L’automatisation des tâches plus répétitives en finance est illustrée par l’image d’une poignée de main entre un professionnel et l’hologramme d’une personne, formé de circuits électroniques blancs sur fond vert.

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La finance à l’ère du numérique

Allons-nous tous être remplacés par des robots dans un avenir proche? Non, mais certaines de nos tâches les plus répétitives, elles, vont être automatisées. Et c’est une très bonne chose.

La technologie a transformé de nombreux secteurs (édition, commerce de détail, construction d’automobiles, etc.) et forcé les chefs de file à repenser leur stratégie de mise en marché, notamment leur proposition de valeur. Mais la technologie est aussi une source d’inquiétude.

Grant Abrams, associé chez Deloitte à Ottawa et membre du groupe Gestion des finances et du rendement, est bien placé pour le savoir : son rôle est d’aider les chefs des finances à devenir de véritables partenaires stratégiques de leur organisation pour stimuler sa croissance. L’un des aspects qu’ils doivent bien comprendre et bien expliquer à leur entourage est l’automatisation dans le monde de la finance.

Comme l’explique M. Abrams, l’inquiétude que suscite la technologie est souvent une question de perspective générationnelle. « Ceux qui travaillent pour l’entreprise depuis longtemps peuvent percevoir le changement comme un danger. Ils y voient une menace pour leur carrière, ils se sentent démunis et ont l’impression de ne pas en savoir assez sur les nouvelles technologies, dit-il. La situation est tout autre pour ceux qui appartiennent à la génération Y : ils sont nés à l’ère du numérique. La technologie fait partie de leur quotidien. Ils font généralement preuve d’enthousiasme à l’égard des nouveautés et souhaiteraient même que leur employeur les exploite davantage. »

Quoi qu’il en soit, les organisations doivent accueillir le changement à bras ouverts. Si, par définition, la technologie est une force perturbatrice, les bouleversements qu’elle cause peuvent aussi créer des occasions en or. C’est particulièrement vrai pour les professionnels de la finance, qui offrent des services à valeur ajoutée.

Grant Abrams au Congrès national UNIS

Grant Abrams 

« Les technologies comme l’infonuagique, l’analytique, la cognitique, la robotique, la chaîne de blocs et les bases de données en mémoire offrent la possibilité d’automatiser davantage de processus et d’analyser des quantités phénoménales de données de façon rapide et efficace, ce qui était impossible auparavant », souligne M. Abrams. Il est conscient, toutefois, que la technologie financière comporte aussi son lot de défis. « Les organisations vont de plus en plus s’attendre à ce que les professionnels de la finance soient des partenaires d’affaires. Il faudra donc qu’ils adoptent une approche beaucoup plus souple et beaucoup plus axée sur les clients, car la technologie change rapidement. »

Selon M. Abrams, ce sont l’analytique, la robotique et l’apprentissage cognitif qui auront le plus d’effet sur les métiers de la finance. « Dans la vie de tous les jours, nous avons accès à de l’information en tout temps, dit-il. Il vous suffit de sortir votre téléphone intelligent et de poser une question à Siri. Dans 99 % des cas, vous allez obtenir une réponse plutôt fiable. Les gens s’attendent désormais à profiter de cet accès constant au travail, et c’est ce que l’analytique va rendre possible. » 

Pour ce qui est de la robotique, précise M. Abrams, il n’est pas ici question de machines, mais bien de programmes capables d’effectuer des tâches répétitives, comme les humains le font à l’heure actuelle. « Tant qu’une tâche peut être réduite à un ensemble de règles, un robot peut apprendre à la faire, et même mieux qu’un humain, parce qu’il fait toujours exactement ce qu’on lui demande. »
Les technologies cognitives, quant à elles, vont complètement changer la donne, poursuit M. Abrams. « En fait, il s’agit d’un ensemble de technologies comme l’apprentissage machine, le traitement en langage naturel et la reconnaissance vocale. Elles favorisent la compréhension et l’analyse poussées, de même que l’automatisation de processus complexes. »

À ceux qui craignent ce que l’avenir leur réserve et qui ont peur qu’une machine prenne leur place, M. Abrams donne un conseil : du calme! Les compétences dont se serviront les professionnels de la finance en 2020 ou en 2025 seront bien différentes par rapport à aujourd’hui, c’est certain. Les technologies, les sciences des données et la connaissance du secteur d’activité joueront un rôle primordial. Cela dit, M. Abrams est persuadé que ceux qui sauront s’adapter, faire preuve de souplesse et continuer d’apprendre tout au long de leur carrière s’en tireront sans problème.

« Les perturbations provoquées par les technologies ne réduisent en rien la valeur des services fournis par les professionnels de la finance, affirme-t-il. Au contraire, elles l’accroissent. J’aime dire qu’il faut “dérobotiser” l’humain. Si on libère les gens des tâches répétitives et qu’on leur permet de se consacrer aux aspects de leur travail qui les comblent, à ce que les humains savent mieux faire que les machines (analyse, jugement, créativité…), alors la finance et les professionnels de ce secteur demeureront un atout pour les organisations. Cessons de traiter bêtement des opérations et penchons-nous plutôt sur les dépenses ou encore sur les facteurs qui font grimper les coûts. »