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Pierre-Luc Laparé se tient à côté d'équipement sportif usagé
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Magazine Pivot

Articles de sports : une entreprise montréalaise redéfinit le marché du seconde main

Menée par un CPA, Golf Avenue fait dans la vente de bâtons de golf d’occasion depuis plus de 15 ans. Se sont ajoutés d’autres produits, mais le même souci demeure : prolonger la vie utile de maints articles de sport.

Pierre-Luc Laparé se tient à côté d'équipement sportif usagéCPA Pierre-Luc Laparé (ci-dessus en photo) et son associé, Marc-Antoine Bovet, deux passionnés de golf, ont revendu leurs 50 premiers bâtons en 2006 sur eBay. (Photo Guillaume Simoneau)

Si les sites de revente ne datent pas d’hier (eBay a été créé en 1995 et Kijiji, sa filiale, en 2005), on y fait parfois des expériences plutôt ordinaires, quand on tombe sur des produits décevants et des vendeurs désagréables. C’est en partant de ce constat que Pierre-Luc Laparé, CPA, et son associé, Marc-Antoine Bovet, se sont lancés en affaires. Leur but? « Revendre à moindre prix et revaloriser des produits dont on aura étiré la durée de vie utile au maximum au cours d’une expérience d’achat, de vente ou d’échange aussi professionnelle qu’elle le serait dans le neuf », explique Pierre-Luc Laparé.

Passionnés de golf, Pierre-Luc Laparé et Marc-Antoine Bovet jettent leur dévolu sur ce sport, revendant leurs 50 premiers bâtons en 2006 sur eBay, ce qui les a décidés à créer Golf Avenue. Début modeste, mais à l’époque, Pierre-Luc Laparé finissait le cégep. Le temps de devenir CPA et de passer quatre ans chez Deloitte (2011-2015), il laisse Golf Avenue croître tranquillement et développe son modèle d’affaires. « Tout était à inventer. Dans le neuf, un manufacturier fixe le prix et fournit le produit, mais dans le marché de l’occasion, il y a tellement de variables entre la charte de dépréciation et l’impact de la saisonnalité. » Ajoutez à cela des compétiteurs comme Marketplace (Facebook) ainsi que tous les garages et sous-sols de ce monde.

En 2016, Pierre-Luc Laparé décide de s’y mettre à temps plein. « La croissance annuelle a alors tourné autour de 40 %. Nous avons réalisé qu’il y avait moyen de devenir un chef de file du secteur en consolidant notre position, ce que nous avons fait au printemps 2019, en achetant Golfbidder, un concurrent anglais. » La même année, le CPA et son associé bénéficient d’un investissement de la Caisse de dépôt et placement du Québec et lancent Cycling Avenue (sur le modèle de Golf Avenue mais pour les vélos), laquelle génère plusieurs millions de dollars de revenus dès sa deuxième année d’exploitation.

Aujourd’hui, les trois marques coexistent au sein de Laps, créée en 2021. Elles sont passées en trois ans seulement d’une quarantaine d’employés à près de 150. La Caisse de dépôt vient d’injecter 20 M$ dans l’entreprise, qui a dépassé le million de clients répartis dans une quinzaine de pays.

Pour soutenir une telle croissance, Pierre-Luc Laparé et Marc-Antoine Bovet ont mis les bouchées doubles afin que les utilisateurs – qu’ils échangent, vendent ou achètent un produit – vivent l’expérience la plus simple possible.

Pour échanger un bâton de golf, par exemple, les utilisateurs entrent marque et modèle dans la base de données du site et obtiennent aussitôt un prix qui sera déduit du montant de leurs achats. Pour les vélos, les vendeurs téléchargent d’abord des photos et obtiennent un devis personnalisé en quelques heures. « Nous avons des chartes d’usure maximale tolérée, et si un produit ne respecte pas nos normes, nous le réparons. Dans tous les cas, le client repartira avec un bon vélo prêt à rouler durant au moins la première saison », explique Pierre-Luc Laparé. Les clients peuvent apporter leur vélo chez un partenaire local et obtenir un crédit pour acheter un autre vélo ou du matériel de cyclisme vendus sur place.

On peut aussi simplement vendre son équipement, sans rien acheter, directement sur le site de l’entreprise, puis le déposer dans l’un des milliers de points de collecte de Laps.

Pierre-Luc Laparé et Marc-Antoine Bovet ne doutent pas que l’intérêt des consommateurs pour les biens usagés durera. Selon Statista, la valeur du marché de l’occasion devrait plus que doubler d’ici quelques années, passant de 36 G$ US en 2021 à 77 G$ US en 2025. De plus, selon KPMG, l’économie circulaire pourrait créer plus d’un million d’emplois au cours de la prochaine décennie. « Cette croissance s’explique par le fait que les jeunes consommateurs recherchent la valeur et la durabilité », explique Davinder Valeri, directrice, Stratégie, risques et gestion de la performance, à la division Recherche, orientation et soutien de CPA Canada. 

« Il y a encore cinq ans, les clients achetaient usagé pour eux et pour payer moins cher, constate Pierre-Luc Laparé. Or, de plus en plus de gens achètent à présent sur nos plateformes pour offrir un cadeau. Ce n’est plus tabou, et tout le monde y gagne : pour le portefeuille, pour le rapport qualité-prix, pour la planète aussi. »

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