Articles de fond | Magazine Pivot

Plaider pour le changement

Après 26 ans chez KPMG, Beth Wilson, CPA, a pris la barre de Dentons Canada. Mission : établir le cabinet d’avocats de demain.

A Facebook IconFacebook A Twitter IconTwitter A Linkedin IconLinkedin An Email IconCourriel

Beth Wilson (Photo Luis Mora)

Le couperet est tombé par un matin ensoleillé de l’été 2016, le jour où Beth Wilson a appris que le poste de ses rêves lui avait échappé. Un coup de fil au bureau, chez KPMG, au centre-ville de Toronto. Triste nouvelle : non, elle ne serait pas nommée chef de la direction du cabinet.

Après des mois de travail acharné pour postuler, sans compter le quart de siècle passé à gravir les échelons, Mme Wilson était anéantie. Ce soir-là, elle a même pleuré dans les bras de son grand fils de 18 ans. Que faire? S’en tenir au titre de celle qui avait failli devenir la première femme chef de la direction d’un des Quatre Grands? Pas question. Sans autre possibilité d’avancement, elle a décidé de plier bagage. « Je savais qu’une autre aventure m’attendait. »

Au début, Mme Wilson se voyait à la direction d’une banque, d’un organisme de bienfaisance, d’une grande société. « Un cabinet d’avocats? L’idée ne m’a même pas effleurée. » Mais voilà que Dentons, le plus grand cabinet d’avocats du monde, cherchait un nouveau chef de la direction pour le Canada. Et elle satisfaisait à tous les critères. Il était même indiqué qu’une expérience en droit n’avait rien d’obligatoire. « La description des fonctions correspondait point par point à mon bagage. Un poste sur mesure. »

Dentons étant du même avis, Mme Wilson, 50 ans, a été nommée chef de la direction en juillet 2017. Du jamais vu au Canada. « Une CPA à la tête d’un cabinet d’avocats, ce n’est pas la norme », précise sa collègue de longue date, Mary Lou Maher, FCPA, associée directrice canadienne, Qualité et gestion des risques, chez KPMG. « Pour relever le défi, Beth a redoublé d’audace. »

Dentons n’est pas n’importe quel acteur. Établi en 2013 par la fusion de trois grands cabinets multinationaux, il en a englouti d’autres depuis, à vive allure : 10 000 avocats, 175 bureaux aux quatre coins de la planète, le poids lourd n’a pas fini de prendre de l’envergure. « Aucune limite logique ne s’impose, c’est notre stratégie qui nous guidera », déclarait au Wall Street Journal le chef de la direction mondiale, Elliott Portnoy, en 2015. Dentons, qui livre une concurrence acharnée aux autres cabinets d’avocats, entend aussi marcher sur les platebandes des Quatre Grands. 

« À l’échelle mondiale, les géants de la comptabilité sont de grands adversaires », explique le président du conseil d’administration de Dentons Canada, Rick Scott, qui collabore étroitement avec Mme Wilson. « Ils multiplient les incursions sur le territoire juridique. » Comme Dentons, ils absorbent des cabinets d’avocats sur tous les continents, ajoutant aux services classiques les spécialités juridiques : droit fiscal, mais aussi droit de l’immigration, fusions et acquisitions, et tutti quanti. Les branches juridiques des Quatre Grands emploient aujourd’hui près de 9 000 avocats, présents dans davantage de pays que les 10 principaux cabinets d’avocats réunis. Selon Thomson Reuters, environ 22 % des cabinets d’avocats disent avoir perdu des clients au profit des Quatre Grands en 2018. Or, le chiffre d’affaires mondial dans les services juridiques s’établit à quelque 600 G$ US.

Pour les membres du Barreau, Deloitte, EY, KPMG et PwC commencent à représenter les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse : des ennemis d’une redoutable envergure, aux coffres bien garnis, rompus aux innovations technologiques, dotés d’un nouvel arsenal de services juridiques. Les clients donnent le ton : pourquoi chercher midi à 14 heures et s’adresser à des avocats quand une organisation mondiale (à qui on fait déjà confiance) propose des prestations clés en main? « C’est l’idée d’un guichet unique, fait valoir Mme Wilson. Ne sous-estimons pas la force des Quatre Grands, qui s’ajoutent aux avocats qui nous talonnent. » 

Une CPA à la tête d’un cabinet d’avocats, ce n’est pas la norme. Pour relever le défi, Beth Wilson a redoublé d’audace.

Dentons a tous les atouts dans son jeu pour leur tenir tête. Le cabinet offre les mêmes avantages qu’eux : marque réputée, réseau mondial, ensemble de services élargis. Surtout, en la personne de Mme Wilson, Dentons a trouvé une arme secrète : une FCPA chevronnée, qui comprend l’approche de l’adversaire. Elle a passé 26 ans dans le milieu comptable. « Inspirons-nous des tactiques que déploient les CPA », dit M. Scott. Pour leur damer le pion.

Avant de partir braver les Quatre Grands, Mme Wilson a d’abord dû dompter son nouveau téléphone. Ce sont les éléments les plus banals qui l’ont freinée le premier jour : un système de téléphonie inconnu, une nouvelle adjointe, une imprimante récalcitrante. Comme elle avait travaillé toute sa vie chez KPMG, tant de choses la déroutaient. « J’ai eu l’impression de recommencer à zéro. » Ce soir-là, elle a même dit à son mari qu’elle avait sans doute mérité la médaille de l’inefficacité.

Ces ennuis ont aggravé une peur plus profonde, qui la tenaillait : les associés et les employés l’accepteraient-ils comme une des leurs? « Choisir le chef hors du cercle des associés était inattendu. Recruter à l’extérieur du cabinet, d’autant plus. Que dire alors du choix d’une autre profession? »

À l’adolescence, Mme Wilson ne s’était jamais imaginée portant la toge. Mais elle ne pensait pas à la comptabilité non plus. Au secondaire, dans les années 1980, la jeune fille d’Ajax, à l’est de Toronto, rêvait de devenir dentiste. Cependant, après sa journée d’observation dans une clinique, elle avait changé d’idée, dit-elle en riant.

Beth Wilson (centre) et son mari, Brent (extrême gauche), et l'équipe de cyclistes lors du Cyclo-défi 2015 de CancerBeth Wilson (au centre) avec son mari, Brent (à l’extrême gauche), lors du cyclo-défi Ride to Conquer Cancer en 2015 (Avec l’autorisation de Beth Wilson)

Le conseiller d’orientation lui avait suggéré d’envisager la comptabilité; excellente oratrice, membre du conseil étudiant et douée pour les chiffres, elle avait l’étoffe d’une chef d’entreprise. Elle a suivi ses conseils et s’est inscrite en commerce à l’Université de Toronto.

Après sa troisième année d’études, Mme Wilson a travaillé tout l’été chez KPMG à Scarborough. « J’ai adoré l’ambiance et les dossiers. » L’année suivante, son diplôme en poche, elle entrait à temps plein au bureau de Richmond Hill. « Je n’ai pas passé d’entrevue ailleurs. »

C’est à la même époque qu’elle a épousé Brent Wilson, spécialiste technique à Canon, et qu’elle a commencé à étudier pour l’EFU. Sous une bannière « Vise l’or » accrochée au-dessus de son bureau, elle a passé de longues soirées à rédiger des simulations de l’EFU, penchée sur un épais cahier d’étude. Mais l’épreuve ne s’est pas déroulée comme elle l’avait imaginé. « Le premier jour, je suis rentrée chez moi convaincue d’avoir échoué. »

Mme Wilson se disait qu’elle avait mieux réussi la suite de l’épreuve, mais a été étonnée d’apprendre qu’elle s’était hissée au Tableau d’honneur. Le jour de la cérémonie de remise des prix, le couple devait prendre possession de sa nouvelle maison à Ajax; le conjoint de Mme Wilson l’attendait donc dans le hall. « Moi qui pensais monter au bureau pour y rencontrer quelques collègues! », se rappelle Mme Wilson. C’est plutôt un déjeuner-gala qu’on lui avait préparé. On lui réservait une excellente nouvelle : elle avait gagné la médaille d’or! Estomaquée – et ravie d’être première au pays –, elle a pris son courage à deux mains et a demandé à un de ses patrons : « Mon mari m’attend en bas; est-ce que je pourrais aller le chercher? »

La médaille d’or a vite attiré l’attention des hauts gradés du centre-ville de Toronto. « On s’est mis à s’interroger : “Qui est cette Beth Wilson, cachée dans un bureau de banlieue?” »

On l’a donc invitée à passer deux années au centre-ville de Toronto, au Service de la pratique professionnelle, l’équivalent d’une équipe d’intervention spéciale. Son rôle : creuser les questions obscures, comme l’interprétation des nouvelles normes relatives aux impôts sur les bénéfices. Ses collègues comptaient des dizaines d’années d’expérience de plus qu’elle; intimidée au début, la jeune femme a rapidement découvert de patients mentors. « Deux années en or. J’ai vu autre chose que l’univers des PME. »

En 2000, après neuf années chez KPMG et devenue associée en audit, Mme Wilson s’est spécialisée en électronique, en informatique et en télécommunications. « Elle a été nommée associée plus vite que la moyenne, ce qui n’est pas étonnant, explique Mme Maher. Elle en fait davantage en huit heures que le commun des mortels, tout en trouvant le temps de prodiguer maints conseils. »

Portrait de Beth Wilson debout devant une fenêtre du bureau de Dentons Canada dans le quartier financier de TorontoBeth Wilson au bureau canadien de Dentons, dans le quartier des affaires de Toronto (Photo Luis Mora)

Une réputation qui a amené le chef de la direction de KPMG Canada, Bill MacKinnon, à lui confier la direction des ressources humaines. Un an après, il lui a confié qu’elle travaillait bien, mais qu’il s’attendait à mieux que bien : « Qu’allez-vous bâtir et laisser derrière vous? »

Mme Wilson a redoublé d’efforts pour imprimer un nouvel élan au cabinet. Elle a dirigé les RH pour plus de 5 000 employés, puis les bureaux régionaux (« tout sauf les gros dossiers », plaisante-t-elle). On lui a ensuite confié la direction du bureau de Toronto, où, avec Mme Maher, elle a établi et mis à exécution un plan quinquennal pour accroître la clientèle en audit. L’approche reposait sur des équipes multidisciplinaires en audit, en fiscalité et en services-conseils. Leur collaboration devait dégager des synergies, afin d’amener de nouveaux mandats et de mettre les clients à l’abri des maraudeurs. Selon ses collègues, en réunion, Mme Wilson était souvent vue comme une intelligence remarquable. Et elle était en général la seule femme : la deuxième, après Mme Maher, à siéger au comité de direction. « Un tel parcours façonne notre idée de l’inclusion, précise-t-elle. J’ai vu la dynamique autour d’une table changer, en présence d’interlocuteurs aux horizons variés. »

D’emblée, Mme Wilson était convaincue que KPMG pouvait en faire davantage pour les mères. Son conjoint, devenu père au foyer, s’était occupé de leurs deux fils, à présent de jeunes adultes, pendant qu’elle continuait à travailler. L’arrangement n’avait rien d’inhabituel pour Mme Wilson : son père, enseignant, avait fait la même chose tandis que sa mère, professeure elle aussi, poursuivait son travail. Mme Wilson a créé un guide sur la maternité qui renseignait les femmes enceintes et les nouvelles mamans sur leurs options chez KPMG, pour les aiguiller vers les personnes-ressources voulues. « Le chemin de l’inclusion est semé d’embûches à déjouer », précise-t-elle.

Mary Lou Maher est bien placée pour le savoir. Ayant décidé de parler au travail de son homosexualité, elle a invité ses collègues à participer à une campagne d’affiches où seraient présentés des gais et des lesbiennes en compagnie de leurs alliés, présents à leurs côtés, en toute amitié. « Beth a tout de suite levé le doigt pour s’inscrire », souligne Mme Maher.

Au cours de ses sept dernières années chez KPMG, Mme Wilson s’est chargée du leadership dans la collectivité, question auparavant laissée à l’arrière-plan. Le chef de la direction, Bill Thomas, savait qu’il pouvait lui confier la tâche d’en faire un pilier du cabinet. Mme Wilson a intégré l’engagement dans le milieu – collectes de fonds, bénévolat, travail sur le terrain – dans les évaluations du rendement et les critères d’avancement des associés. « Imaginez ce que peuvent accomplir, à l’échelle du pays, 5 000 passionnés qui s’engagent dans leur collectivité! », lance Beth Wilson.

« J’ai compris pourquoi mes collègues, et le chef de la direction, me voyaient au sommet. »

Mme Wilson était la candidate tout indiquée. Elle faisait du bénévolat pour la profession, dans le domaine des examens et de la formation; elle avait siégé au conseil d’administration de la Chambre de commerce régionale de Toronto, et elle conseillait des organisations comme le Centre des sciences de l’Ontario. Elle apportait aussi son appui à des causes comme le cyclo-défi Ride to Conquer Cancer (elle y a participé neuf fois et en a été la première femme présidente) et la collecte de fonds United Way (elle dirige la campagne torontoise de 2019). Des efforts soulignés par des prix, qui l’ont amenée à se hisser au rang des femmes influentes du Canada. Dans le recueil de témoignages intitulé The Collective Wisdom of High-Performing Women, Mme Wilson est citée : « J’ai multiplié les apprentissages et aiguisé mon leadership. J’ai compris pourquoi mes collègues, et le chef de la direction, me voyaient au sommet. »

Ainsi, en 2016, quand KPMG a cherché un nouveau leader, Mme Wilson a posé sa candidature. On l’a scrutée sans merci : décisions, style de leadership, tenues vestimentaires... Le comité d’embauche l’a trouvée tout à la fois trop douce, trop autoritaire et trop ambitieuse. Certains remettaient en question son authenticité, critiquant son calme inébranlable. « Étais-je trop soignée? Trop parfaite? On en a délibéré! Je me suis demandé si on avait reproché à un homme d’être un orateur trop convaincant. Ma situation m’a rappelé celle de Hillary Clinton. »

Mme Wilson avait tout en main pour défoncer le plafond de verre, mais il n’a pas cédé. 

« Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on m’a écartée parce que j’étais une femme, même si je demeure convaincue que les organisations peinent à s’adapter à notre style de leadership », dit-elle dans The Collective Wisdom of High-Performing Women. Le jour de son départ, elle a écrit à certaines collègues : « Je suis sûre que KPMG a dans son équipe une future chef de la direction. Et si je pars, c’est parce que je veux continuer à avancer. »

À Dentons, Mme Wilson s’est attelée à la tâche. Les premiers jours, elle a envoyé un sondage à tous et a commencé sa tournée de repérage, pour rencontrer associés, salariés et clients, afin de dresser un état des lieux : atouts, lacunes, choses à changer.

Le groupe Dentons connaît une croissance accélérée. Superpuissance juridique depuis sa fusion de 2015 avec le géant chinois Dacheng, il s’attaque aux marchés émergents, en Afrique et en Amérique latine. Véritable colosse, Dentons redéfinit les règles du jeu. La direction parie sur la technologie, la réinvention et l’expansion. Au Canada, c’est à Mme Wilson de concrétiser ces idéaux. « Je suis à même de mettre en œuvre des stratégies avec méthode, grâce à mon arsenal de compétences comme CPA. » 

Mme Wilson a commencé par examiner de fond en comble les finances de Dentons. Elle a renforcé l’information de gestion interne et étoffé les communications, et a dressé un plan stratégique sur cinq ans. Dès la première année, le cabinet avait dépassé ses cibles financières.

Elle s’est aussi inspirée de son expérience aux RH pour accorder la priorité absolue au personnel. M. Scott explique qu’elle laisse chacun faire ses preuves : on lui a donné sa chance chez KPMG, elle rend la pareille à la génération montante, celle des trentenaires nomades, doués mais volages. Et M. Scott d’ajouter : « Dentons, qui offre des services professionnels, entend prendre les moyens de fidéliser ses effectifs de talent, question d’éviter les départs imprévus. »

Mme Wilson a donc créé le poste de directrice des talents, confié à une associée en droit du travail de Vancouver, Jillian Frank. Pendant la tournée de Mme Wilson, certains employés avaient souligné qu’un flou entourait le cheminement à suivre pour devenir associé. Et ils n’étaient pas convaincus d’être prêts à s’engager dans cette voie. Mme Frank a entre autres élaboré un guide sur les parcours professionnels possibles, une ressource semblable au guide pour les mères qu’avait conçu Mme Wilson. On y illustre une structure en alvéoles : la ruche s’est substituée à l’échelle, car il y a différentes manières d’avancer. S’il est bien accueilli au Canada, Dentons pourrait faire circuler cet outil ailleurs.

Mme Wilson encourage les employées à participer à des activités comme les soirées de SheEO, organisation vouée au leadership des femmes qui finance des projets en ce sens. Chez Dentons Canada, les femmes représentent 30 % des associés (la moyenne s’établit à 19 %, selon McKinsey) et 45 % du conseil d’administration (la moyenne du FP500 étant de 25 %, d’après le Conseil canadien pour la diversité administrative). « C’est excellent, dit Mme Wilson. Mais ce n’est pas assez. »

Autre point fort du leadership de Mme Wilson : l’innovation. Sous sa gouverne, Dentons est devenu le premier cabinet canadien à participer au consortium juridique mondial sur les chaînes de blocs (Global Legal Blockchain Consortium), qui préconise un consensus en matière d’infrastructure et de réglementation dans le secteur juridique. En février 2018, des avocats des bureaux de Toronto et de Singapour de Dentons ont participé au marathon d’idées juridique mondial (Global Legal Hackathon) : 51 heures de collaboration pour jumeler droit et technologie. Dentons agit aussi comme incubateur de sociétés spécialisées en intelligence artificielle. Un exemple? ROSS Intelligence, de Toronto, qui exploite l’apprentissage machine pour trier des milliers de précédents et sortir les résultats pertinents en quelques secondes.

Mme Wilson est formelle : chez Dentons, la hiérarchie n’imposera pas les nouvelles technologies. « C’est ce qu’on a vu dans certains milieux : on obligeait les équipes à adopter un outil flambant neuf pour traiter avec les clients. » Elle préfère laisser avocats et clients définir la demande. « Si quelqu’un évoque des exigences technologiques, on passe en revue quelques solutions, puis on lance des projets pilotes. »

Dentons n’hésite pas à recruter des professionnels non juristes, tout comme les Quatre Grands, qui ne se limitent plus à l’embauche de comptables et d’auditeurs. « Experts en technologies et programmeurs travaillent aux côtés des avocats, explique Mme Wilson. Et certains avocats qui se joignent à nous savent programmer. Ils posent une dizaine de questions au client et, presto, ils montent un programme pour générer un premier jet de réponses. » L’automatisation de certaines tâches fastidieuses, sans valeur ajoutée, enrichit les prestations. « Nous élargissons la portée des services juridiques. »

Il faut repenser les approches et aller de l’avant, ce que de nombreuses organisations hésitent encore à faire.

Mme Wilson ne veut pas se contenter d’être sur ses gardes pour défendre ses platebandes. Elle veut gagner la confiance de la clientèle des Quatre Grands. En avril, le cabinet a lancé un ensemble de services en données privées. L’objectif? Aider les clients à exploiter les mégadonnées tout en protégeant les renseignements personnels, dans le respect de la réglementation. C’est le genre de service qu’un client attend des Quatre Grands. Mme Wilson a aussi choisi Andrea Nicholls, CPA chevronnée (13 ans chez PwC), comme chef des finances, en mars. (Et le cabinet d’avocats Bennett Jones a récemment parié sur un FCPA, en nommant l’ancien vice-président de PwC, Gino Scapillati, vice-président, Stratégie et innovation.)

Mme Wilson ne s’interroge plus sur sa place chez les juristes. Elle trouve rassurant que le cabinet ait reconnu le danger à l’horizon et osé confier les rênes à une personne qui avait passé 26 ans en territoire ennemi. « La direction en est consciente, il faut repenser les approches pour prendre le virage. De nombreuses organisations hésitent à aller de l’avant. Mais Dentons n’a pas manqué d’aplomb en invitant une CPA à se joindre à l’équipe. De fait, le monde ne s’est pas écroulé. »