Amélioration de la pertinence de l’audit pour les investisseurs : Le Canada peut-il devenir un chef de file?

Afin de renforcer la pertinence de l’audit pour les investisseurs, les indicateurs clés de performance (ICP) devraient-ils faire l’objet d’une certification indépendante, tout comme les états financiers?

Entamer une conversation avec les investisseurs sur l’amélioration de la pertinence de l’audit, c’est un peu comme peler un oignon. Les pelures successives représentent le niveau de méconnaissance de l’intervention de l’auditeur à l’égard des informations sur lesquelles s’appuient les investisseurs pour prendre des décisions. On découvre qu’au fond, pour améliorer la pertinence de l’audit, il faudra vraisemblablement revoir certaines composantes du processus de présentation de l’information financière.

Les investisseurs fondent leur analyse sur les états financiers audités, qui ne constituent toutefois qu’une fraction des sources consultées. Ils lisent notamment les communiqués de presse sur les résultats, le rapport de gestion, les communications avec les analystes et les trousses d’information à l’intention des investisseurs diffusées sur les sites Web. Pourtant, l’intervention de l’auditeur en ce qui concerne de telles sources peut rester fort limitée. Par exemple, il n’est pas tenu de fournir une assurance à l’égard du rapport de gestion. Il tente toutefois de déterminer s’il y a une incohérence significative entre le rapport de gestion et les états financiers, et entre le rapport de gestion et la connaissance qu’il a acquise au cours de l’audit, et il délivre un rapport approprié sur ces questions. En fait, les communiqués de presse sur les résultats et la plupart des autres sources consultées par les investisseurs ne sont pas au nombre des éléments limités sur lesquels l’auditeur se penche.

Accroître la fiabilité des ICP : Une occasion à saisir?

Est-il souhaitable que les investisseurs d’aujourd’hui s’appuient sur des sources élargies pour prendre leurs décisions quand seules quelques-unes d’entre elles présentent des éléments dérivés de systèmes d’information soumis à une certification indépendante?

Les investisseurs pourraient croire que toutes les informations communiquées par la direction sont de qualité égale, mais ce n’est pas forcément le cas, et ils commencent à s’en rendre compte, surtout en ce qui concerne les indicateurs clés de performance (ICP). Les investisseurs se reportent largement aux ICP, ces mesures qui fournissent des indications sur la performance d’une société. Le rapport de gestion contient une foule d’ICP, tant financiers qu’opérationnels. Les investisseurs y ont recours pour assurer le suivi de la performance des sociétés d’un exercice à l’autre, pour évaluer leurs perspectives d’avenir, et pour les comparer à leurs concurrentes du secteur.

Dans le monde complexe d’aujourd’hui, où la cadence s’accélère, les ICP sont essentiels. Ils ne sont toutefois pas soumis aux audits et ne figurent pas tous parmi les éléments que surveillent les autorités de réglementation des valeurs mobilières. De plus, il se peut que les comités d’audit, chargés en théorie de revoir le rapport de gestion avant sa publication, ne poussent pas assez loin leurs recherches, en pratique, pour vraiment mettre à l’épreuve la pertinence, la transparence, la comparabilité et l’uniformité des ICP. La situation pose problème si les ICP ne sont pas fiables.

ICP : Une approche collaborative s’impose

Des intervenants du Canada et d’ailleurs s’intéressent aux ICP et au renforcement de leur transparence, de leur uniformité et de leur comparabilité. C’est un domaine où les auditeurs peuvent conférer de la crédibilité à la démarche, grâce à la certification indépendante. Je me suis donc interrogé sur les pratiques en vigueur dans d’autres pays, pour voir si certaines solutions avaient été retenues et si elles faisaient intervenir la profession d’auditeur. J’ai découvert que la question suscite de nombreuses discussions. Certaines portent sur des points de détail, mais aucune n’a encore débouché sur des solutions à l’échelle mondiale. Pourquoi? Parce qu’aucune partie prenante, à elle seule, n’est responsable de l’amélioration de la fiabilité des ICP, ni les autorités de réglementation des valeurs mobilières, ni les comités d’audit, ni les auditeurs. Pour trouver une solution, il faut adopter une approche collaborative à laquelle participent les investisseurs, les organisations du secteur, les ordres professionnels, les organismes de normalisation et d’autres décideurs. Le Canada, qui a connu du succès par le passé, par exemple dans l’initiative «Amélioration de la qualité de l’audit», serait l’endroit idéal où lancer cette démarche collaborative.

Je pense donc que le Canada a une occasion en or de prendre les devants dans l’amélioration de la fiabilité des ICP pour les investisseurs. À cet égard, j’estime que la profession de CPA aura un rôle à jouer, et que les auditeurs peuvent rehausser la pertinence de nos interventions, aux yeux des principales parties prenantes.

Poursuivons la conversation

Êtes-vous d’accord qu’il y a lieu d’améliorer la fiabilité des ICP? Quelle serait la meilleure façon d’y parvenir? Faut-il aussi faire participer les auditeurs?

Je vous invite à publier vos commentaires ci-dessous ou à m’écrire directement.

Conversations sur la qualité de l’audit se veut un forum d’échange concernant les faits et problèmes nouveaux survenant à l’international en matière de qualité de l’audit et leur incidence au Canada.

À propos de l’auteur

Eric Turner, CPA, CA

Directeur, Normes d’audit et de certification, CPA Canada