérieusement au suicide (40 % contre 15 %) et reçoivent plus souvent un diagnostic de trouble anxieux ou affectif (41 % contre 16 %).
  • Les Canadiens transgenres sont plus susceptibles que les Canadiens cisgenres de qualifier leur santé mentale de mauvaise ou de passable, d’avoir songé sérieusement au suicide et d’avoir reçu un diagnostic de trouble anxieux ou affectif.

STIGMATISATION

  • Selon un sondage de 2019, 75 % des Canadiens hésiteraient à dévoiler un problème de santé mentale à un employeur ou à un collègue, ou s’en abstiendraient.
  • Mais 76 % des répondants seraient tout à fait à l’aise avec un collègue aux prises avec une maladie mentale et lui apporteraient leur soutien.

COÛTS SOCIAUX

  • Le coût économique annuel de la maladie mentale au Canada s’élève à plus de 50 G$, pour les soins, la perte de productivité et la détérioration de la qualité de vie.
  • Un congé d’invalidité pour un trouble mental coûte environ le double d’un congé pour un trouble physique.

Prendre soin de la santé mentale

Découvrez par où en est passé Denis Trottier, devenu responsable de santé mentale chez KPMG, et lisez pourquoi il est temps que les CPA fassent un bilan de santé mentale. De plus, consultez ces techniques pour prévenir l’épuisement professionnel chez les employés ou chez les gestionnaires, et apprenez à éviter les effets négatifs de la positivité toxique.