Des manifestants protestent contre la hausse du salaire minimum en Ontario à l'extérieur d'un Tim Horton de Toronto.

Des manifestants protestent devant un Tim Hortons de Toronto face à la décision de certains franchisés, pour compenser l’augmentation du salaire minimum en Ontario, de supprimer les pauses payées et les régimes d’assurance collective offerts. Les résultats d'une étude récente du Centre canadien de politiques alternatives ont mis en évidence un écart de revenu pour le moins élevé : l’élite des PDG canadiens reçoivent plus de 200 fois la rémunération moyenne d’un employé. (Steve Russell/Toronto Star par Getty Images)

Monde | Éthique

Les généreux salaires que versent les organisations à leurs hauts dirigeants ne sont pas sans conséquence, disent les experts

Les 100 hauts dirigeants les mieux rémunérés au Canada gagnent plus de 200 fois le revenu moyen.

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En cette époque où l’on préconise la responsabilité sociale des entreprises, les organisations qui versent de généreux salaires à leurs hauts dirigeants devraient se préoccuper davantage des conséquences potentielles, selon Neil St. John, directeur général du Canadian Centre for Ethics & Corporate Policy (en anglais).

« La marque et la réputation revêtent une telle importance de nos jours! Les contrecoups subis par Facebook [à la suite d’une fuite de données personnelles] (en anglais) et Tim Hortons [dans la foulée de la hausse du salaire minimum en Ontario] (en anglais) en sont des exemples éloquents. Les gens veulent faire affaire avec des entreprises qui exercent leurs activités dans un cadre éthique. Et, donc, qui s’abstiennent de payer grassement, à même la caisse de l’organisation, le principal investisseur et le chef de la direction. Il y va de la proposition de valeur. »

Une étude publiée récemment par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) révèle qu’en 2016, le salaire des 100 hauts dirigeants les mieux rémunérés au Canada représentait plus de 200 fois le revenu moyen des travailleurs, portant l’écart salarial à un sommet inégalé.

Selon cette étude (en anglais), les 100 chefs de la direction les mieux payés des entreprises formant l’indice composé S&P/TSX gagnent en moyenne un salaire annuel de 10,4 M$ comparativement au revenu annuel moyen de 49 738 $.

Toutefois, la rétribution totale de plus de 83 M$ (salaire de base de 1 299 990 $) du mieux payé de tous, Joseph Papa, chef de la direction de Valeant Pharmaceuticals, fausse quelque peu les données (en anglais). Au deuxième rang, Donald Walker, chef de la direction de Magna (en anglais), a gagné « seulement » 28,6 M$ (salaire de base de 430 781 $). Outre le salaire de base, la rémunération peut comprendre des primes en espèces ou sous forme d’actions et d’options, ainsi que la valeur du régime de retraite.

Pour l’auteur de l’étude du CCPA, David Macdonald, seule une stratégie fiscale fédérale concertée permettrait de réduire l’écart salarial. Il propose notamment d’imposer comme revenu d’emploi les gains en capital réalisés sur tous les instruments de rémunération, d’éliminer la déduction pour options d’achat d’actions et de créer une tranche d’imposition plus élevée.

Jason Clemens, vice-président directeur de l’Institut Fraser et coauteur de l’étude CEO to Worker Pay: A Broader Examination (en anglais) (un examen de l’écart salarial entre dirigeants et employés dans une perspective globale), voit les choses autrement. Il juge futile de comparer la rémunération des cadres supérieurs au salaire moyen des travailleurs.

« Quel que soit le secteur, par exemple le sport, la musique ou le cinéma, les meilleurs empochent de gros revenus parce que tout le monde s’arrache leurs services. Ils forment une ressource rare d’une grande mobilité, d’où une vive concurrence pour les attirer, fait valoir M. Clemens. Il est peu probable que ces vedettes restent dans un pays qui pratique un taux d’imposition marginal de 70 %. » En bref, cette élite choisira soit de déménager soit de transférer ses fonds vers des contrées plus accueillantes. Même Bono, chanteur de U2, n’en déplaise à sa réputation de défenseur des opprimés, a profité des paradis fiscaux.

Comment, dans ces conditions, les organisations canadiennes peuvent-elles se positionner comme chefs de file sur le plan de la rémunération des hauts dirigeants? D’abord, en s’inspirant d’entreprises qui ont déjà agi à cet égard, telles Whole Foods [qui limite le salaire de ses dirigeants à 19 fois celui des employés] (en anglais) et Buffer [qui a mis en place une politique de transparence salariale] (en anglais).

De l’avis de Francis Fong, économiste en chef à CPA Canada, « la haute direction de l’organisation doit donner le ton en prêchant par l’exemple, et l’ensemble de l’organisation lui emboîtera le pas ». L’équité au sein même du conseil d’administration a aussi des avantages en amont. « L’entreprise jette les bases de meilleures pratiques pour l’avenir en ouvrant une voie qui permettra aux leaders féminins de demain d’accéder au conseil. »

Les organisations pourraient aussi privilégier des objectifs à long terme fondés sur les résultats trimestriels et les rendements des options sur actions, suggère Neil St. John. « Il revient aux actionnaires et au conseil d’administration d’établir la rémunération et les résultats attendus des premiers dirigeants. Et, si le rendement n’est pas à la hauteur, de leur montrer la porte. »