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Le bien-être financier des employés, une des clés de leur motivation

Les travailleurs souffrent de plus en plus de stress financier, ce qui nuit à leur santé et à leur rendement.

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Jeune homme inquiet et inquiet, assis à son bureau avec un ordinateur portable, écrivant après les heures sur un bloc-notesSelon un sondage de l’Association canadienne de la paie réalisé en 2018, le stress financier nuit au rendement au travail de 46 % des répondants. (Shutterstock/Altitude Visual)

Quel impact le stress financier peut-il avoir sur la motivation d’un employé? C’est à cette question que France Dufresne, chef du secteur Talents et communications chez Willis Towers Watson, s’est attaquée lors d’un déjeuner organisé en mars par FEI Canada à Montréal.

En écho à deux études réalisées par la firme sur les avantages sociaux et les meilleures pratiques de RH, elle a dévoilé quatre profils de travailleurs : les sereins, qui ne s’inquiètent ni de leur situation financière à court terme ni de celle à long terme (43 %); ceux qui craignent l’avenir (20 %); ceux qui craignent le présent (14 %); et les anxieux, inquiets de l’avenir et du présent (23 %).

Or, il apparaît clairement que ces derniers subissent une pression financière quotidienne. Ainsi, 78 % des anxieux vivent d’une paie à l’autre (contre 66 % de ceux qui craignent le présent seulement). En raison de dettes personnelles importantes, un peu plus de la moitié (51 %) doivent demander l’aide d’amis ou de membres de leur famille. En outre, 43 % trouvent difficile de régler les dépenses du ménage.

De même, selon un sondage de l’Association canadienne de la paie réalisé en 2018, 44 % des répondants auraient peine à respecter leurs obligations financières si le versement de leur salaire était retardé d’une semaine. Quarante pour cent se disaient accablés par leur taux d’endettement.

UN PROBLÈME COURANT

L’épargne-retraite et la gestion des dettes sont les deux principales préoccupations financières des répondants à l’Étude 2018 sur la littératie financière au Canada menée par CPA Canada. Constituer un fonds pour les urgences familiales (maladie grave ou décès) venait en troisième position. Par ailleurs, la moitié des répondants pensent devoir travailler après 65 ans parce qu’ils n’auront pas les moyens de prendre leur retraite à cet âge.

« Les travailleurs souffrent de plus en plus de stress financier », dit Kim Anto, directrice du secteur Retraite et responsable de l’initiative de bien-être financier chez Willis Towers Watson. « Vingt-neuf pour cent des personnes sondées ne pourraient pas trouver 2 000 $ en cas d’urgence, et 23 % pensent travailler au moins jusqu’à 70 ans. L’accès au crédit est plus facile, et le passage des régimes de retraite à prestations déterminées aux régimes à cotisations déterminées a alourdi le fardeau des travailleurs. »

D’ailleurs, toujours d’après le sondage de l’Association canadienne de la paie, le stress financier nuit au rendement au travail de 46 % des répondants. Et selon les sondages de Willis Towers Watson, les soucis financiers peuvent engendrer des problèmes de santé (ces employés sont deux fois plus susceptibles d’être en mauvaise santé et quatre fois plus susceptibles de souffrir de troubles du sommeil, de maux de tête et d’autres maladies). En fait, 61 % des anxieux font face à un stress élevé. La suite ne surprendra pas : le tiers, environ, sont démotivés au travail, et ils s’absentent deux fois plus souvent du bureau que leurs collègues sereins.

Les sereins, en comparaison, ont bonne mine : 71 % sont satisfaits de leur situation financière (bien que 28 % disent vivre beaucoup de stress). Corrélat direct : seul 1 employé sur 10 (12 %) de cette catégorie manque de motivation au travail.

DE LA PAROLE AUX ACTES

La démotivation a pourtant un coût, estimé par l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) à 1 000 $ par année et par employé (environ 2 000 $ US selon la firme américaine John Hancock).

« Les employeurs doivent agir. D’ailleurs, 48 % des employés pensent qu’il incombe à l’employeur de leur offrir des cours de gestion des finances et autres outils du genre, souligne Mme Anto. Les employeurs ont un rôle à jouer dans l’amélioration du bien-être financier de leurs employés, surtout que, malgré toute l’information disponible, celui-ci ne s’améliore pas. » [Voir l’article La santé mentale de vos employés, faites-en votre affaire dès aujourd’hui]

Devant l’urgence d’agir, le plan d’action est clair : « Il faut d’abord comprendre les soucis financiers des employés à l’aide d’analyses des différents segments de la population. Les baby-boomers et les membres des générations X et Y n’ont pas les mêmes préoccupations. Ensuite, il faut trouver les bons outils (il serait illusoire de penser que tous dresseront un budget, par exemple) pour les aider à prendre les bonnes décisions au bon moment. » Ainsi, on pourrait regrouper dans un portail en ligne des cours de gestion des finances, des services-conseils, etc.

Mme Anto rappelle aux employeurs que chaque génération fait face à ses propres défis : remboursement de dettes d’études, achat d’une première maison, éducation des enfants, préparation de la retraite… Autant de moments charnières pendant lesquels il est capital d’accompagner les travailleurs.

« Il faut miser sur la technologie et traiter les employés comme des consommateurs, en leur donnant des outils d’aide à la décision dynamiques, qui répondent à leurs différents besoins, ajoute Mme Anto. Diverses plateformes, comme myFITage (Willis Towers Watson) ou Mon PAE (Morneau Shepell), permettent aux employés de se fixer des objectifs en fonction de leur situation financière actuelle. »

Parmi les organisations sondées, certaines ont déjà pris le taureau par les cornes : 55 % fournissent déjà des conseils individuels à leurs employés qui ont des soucis financiers immédiats. D’autres (31 %) aident personnellement leurs employés à se fixer des objectifs, et d’autres encore ciblent les employés (ou les segments) les plus à risque et établissent avec eux des objectifs précis touchant l’utilisation du programme de mieux-être financier à des moments clés (nouvelle union, première maison, jeunes enfants).

« Les employés doivent se sentir encouragés et non jugés, insiste Mme Anto. La confiance qui se développera au fur et à mesure est essentielle au succès du programme de bien-être financier, qui doit s’inscrire dans une stratégie plus large de mieux-être de l’organisation. »

OUVRIR LA VOIE

Entre avril 2018 et mars 2019, CPA Canada a aidé l’ACFC et les membres de son groupe de travail sur la littératie financière en milieu de travail à élaborer un programme de mieux-être financier en milieu de travail.

« Notre programme propose des informations, des outils et des ressources pour renseigner les employeurs sur l’élaboration de programmes de bien-être financier visant à améliorer la qualité de vie du personnel. Il offre aussi aux employés des renseignements sur les raisons et les moyens d’investir dans leur propre bien-être financier », explique Jérémie Ryan, directeur de la littératie financière et de la mobilisation des intervenants à l’ACFC. « CPA Canada a par ailleurs grandement contribué aux ateliers de littératie financière offerts par l’ACFC aux fonctionnaires fédéraux, au nouveau Centre canadien d’innovation pour la santé mentale en milieu de travail, où les employés de l’État peuvent se présenter sans rendez-vous. »

En plus d’avoir épaulé l’ACFC, CPA Canada a eu l’occasion de contribuer à l’élaboration de la nouvelle Norme sur le mieux-être financier d’Excellence Canada pour le programme Prix Canada pour l’excellence. Ce programme permet de souligner, chaque année, les réalisations exceptionnelles d’organisations de tous les secteurs qui améliorent les conditions de vie et de travail de leurs employés. Comme le fait remarquer Doretta Thompson, chef du développement de la littératie financière à CPA Canada, une telle amélioration ne suppose pas nécessairement de grandes dépenses.

« Les employeurs disposent même de nombreuses ressources gratuites. Ils peuvent consulter les outils présentés sur le site de l’ACFC et demander une série d’ateliers de littératie financière offerts par CPA Canada, donnés en milieu de travail par des CPA bénévoles aux quatre coins du pays, dit Mme Thompson. Des études montrent que les employés se réjouissent de telles occasions au travail et qu’ils parviennent, grâce aux bases qu’ils y acquièrent, à améliorer graduellement la gestion de leurs finances et à prendre de meilleures décisions. On constate aussi que la réduction du stress financier observée en conséquence stimule la productivité de l’employé et réduit son niveau de stress global ainsi que son taux d’absentéisme. »

STIMULER LA PRODUCTIVITÉ

Dans le cadre de son programme de littératie financière, CPA Canada peut offrir à vos employés des ateliers gratuits sur une quarantaine de sujets allant des responsabilités familiales aux finances personnelles, en passant par le travail en entreprise.