Réussir à l’ère du changement et de l’innovation

Plus de doute possible : pour réussir face aux changements incessants, notamment techniques, nous n’avons d’autre choix que de développer notre capacité d’adaptation.

Nous nous sommes entretenus avec Jim Bottomley, un des deux conférenciers principaux du Colloque de 2018 pour le secteur pétrogazier. Nous souhaitions mieux le connaître et recueillir ses réflexions sur la façon d’améliorer la stratégie et le leadership à notre époque. Nous lui avons aussi demandé son avis sur l’avenir du secteur de l’énergie, un des thèmes abordés au colloque cette année.

Question : Jim Bottomley, vous travaillez depuis une trentaine d’années comme conseiller indépendant en analyse de tendances, comme « futurologue » pourrait-on dire. Qu’est-ce qui vous a amené à jouer un tel rôle et quelles méthodes utilisez-vous pour prévoir l’évolution des choses?

Au début des années 1980, je travaillais au développement d’un produit pour Puss’n Boots et Ken-L Ration. On m’avait confié la tâche de déterminer qui, des propriétaires de chiens ou des propriétaires de chats, allaient être plus nombreux dans les années à venir. Je me suis alors mis à l’analyse de tendances et j’ai eu la piqûre pour de tels mandats de planification stratégique. Soit dit en passant, la tendance pointait vers les chats, dans les années 1980, mais les tendances changent, et ce sont les chiens, maintenant, qui ont davantage la cote.

Ma façon d’établir des prévisions m’a permis de partager mes observations et réflexions avec des clients de plusieurs secteurs d’activité, pour favoriser leur succès. La clé, c’est de comprendre que tout se résume à répondre aux besoins des êtres humains que nous sommes. Point. Le succès découle du fait d’avoir su satisfaire un besoin encore mieux que ses concurrents. C’est aussi simple que ça. Dans mon travail de futurologue, j’observe les interactions entre les tendances de toutes sortes – sociales, économiques, technologiques, démographiques, politiques et juridiques –, puis je cerne en quoi elles influent sur les besoins des humains.

Tout cela débouche sur une nouvelle façon de mener des analyses économiques et financières. Certains futurologues se spécialisent dans une seule catégorie de tendances. Pour ma part, j’aime me pencher sur les liens entre tous les types de tendances... voir à quel point elles convergent. Je collabore souvent avec des spécialistes des domaines techniques, parce que ce sont les technologies qui mènent le changement. Mon but, évidemment, est d’amener mes clients à comprendre comment ils pourront mieux répondre aux besoins de leur propre clientèle dans les années à venir. En cette ère de l’innovation, les besoins changent eux aussi, assurément.

Question : Vous analysez, donc, l’évolution des besoins... Quels avantages y a-t-il à porter un tel regard sur l’avenir?

Toutes les tendances ont une incidence sur nos besoins... En tenir compte nous permet non seulement d’éviter les échecs potentiels de toute innovation, mais aussi d’améliorer la gestion du changement. Le succès, je le rappelle, découle de la capacité à offrir des avantages encore meilleurs, c’est-à-dire à répondre encore mieux aux besoins des entreprises ou particuliers auxquels s’adresse votre produit ou service.

Ces avantages encore meilleurs sont, bien sûr, à l’origine des décisions d’achat. Ils attirent notre attention au milieu d’une surcharge d’information, alimentent la motivation et l’investissement, définissent la valeur de chaque étape d’un processus. Et, de plus en plus, ils orientent la mise à contribution des technologies et aident à assurer la bonne marche des choses dans les lieux de travail.

La clé des succès futurs consiste donc à s’attacher à proposer des avantages encore meilleurs. Pour votre réussite professionnelle, il conviendra de définir vos avantages... ceux qui se démarquent réellement.

Question : Que signifie tout ça pour le secteur pétrogazier?

Le changement est bien souvent source de stress. Et de nos jours, tout ce qui concourt à atténuer le stress est très vendeur. Donc, réduire le stress de ceux qui entrent en contact avec vous est une stratégie gagnante. La seule façon de parvenir à l’acceptabilité sociale, c’est de se concentrer sur les besoins des parties prenantes, de reconnaître que tout changement est à la fois bon et mauvais, et que ces deux aspects de l’équation doivent être pris à bras-le-corps par tous ceux qui sont touchés par le changement en question. Les communautés sont solidaires quand des avantages notables sont au rendez-vous pour tous.

J’ai pu voir ce processus à l’œuvre lorsque j’ai contribué à l’élaboration de grappes, notamment pour l’industrie forestière. Au colloque de novembre, j’entends expliquer la façon de guider le changement, dans une profession où les démarcations s’estompent.

Question : Au fait, les frontières professionnelles en mouvance touchent-elles aussi les CPA et le rôle qu’ils jouent auprès du secteur pétrogazier?

Pour installer un système de sécurité dans un immeuble ultramoderne, un électricien doit maintenant se doubler d’un technicien informatique. Les YMCA ne font plus qu’attirer des clients à eux; ils offrent maintenant leurs programmes dans les écoles. Les limites des différents cadres volent en éclats, si on peut dire, et ça touche toutes les professions. Pour faire un parallèle, un pipeline n’est plus qu’un simple pipeline : c’est un facteur de développement de la conscience communautaire.

Les CPA qui travaillent dans le secteur de l’énergie doivent prendre conscience que leur rôle va bien au-delà des chiffres. En aidant leur employeur ou leurs clients à mettre en avant des avantages notables, en période de bouleversements, ils augmentent leur influence. C’est en s’efforçant de voir comment les besoins changent que nous pouvons vraiment déceler les occasions à saisir. Et en y parvenant, on s’assure de maintenir une position enviable en matière de leadership.

Question : À propos de leadership... Qu’entrevoyez-vous pour l’avenir?

À l’ère industrielle, on se préoccupait surtout de régler les problèmes. On s’employait en fait à « éteindre les feux » 80 % du temps. Voilà qui était nocif pour la culture d’une entreprise, mais aussi peu productif.

Dans les entreprises où je peux influer sur le cours des choses, nous nous efforçons d’instaurer une culture où des mots comme « merci » ont leur importance, où nous visons le travail bien fait et remercions ceux qui l’ont fait. Une équipe qui mesure la satisfaction de la clientèle, qui a à cœur de faire savoir comment offrir de meilleurs avantages et qui souligne les bons coups est une équipe vouée à la réussite. Regardez un peu l’attitude des Y sur le marché du travail : vous y trouverez une belle inspiration.
Mon expérience de la réorganisation d’entreprise m’a donné l’occasion d’en apprendre beaucoup sur la façon d’accueillir le changement : pour tous, concrétiser l’amélioration de ce qui est déjà sur la bonne voie est une réelle source de motivation.

À notre colloque pour le secteur pétrogazier (le 22 novembre, à Calgary), Jim Bottomley expliquera comment il est possible de composer efficacement avec le changement et même d’être un précurseur, en vue de favoriser l’essor de sa carrière ou d’une entreprise.