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Des éoliennes sont représentées sur un champ d'herbe avec un ciel bleu.
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Magazine Pivot

Se doter d’une économie verte, pour quoi faire?

Au Canada, le tournant de la durabilité, désormais incontournable, prend figure d’impératif.

Des éoliennes sont représentées sur un champ d'herbe avec un ciel bleu.Le Canada a le devoir d’agir : collectivement, nous dégageons davantage d’émissions par personne que toute autre économie du G20. (iStock)

En 2020, Larry Fink, PDG de BlackRock, premier gestionnaire d’actifs du monde (l’actif sous gestion frôle les 9 000 G$ US), expliquait dans sa lettre aux chefs d’entreprise que le risque climatique serait désormais pris en considération dans les décisions du géant : « […] la prise de conscience progresse rapidement, et je suis convaincu que nous sommes à la veille d’une transformation fondamentale du secteur financier. Les preuves des risques climatiques ont conduit les investisseurs à réévaluer les principes fondamentaux de la finance d’aujourd’hui. » 

À la réunion des ministres des Finances du G7 en juin 2021, il a été convenu de penser à rendre obligatoire la communication par les entreprises des informations sur les risques liés au climat pour protéger le système financier contre les chocs climatiques. Plus qu’une prescription morale, la lutte contre les changements climatiques est devenue un impératif économique. Depuis des décennies, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme : agissons avec rapidité et fermeté pour éviter une crise mondiale, disent-ils. Les points de vue des institutions financières internationales et des marchés financiers convergent, et c’est une nette avancée. Il est temps de remodeler le système économique. 

Devant l’intensification des changements climatiques et l’accentuation des inégalités tant sociales que raciales, le statu quo n’est plus envisageable. Nous avons besoin d’une économie vigoureuse, inclusive, qui laissera aux générations à venir une planète en bonne santé. Autrement dit, une économie verte.

Le Canada a le devoir d’agir pour assurer la transition. Nous arrivons au 11e rang des principaux émetteurs de gaz à effet de serre (GES) et nous dégageons davantage d’émissions par personne que toute autre économie du G20. Faire notre juste part, c’est aussi éviter de tarder. D’autres pays s’emploient à tirer parti du passage à l’économie verte, source de retombées évaluées à 26 000 G$ US, un immense potentiel. Aux débouchés à l’exportation qui s’ouvriront aux chefs de file en développement et en fabrication de technologies propres s’ajoutent les millions d’emplois qui seront créés sur leur propre territoire. Les besoins en produits et services écologiques et éthiques augmentent sans cesse.

Voilà pourquoi les grandes puissances ont établi des cibles pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050 et injecté des milliards dans les mesures de relance verte post-COVID.

Devant l’intensification des changements climatiques et l’accentuation des inégalités tant sociales que raciales, le statu quo n’est plus envisageable.

Notre principal partenaire, les États-Unis, entend réduire ses émissions de 50 % d’ici 2030 et ne produire que de l’électricité propre d’ici 2035. Le premier budget de l’administration Biden, présenté en mai 2021, prévoit 800 G$ US pour accélérer le déploiement des technologies propres dans les dix années à venir. 

Le Canada, lui, s’engage à réduire ses émissions de GES de 40 à 45 % d’ici 2030 et à réaliser la carboneutralité d’ici 2050. Le budget fédéral d’avril 2021 affecte 17 G$ à l’action climatique, et le plan climatique de décembre 2020 propose de légiférer pour fixer les cibles de carboneutralité. 

Parallèlement, le coût des énergies renouvelables chute, et les ventes de véhicules électriques vont connaître une hausse fulgurante.

La conjoncture est favorable, mais la réussite du virage vers un avenir carboneutre empreint de dynamisme, et mené sous le signe de l’inclusivité, est loin d’être assurée.

Nous n’avons que trop attendu pour prendre conscience des faits et réagir devant l’urgence climatique. Comme le font valoir les auteurs du rapport Net Zero by 2025 publié en 2021 par l’Agence internationale de l’énergie, la carboneutralité reste envisageable, mais la marge de manœuvre s’amenuise. Afin de construire un avenir où chacun respirera mieux, nations et administrations publiques seront tenues de focaliser leurs efforts sans relâche, avec le concours des entreprises, des bailleurs de fonds et des citoyens. Les États seront appelés à renforcer leurs engagements climatiques pour provoquer les transformations recherchées, et les investissements annuels mondiaux affectés à l’énergie propre devront à tout le moins tripler d’ici 2030, à environ 4 000 G$ US. Pour l’essentiel, les réductions d’émissions de GES sont réalisables grâce aux technologies existantes, à adopter sans tergiverser. Les économies avancées doivent cesser d’investir dans l’extraction du pétrole, du gaz et du charbon, et éliminer les centrales au charbon d’ici 2030.

Au Canada, les forces en jeu s’exercent sur toutes les entreprises, et le changement est déjà amorcé. Les entreprises qui négligent les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) mettent en péril leur résilience et leur compétitivité, et risquent de prendre du retard. À titre collectif, si notre empreinte carbone ne rétrécit pas au rythme préconisé par les scientifiques, nous serons dans l’incapacité de récolter les fruits de l’économie verte.

Toutes les entreprises sont invitées à apporter leur pierre à l’édifice. Elles se fixeront des objectifs ambitieux pour réduire leurs impacts environnementaux, mettront à exécution des plans concrets et remanieront leur modèle d’affaires, comme le font déjà les centaines d’organisations du réseau Green Economy Canada.

Plus que jamais, il en va d’enjeux incontournables, et le virage vert s’impose. Retroussons nos manches, attelons-nous à la tâche sans plus tarder, et mettons tout en œuvre pour repenser le statu quo.

VOIR LOIN

Consultez les ressources de CPA Canada pour voir comment les organisations axées sur la durabilité réussissent à équilibrer leur résultat net et comment elles peuvent prendre en compte les considérations relatives à la durabilité en audit et en certification. Voyez aussi en quoi le rôle des chefs du développement durable est en plein essor.