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Cadrage sur un professionnel qui compare des informations entre un document imprimé et l’écran d’une tablette.

Conseils aux auditeurs concernant la COVID-19 : Entretien avec le CCRC

Cette année, réaliser des audits sera plus ardu que d’habitude. Pour y arriver, les auditeurs devront prêter une attention particulière à certaines questions. Lesquelles? Angelo Giardina, directeur au CCRC, répond à nos questions.

Partout dans le monde, la pandémie de COVID-19 et l’incertitude économique qui en découle ont frappé les organisations de plein fouet. Elle a aussi transformé la façon dont les auditeurs planifient et exécutent des audits. Et malgré tous les défis à relever, il est primordial que les audits soient de grande qualité.

C’est donc à l’aube de la période de pointe, et alors que les missions de fin d’exercice sont en cours, que j’ai communiqué avec Angelo Giardina, directeur du leadership intellectuel au Conseil canadien sur la reddition de comptes (CCRC). Je voulais m’entretenir avec lui des aspects qui, en raison des répercussions de la pandémie, rendent les audits plus ardus non seulement pour les grands cabinets comptables, mais aussi pour les petits et moyens cabinets.

Le mandat de M. Giardina consiste à stimuler les échanges sur la qualité de l’audit, y compris sur le rôle que jouent le comité d’audit, l’auditeur externe et la direction dans l’amélioration de cette qualité. M. Giardina est donc la personne tout indiquée pour offrir des conseils aux auditeurs. 

IL SERA NOTAMMENT QUESTION DANS CET ENTRETIEN :

  • du télétravail;
  • de la composition et de la supervision d’équipes;
  • des éléments probants obtenus par voie électronique;
  • de l’esprit critique;
  • du seuil de signification;
  • de l’évaluation des risques;
  • de la compréhension des contrôles internes;
  • de la compréhension de l’environnement informatique et des contrôles généraux informatiques pertinents pour l’audit;
  • du risque de fraude;
  • de la continuité de l’exploitation.

ENTRETIEN

Kaylynn Pippo : Voilà un an que le Canada est aux prises avec la COVID-19, et le télétravail est devenu la norme pour bien des gens. Selon vous, comment les auditeurs se sont-ils adaptés à cette situation?

Angelo Giardina : Nous nous sommes longuement entretenus avec des dirigeants de cabinets d’audit, des présidents de comités d’audit et des autorités de réglementation de l’audit du monde entier; nous sommes donc au fait des défis auxquels sont confrontés les auditeurs. Après l’inspection des missions d’audit touchées, qui aura lieu au cours des prochains mois, nous en saurons plus sur l’incidence qu’a eue la pandémie sur la qualité.

Nous savons toutefois, d’après les commentaires que nous avons reçus, que ce sont les investissements dans les technologies faits par les cabinets d’audit qui ont rendu possible la réalisation des travaux d’audit à distance. Les auditeurs étaient en mesure d’extraire et de traiter des données à distance grâce à des outils perfectionnés bien avant la pandémie. N’allez cependant pas croire que la réalisation d’un audit en télétravail est chose aisée. Parmi les défis les plus souvent mentionnés, citons la supervision et la coordination des équipes de mission. Le télétravail comporte aussi son lot de défis pour tous les professionnels : les longues journées au cours desquelles s’enchaînent des réunions par téléconférence sont aussi ponctuées d’autres sources de distraction (enfants, livraisons, etc.). Vous voyez le topo!

Quel est, à votre avis, le plus grand défi que posent aux auditeurs les audits de fin d’exercice cette année?

Je ne crois pas qu’un seul grand défi s’applique à toutes les missions d’audit, car la pandémie a eu une incidence différente sur chaque entité et risque d’audit. J’estime plutôt que les défis de l’audit à distance entrent dans l’une des grandes catégories suivantes :  

  • D’une part, la réalisation de l’audit. Plus particulièrement, il s’agit des défis liés aux arrangements de télétravail des auditeurs de même qu’à ceux de la direction et du personnel de l’entité auditée. La gestion de la supervision et de la coordination de l’équipe de mission ainsi que la coordination avec la direction et le personnel de l’entité mettront à l’épreuve les compétences en gestion de projets de tout chef de mission. Autre défi : l’évaluation du caractère approprié des changements importants susceptibles d’être apportés à la stratégie d’audit en fonction de la mission de l’exercice précédent, y compris en ce qui concerne la qualité des éléments probants obtenus par l’équipe de mission.

  • D’autre part, le degré élevé d’incertitude résultant de la pandémie et les difficultés qui en découlent pour la direction au moment de la préparation des états financiers, y compris l’établissement des estimations comptables. La demande à l’égard des biens et services de l’entité reviendra-t-elle à la normale? La chaîne d’approvisionnement sera-t-elle perturbée? Quelles mesures réglementaires seront imposées dans l’avenir (moment et durée de nouvelles périodes de confinement, par exemple)? L’audit d’un large éventail des principaux jugements de la direction, dont ceux associés aux estimations comptables, sera donc particulièrement difficile.

Le personnel des clients et des équipes d’audit est majoritairement en télétravail. Dans ce contexte, quelles considérations additionnelles les auditeurs devraient-ils avoir à l’esprit au moment de la planification et de la mise en œuvre des procédures d’audit?

Ma réponse se déclinera en trois volets : la supervision, les éléments probants obtenus par voie électronique et l’esprit critique. 

Supervision

D’une certaine façon, en raison des changements touchant les processus et les contrôles des entités que sont susceptibles de connaître les auditeurs, même les audits de clients de longue date pourraient ressembler à un audit initial. Les risques d’anomalies significatives identifiés et évalués seront vraisemblablement différents de ceux des missions antérieures, tout comme les stratégies d’audit qui seront employées pour répondre à ces risques. Je m’attends à ce que les chefs de mission interviennent davantage dans la supervision de l’audit, notamment en ce qui concerne la planification et les tests d’éléments jugés habituellement simples.

Mais à quoi ressemble la supervision dans le contexte actuel? Avant la pandémie, les équipes de mission se réunissaient en personne dans les locaux des entités auditées. Ces réunions étaient idéales pour la formation des membres moins chevronnés de l’équipe, et elles procuraient aux chefs de mission une bonne perspective pour cerner les aspects de l’audit qui n’étaient pas sur la bonne voie. Cette année, le défi est, pour ces chefs, de recréer dans l’environnement virtuel l’ambiance dynamique qui régnait pendant ces réunions. Pour y arriver, ils peuvent, entre autres, communiquer régulièrement avec tous les membres de l’équipe et offrir un accompagnement particulier aux membres moins expérimentés. Les cabinets d’audit et les chefs de mission doivent aussi encourager les équipes à demander de l’aide lorsqu’elles sont en présence de cas particuliers découlant de la COVID-19. 

Éléments probants obtenus par voie électronique

La majorité des éléments probants obtenus dans le cadre d’un audit à distance seront transmis par voie électronique. Dans le cas des entités dont le virage numérique est bien entamé, la plupart de ces éléments sont créés sous forme électronique. Si les systèmes sont plutôt manuels, la direction numérisera ou photographiera les contrats de vente, les factures, les documents d’expédition, etc., aux fins de l’audit.

Les auditeurs doivent avoir à l’esprit la fiabilité de tous les éléments probants obtenus par voie électronique, y compris leur exhaustivité, exactitude et authenticité, qu’il s’agisse d’éléments électroniques à l’origine ou d’éléments sur papier qui ont été numérisés. Il s’agit d’un point particulièrement important en raison des difficultés financières que connaissent bon nombre d’entités ainsi que des motifs et des circonstances qui pourraient favoriser la falsification des éléments. Les auditeurs doivent faire preuve d’esprit critique, se poser des questions sur la fiabilité de ces informations. Par exemple, est-il judicieux d’acquérir une bonne compréhension des processus et des contrôles visant la préparation et la mise à jour des éléments probants?

Esprit critique

L’exercice de l’esprit critique ne se limite pas à l’évaluation de la fiabilité des éléments probants obtenus par voie électronique. Les auditeurs sont habitués à débusquer ce qui a changé par rapport à l’exercice précédent. Il est plus difficile de remettre en question la direction lorsque rien n’a changé. Étant donné que, en raison de la pandémie, un grand nombre d’entités ont adopté de nouveaux modèles économiques et que le personnel des finances travaille à distance, les auditeurs doivent faire preuve d’esprit critique lorsqu’on les informe qu’aucun changement n’a été apporté aux processus et aux contrôles. Il pourrait s’avérer nécessaire d’aller plus loin que par les années passées, notamment en transmettant des demandes d’informations au personnel d’exploitation pour corroborer les déclarations de la direction.

Quelle pourrait être l’incidence de la pandémie sur la composition de l’équipe d’audit? Les cabinets vous ont-ils fait part de conseils ou de pratiques exemplaires à cet égard? 

Au cours des dernières années, le CCRC s’est concentré sur l’évaluation des systèmes de gestion de la qualité de cabinets qui gèrent leurs risques au niveau de leur clientèle d’audit. Dans ce contexte, la gestion des talents et des ressources prend une place prépondérante pour tous les cabinets.

Les équipes de mission devront vraisemblablement déterminer s’il est nécessaire de se doter de compétences ou de ressources spécialisées supplémentaires pour les aider à résoudre les questions complexes qui viennent s’ajouter à leurs audits. Nous nous attendons à ce que la demande pour les experts en évaluation, en technologies de l’information et en juricomptabilité soit forte et, par conséquent, que leur disponibilité soit limitée. Une bonne pratique pour les chefs de mission consiste à affecter les ressources spécialisées tôt dans le processus de planification de l’audit afin d’éviter un goulot d’étranglement plus tard. De même, un suivi à l’échelle du cabinet permettra de veiller à ce que ces ressources soient réparties de façon optimale entre les clients du cabinet d’audit.

L’établissement du seuil de signification est un autre élément important du processus de planification d’une mission d’audit. Quelle incidence pourraient avoir les résultats inhabituels de 2020 sur les considérations dont l’auditeur doit tenir compte, notamment la volatilité des indicateurs souvent utilisés dans la détermination du seuil de signification et du seuil de signification pour les travaux? 

Pour bon nombre d’audits visant l’année civile 2020, les seuils de signification devront être abaissés en raison des pressions baissières qui s’exercent sur certains des indicateurs les plus couramment utilisés par les auditeurs, y compris le bénéfice net avant impôt et l’actif. 

Il importe de garder à l’esprit que les évaluations que font les auditeurs des besoins en matière d’information financière des utilisateurs des états financiers sont au cœur de la détermination du seuil de signification. Les auditeurs doivent s’attendre à des changements du côté des utilisateurs des états financiers, tout comme de celui des indicateurs clés de performance auxquels ces derniers s’intéressent habituellement.

L’évaluation des risques par les auditeurs est essentielle à la réalisation de missions de grande qualité. Selon vous, quels éléments comportant des risques d’anomalies significatives pourraient être touchés par les contrecoups de la COVID 19? 

Je me garderai bien d’établir des attentes quant aux soldes de comptes, aux catégories d’opérations ou aux informations à fournir qui devraient être considérés comme présentant un risque élevé d’anomalies significatives, car les répercussions de la pandémie sont différentes pour chaque entité. Néanmoins, on peut difficilement se tromper en affirmant que les risques au niveau des assertions qui sont liés à un large éventail d’estimations comptables seront vraisemblablement accrus. 

Qu’est-ce qui complexifiera l’établissement de ces estimations comptable pour la direction? C’est le niveau d’incertitude généralisé ayant une incidence sur les perspectives et les activités de l’entité. La direction devra faire preuve d’un jugement considérable pour déterminer les méthodes, les hypothèses et les données à utiliser dans l’établissement de ses estimations comptables.

Les auditeurs devront évaluer la nécessité de faire appel à d’autres professionnels possédant des compétences ou des connaissances spécialisées. Pour l’établissement des estimations comptables, les tendances et données historiques qui étaient jugées pertinentes au cours des périodes antérieures ne seront plus, dans bien des cas, représentatives de la conjoncture actuelle ou future. Par exemple, il se pourrait que l’auditeur doive faire appel à des experts pour déterminer si la direction devrait prendre en considération d’autres hypothèses ou données.

Le lecteur est invité à consulter l’avis des permanents sur l’audit du Conseil des normes internationales d’audit et d’assurance (International Auditing and Assurance Standards Board – IAASB) intitulé Audit des estimations comptables dans un environnement perturbé par la COVID-19. On y traite de l’application de la Norme internationale d’audit (ISA) 540 (révisée), Audit des estimations comptables, dans un tel contexte.

Bon nombre d’organisations se focalisent sur leur survie et la transformation de leur modèle économique. Quelle sera l’incidence sur leurs processus et contrôles, ainsi que sur les travaux de l’auditeur dont l’objectif est de comprendre les contrôles internes pertinents pour l’audit? 

En temps de crise, certaines organisations délaissent les contrôles internes et se tournent vers d’autres priorités. Dans ce cas, les auditeurs peuvent s’attendre à ce que les contrôles internes ne cadrent plus avec les nouveaux risques auxquels ces entités sont exposées. 

Pour en savoir plus, le lecteur est invité à consulter notre publication sur la COVID-19 intitulée Compréhension du contrôle interne dans le cadre de l’audit. En voici quelques points saillants : 

  • Les auditeurs pourraient devoir relever les changements subis par les contrôles qu’ils ont évalués au cours d’audits antérieurs; ces changements découlent de la réponse des entités aux nouveaux risques causés par la pandémie. Parmi les nombreux exemples possibles, citons les nouveaux processus et contrôles mis en place par les entités pour s’assurer de la fiabilité des renseignements fournis à l’État en vue d’obtenir de l’aide en lien avec la COVID-19

  • Les auditeurs doivent réexaminer périodiquement leurs évaluations des risques pour s’assurer qu’elles reflètent les changements qu’apporte l’entité pour réagir à la crise avec souplesse. Dans certains cas, ils peuvent devoir modifier des procédures d’audit déjà prévues ou en concevoir de nouvelles pour répondre aux nouvelles évaluations.

Dans le contexte actuel, l’entité pourrait s’appuyer davantage sur les technologies de l’information (TI). Parlez-nous de l’importance que revêt la compréhension par l’auditeur de l’environnement informatique et des contrôles généraux connexes.

Nous avons observé que les entités ont accéléré leur virage numérique pendant la pandémie. Certaines l’ont fait pour faciliter le passage au télétravail, d’autres pour amener leurs clients vers des plateformes numériques pour respecter les mesures sanitaires.  

L’entité qui s’appuie davantage sur les TI s’expose à de nouveaux risques. Par exemple, il se pourrait que des systèmes ou des programmes ne traitent pas correctement les données, traitent des données inexactes, ou les deux. Certains d’entre eux pourraient aussi faire l’objet d’un accès abusif par des employés ou de cyberattaques par des tiers. Bien entendu, les risques liés à la cybersécurité se sont également accrus en période de pandémie, le personnel en télétravail étant plus exposé à l’hameçonnage. Il peut être pertinent pour les auditeurs de prendre connaissance des cyberincidents survenus lorsque ceux-ci touchent les systèmes d’information financière. 

Les auditeurs doivent acquérir une bonne compréhension des changements qu’ont subis pendant la pandémie les systèmes d’information des entités et des contrôles mis en place par la direction pour atténuer les risques connexes, y compris les risques découlant de l’utilisation des TI. C’est le cas même lorsque l’auditeur envisage de recourir à une stratégie de corroboration qui lui permettra de déterminer la nature, le moment et l’étendue des procédures de corroboration. 

Les auditeurs doivent être à l’affût de ce qui suit : 

  • des politiques laxistes relatives aux changements apportés aux programmes informatiques ou à l’octroi d’accès aux principaux systèmes informatiques;

  • des effectifs réduits en TI qui entraînent une diminution des activités de surveillance informatique;

  • des retards dans la mise en œuvre de projets informatiques cruciaux.

Parlons maintenant de fraude. Le risque peut augmenter, en ce qui a trait aux états financiers, si le système de contrôle interne du client ne fonctionne pas comme à l’habitude. Il peut même y avoir un plus grand nombre de motifs, de circonstances ou de justifications favorisant la fraude. À votre avis, à quoi les auditeurs devraient-ils prêter une attention particulière pour identifier une augmentation du risque de fraude et y répondre? 

Nous estimons que plusieurs facteurs permettront d’accroître la capacité de l’auditeur à détecter la fraude. Un grand nombre d’entre eux sont exposés dans le rapport sur la fraude que nous avons publié l’an dernier. Nous sommes d’avis que ces facteurs sont d’autant plus pertinents dans la situation actuelle.  

  • Acquérir une bonne compréhension des processus qu’utilise la direction pour identifier les risques de fraude et y répondre, y compris de ses contrôles de prévention et de détection de la fraude. Cette compréhension permet aux auditeurs de déterminer à quel point le processus est susceptible d’être contourné et, par conséquent, s’il existe des circonstances favorables à la perpétration d’une fraude.

  • Envisager de faire appel à des juricomptables pour aider l’équipe dans son évaluation du risque de fraude. Depuis la numérisation et l’automatisation des systèmes d’information financière, les stratagèmes de fraude sont d’une grande complexité. Les juricomptables sont en mesure de résoudre ces éléments complexes. 

  • Comprendre les programmes de dénonciation de l’entité. Des études indiquent que la divulgation d’un acte frauduleux provient le plus souvent d’employés, de fournisseurs et de sources anonymes. 

  • Comprendre les mécanismes de rémunération de la direction et les attentes des analystes. La fraude touchant l’information financière vise le plus souvent les indicateurs financiers se rapportant à ces mécanismes. 

Autre point digne d’intérêt : le traitement des demandes d’informations concernant la fraude auprès de la direction et d’autres personnes lorsque les réunions en personne sont impossibles. À notre avis, ces demandes doivent être faites par vidéoconférence pour permettre aux auditeurs de déchiffrer le langage corporel des personnes interrogées. Le recours au courriel seulement est absolument contre-indiqué.   

L’incertitude sans précédent provoquée par la COVID-19 a propulsé la continuité de l’exploitation au sommet des sujets les plus souvent abordés avec les auditeurs. Étant donné que la pandémie aura sur les entités des répercussions qui varient en fonction de leur situation et des plans de la direction, que pouvez-vous nous dire sur les difficultés que devront surmonter les auditeurs à ce chapitre? 

Il y aura des cas où il y a clairement des incertitudes significatives, et d’autres cas où il n’y en a manifestement aucune. Le défi pour les auditeurs sera dans la zone grise entre les deux, c’est-à-dire les « cas limites ». 

Les auditeurs doivent s’attendre à beaucoup plus de cas limites concernant la continuité de l’exploitation que dans les audits qu’ils ont réalisés en 2020. Je parle des cas où la direction conclut à l’absence d’incertitudes significatives, mais que cette conclusion repose en grande partie sur son jugement. Elle peut déterminer, par exemple, que ces incertitudes seront dissipées par les mesures correctives qu’elle compte mettre en place, y compris le refinancement de ses dettes. Les auditeurs pourraient cependant juger que cette avenue n’est plus réaliste dans le contexte actuel. Dans ces cas limites, ils doivent songer à demander à la direction de bonifier ses évaluations, notamment en élargissant les prévisions de trésorerie pour y inclure plusieurs scénarios réalistes et sensibilités de l’entité afin d’étayer davantage ses conclusions (à savoir qu’il n’existe aucune incertitude significative). 

Il importe de garder à l’esprit que la direction est tenue de communiquer les principaux jugements qu’elle a portés dans le cadre du processus d’application des méthodes comptables de l’entité (paragraphe 122 d’IAS 1), y compris ceux formulés dans les cas limites concernant les évaluations de la continuité de l’exploitation. Ces informations sont importantes pour que les états financiers donnent une image fidèle. Les auditeurs doivent examiner les conséquences qu’aurait sur l’audit la communication de mauvaises informations, ou l’omission de ces informations.

Y a-t-il autre chose que vous souhaiteriez dire ou rappeler aux auditeurs? 

Nous sommes conscients que les organisations sont confrontées à des obstacles importants. C’est toutefois en période de crise que le regard des investisseurs se tourne vers les auditeurs. Les pressions et les difficultés occasionnées par la pandémie de COVID-19 ne peuvent en aucun cas diluer la responsabilité qui incombe à l’auditeur de se conformer aux normes d’audit et aux normes professionnelles. Les missions d’audit seront plus difficiles et pourraient être plus longues dans bon nombre de cas. Il sera primordial que les auditeurs prennent le temps nécessaire pour répondre aux risques et aux questions complexes des audits, même si cela entraîne des retards.

Nous encourageons les auditeurs à consulter notre page Web traitant de la COVID-19 pour lire nos plus récentes réflexions en la matière.

CONCLUSIONS

Cette année sera probablement difficile pour bon nombre d’auditeurs. Tous les jeux d’états financiers audités seront vraisemblablement touchés, à divers degrés, par la conjoncture occasionnée par la pandémie. Les risques d’anomalies significatives seront, dans bien des cas, plus élevés que par le passé, ce qui aura une incidence sur les stratégies d’audit employées pour répondre aux risques identifiés. Les équipes d’audit pourraient juger utile de redoubler d’efforts pour s’assurer que des experts possédant la formation et l’expérience voulues sont affectés à chaque mission d’audit, et que le niveau de direction, de supervision et d’examen convient aux circonstances propres à chaque audit. Il sera particulièrement important, en cette période trouble, de faire preuve d’un grand esprit critique.

PROCHAINES ÉTAPES

Pour plus de ressources en lien avec la COVID-19, consultez nos pages de ressources sur l’audit et l’information financière, qui sont mises à jour régulièrement.

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Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne représentent pas nécessairement ceux de CPA Canada.