Relations Canada–États-Unis : Incidences pour les administrateurs (série Forces perturbatrices)

Gordon Giffin, ancien ambassadeur des États-Unis, propose des éléments de réflexion sur les perturbations possibles du monde des affaires découlant de la relation entre le Canada et les États-Unis, et sur la manière dont les administrateurs de sociétés canadiennes peuvent répondre aux incertitudes.

Remarque : La vidéo ci-dessus est en anglais. 

En mai 2018, CPA Canada a tenu des forums à Calgary et à Toronto avec l’ambassadeur Gordon Giffin pour discuter de l’incidence pour les administrateurs des relations Canada–États-Unis.

L'ambassadeur Gordon Giffin s'adressant à l'auditoire, à CalgaryM. Giffin a été ambassadeur des États-Unis au Canada de 1997 à 2001, période durant laquelle il a supervisé la relation commerciale entre les deux pays et leur collaboration sur des enjeux mondiaux. Né aux États-Unis, M. Giffin a passé la majeure partie de son enfance au Canada. Il dirige actuellement le groupe mondial des politiques publiques de Dentons US LLP et codirige le groupe de l’énergie du cabinet. Il siège aussi à plusieurs conseils d’administration au Canada et aux États-Unis. 

M. Giffin a fait remarquer que même si le Canada et les États-Unis sont des voisins et alliés, leurs points de vue et leurs approches à l’égard des affaires présentent des différences importantes. Aux États-Unis, la priorité est la politique économique, suivie de près par la sécurité physique, alors qu’au Canada, la politique sociale passe avant tout le reste. M. Giffin prévoit que des perturbations du monde des affaires découleront des bouleversements politiques causés par l’approche préconisée par le gouvernement des États-Unis, qui consiste à tirer pleinement parti de son influence pour prioriser la croissance économique américaine. Il a fait part de ses réflexions sur la manière dont les administrateurs de sociétés canadiennes peuvent répondre aux incertitudes. 

DOTER LES CONSEILS D’ADMINISTRATION D’UNE EXPERTISE EN POLITIQUES PUBLIQUES

M. Giffin recommande fortement aux conseils d’administration de sociétés à capital ouvert d’ajouter des habiletés et de l’expérience en matière de politiques publiques à leur grille de compétences. Jusqu’à récemment, le risque politique était pris en considération surtout dans le contexte des activités en pays étrangers, mais il souligne qu’il existe désormais d’importants « risques liés aux politiques publiques » en Amérique du Nord. M. Giffin a ajouté qu’il ne croit pas que les allégeances politiques ou le pays d’origine soient des attributs à rechercher lorsqu’il s’agit de recruter des administrateurs : il faut plutôt miser sur le jugement, l’expérience et l’influence dans la sphère politique. 

EXAMINER L’INCIDENCE DE LA POLITIQUE COMMERCIALE SUR L’UTILISATION DU CAPITAL

Gigi Dawe, de CPA Canada, d'adressant à l'auditoireLes États-Unis sont le premier partenaire commercial du Canada, et celui-ci est le plus important destinataire des exportations de 35 États américains. Bien que cette relation commerciale soit manifestement importante pour les deux pays, M. Giffin a souligné que l’ALENA a donné au Canada un accès à une économie dix fois plus grande que la sienne, et que l’actuel gouvernement des États-Unis met en œuvre des changements radicaux pour rééquilibrer l’accord commercial et conserver les fonds américains au pays. Cette nouvelle approche dressera des obstacles à la croissance des infrastructures au Canada et nuira probablement à la croissance des entreprises canadiennes.

M. Giffin a relevé que beaucoup de conseils d’administration n’étaient pas prêts à réagir aux changements de politique commerciale et a soutenu qu’ils auraient pu mieux se préparer. Il recommande aux conseils d’administration de se consacrer davantage à l’examen stratégique de l’incidence que pourraient avoir différents leaders politiques sur leur société. Notamment, il encourage les sociétés canadiennes à évaluer régulièrement les risques liés aux politiques publiques découlant des choix électoraux binaires aux États-Unis dans le cadre de leur analyse des risques d’entreprise. Ce conseil vaut autant pour les sociétés qui mènent des activités des deux côtés de la frontière que pour les autres, étant donné que les choix découlant de ces évaluations influeront sur les décisions des investisseurs relatives à leur capital. Ceux-ci ont la possibilité d’investir ailleurs.

ENGAGER UN DIALOGUE SUR LES POLITIQUES

Hugh Bolton posant une question sous le regard de Thomas O'Neill et de Bill MacFarland

Les sociétés américaines réussissent généralement mieux que les sociétés canadiennes à influer sur les politiques publiques. M. Giffin a laissé entendre que cette réalité découle peut-être de différences historiques liées à une protection accrue des intérêts privés en droit américain. Les relations gouvernementales en tant que profession (distincte du lobbyisme) ne suivent tout simplement pas la même approche au Canada. Il juge que les dirigeants de sociétés canadiennes devraient participer davantage aux discussions concernant les politiques et défendre les intérêts de leur entreprise.

Le secteur de l’automobile a adopté cette approche, ses dirigeants jouant un rôle dans le dialogue sur les politiques concernant la chaîne d’approvisionnement des pièces qui est intégrée entre le Canada et les États-Unis. Les changements climatiques sont un autre domaine dans lequel les dirigeants d’entreprises devraient participer plus activement aux discussions sur les politiques. Les politiques sur les changements climatiques sont perçues différemment au Canada et aux États-Unis, et même d’une région à l’autre du Canada. M. Giffin recommande que le secteur canadien de l’énergie en fasse davantage pour informer le public et expliquer ses positions relatives aux affaires et aux politiques.

M. Giffin souligne aussi l’importance d’établir des relations entre les premiers ministres des provinces canadiennes et les gouverneurs des États américains, et d’avoir une voix auprès de cet ordre de gouvernement. Les premiers ministres et les gouverneurs d’une même région ont souvent des discussions entre eux. Ces relations sont cruciales, car un gouverneur exerce beaucoup d’influence aux États-Unis, et peut souvent devenir ministre ou sénateur, ou parfois même président.

Réception de réseautage au Petroleum Club de Calgary

Selon M. Griffin, il est prudent de prendre en considération les questions de politiques publiques, de participer activement – en tant que dirigeants d’entreprises – au dialogue sur les politiques et de doter le conseil d’administration d’une expertise en matière de politiques publiques. Les administrateurs ont le devoir d’évaluer les risques et de porter des jugements sur la répartition appropriée du capital en vue de la croissance de l’entreprise. Dans le contexte actuel, faire fi des questions politiques pourrait empêcher les administrateurs de remplir leurs obligations fiduciaires.