Effets des changements démographiques sur le Canada et les autres pays

Découvrez l’incidence des changements démographiques sur le contexte social, politique et économique, au pays et à l’étranger, selon l’auteur et journaliste John Ibbitson, conférencier principal au Colloque sur le secteur public de 2018.

Selon certaines études, la population mondiale connaîtra un déclin, ce qui entraînera la transformation du contexte social, politique et économique à l’échelle de la planète. Voyez pourquoi cette situation favorisera l’innovation et comment le Canada sera avantagé selon l’auteur et journaliste John Ibbitson, conférencier principal au Colloque sur le secteur public de 2018.

Les études sur la population mondiale réalisées par les Nations Unies prédisent une croissance de la population, sans baisse à l’horizon. Par contre, d’autres études annoncent plutôt une augmentation suivie d’une diminution. Ce déclin démographique toucherait-il le Canada? Quelles seraient les répercussions sur le secteur public, selon vous?

Au Canada, la population ne diminuera pas; elle continuera d’augmenter grâce aux politiques favorisant l’immigration. En fait, l’immigration est le principal moteur de notre croissance démographique. La population connaîtra cependant un vieillissement, en raison de la faiblesse du taux de natalité et de l’accroissement de la longévité, ce qui accentuera la pression sur les services aux aînés. Ainsi, un tiers des personnes de plus de 85 ans auront la maladie d’Alzheimer si on ne met pas au point des traitements préventifs.

Quels seraient, à votre avis, les effets positifs pour le Canada d’un déclin démographique mondial?

Comme la population canadienne continuera de croître alors que celle d’autres pays diminuera, notre influence à l’échelle mondiale augmentera. En 2050, par exemple, le Canada pourrait compter plus d’habitants que l’Italie ou l’Espagne. Plus important encore, le modèle canadien – une immigration soutenue conjuguée à une solide tradition de multiculturalisme – présente un exemple pour d’autres sociétés qui cherchent à renverser le déclin démographique.

Que recommanderiez-vous aux acteurs de la fonction publique qui veulent préparer leur organisation à la pénurie de travailleurs?

L’automatisation et l’externalisation seront cruciales pour satisfaire à la demande de travailleurs, tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Le gouvernement fédéral doit aussi mettre l’accent sur l’intégration des néo-Canadiens dans la fonction publique. Les politiques et les dépenses publiques devront tenir compte du vieillissement de la société, quoique le phénomène est en grande partie du ressort des provinces. La politique étrangère doit, quant à elle, refléter le fait que le multiculturalisme, plutôt que le nationalisme, est la meilleure voie pour bâtir des sociétés pacifiques et tolérantes.

Que peut faire le Canada pour se préparer au fait que l’immigration serait sa seule source de croissance démographique?

Nous devons accroître le nombre de nouveaux arrivants en exploitant au maximum la capacité d’accueil de la population. Pour ce faire, il faut prendre des mesures concertées pour sensibiliser les citoyens aux avantages de l’immigration. Les immigrants créent et occupent des emplois, achètent des produits et services et paient des impôts et des taxes; ils produisent donc de la richesse tout en élargissant l’assiette fiscale. À court terme, nous devrions viser une immigration correspondant à 1 % de la population. 

En tant que journaliste politique, vous vous intéressez notamment aux relations Canada–États-Unis. Or, la relation politique et économique entre ces deux voisins change. À votre avis, dans quelle direction va-t-elle et quel est le principal défi que doit relever le Canada?

Peu importe qui succédera à Donald Trump, en 2020 ou en 2024, la mondialisation ne fait plus consensus. Tant les démocrates que les républicains semblent maintenant douter des avantages d’un libre-échange sans droits de douane. Les deux partis semblent voir en la Chine une menace stratégique en raison de la manipulation des droits de douane, et un danger pour la propriété intellectuelle. Le Canada doit accepter la fin du leadership américain en matière de promotion de la libre circulation des biens, des services et des personnes. Il devra, partant, nouer des liens nouveaux. À cet effet, j’estime que le Canada devrait exploiter ses relations commerciales dans la région de l’Atlantique (Accord économique et commercial global) et dans celle du Pacifique (Partenariat transpacifique) pour promouvoir un partenariat Atlantique/Pacifique, auquel, espère-t-on, les États-Unis se joindraient.

Votre conférence au Colloque sur le secteur public portera sur les tendances démographiques à l’échelle mondiale. À quoi les participants peuvent-ils s’attendre?

J’expliquerai pourquoi Darrell Bricker et moi partageons l’avis des démographes selon lesquels les projections des Nations Unies sont erronées. J’exposerai les causes de la baisse du taux de fécondité et les raisons pour lesquelles ce taux chute rapidement dans les pays en développement comme le Brésil. J’examinerai aussi les conséquences environnementales, économiques et géopolitiques d’un monde qui, à compter de 2050, sera de moins en moins peuplé d’année en année.

Pour en savoir davantage sur l’innovation dans le secteur public et l’apport des CPA comme leaders dans la fonction publique, inscrivez-vous au Colloque sur le secteur public, qui aura lieu à Ottawa les 22 et 23 octobre 2018.