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Prêts hypothécaires, cartes de crédit... trouver le meilleur taux sans trop chercher

Comparateurs de taux : la technologie évolue, le consommateur aussi.

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Portrait de Jennifer Pollock, directrice des finances et des opérations de Ratehub, devant un mur de verre avec post-itJennifer Pollock, directrice des finances et de l’exploitation à Ratehub (Derek Shapton)

La génération des trentenaires est devenue le porte-étendard d’une culture de la personnalisation à outrance. Vu la prédominance des services sur demande qu’offrent les Netflix et Uber de ce monde, ce n’était qu’une question de temps avant que la dictature du choix n’envahisse la sphère des finances. Et depuis environ 10 ans, des entreprises innovantes parient sur la technologie financière en libre-service : Wealthsimple et Borrowell ont connu un essor fulgurant en ciblant les jeunes.

Pourtant, les Canadiens hésitent à délaisser les grandes banques. Un sondage EY de 2017 révèle qu’environ un consommateur sur cinq avait récemment consulté au moins deux plateformes de technologie financière, contre un sur trois à l’échelle mondiale. Simple méconnaissance des choix? Selon une étude Ipsos de 2017, commandée par LowestRates.ca, la moitié des Canadiens ne savaient même pas où comparer les cartes de crédit proposées par les institutions bancaires. 

Des entreprises toutes neuves se sont engouffrées dans la brèche. RateSupermarket.ca offre un comparateur de taux sur les prêts hypothécaires et les cartes de crédit; et GreedyRates.ca propose au client une carte de crédit harmonisée à ses habitudes. Au Royaume-Uni, uSwitch.com compare non seulement les taux et tarifs des services financiers, mais aussi ceux de l’énergie, du sans-fil et des assurances. Tendance montante, donc.

Parmi les têtes d’affiche de la « fintech », la plateforme Ratehub, considérée par sa cofondatrice Alyssa Furtado comme le « site Expedia des services financiers ». Établie en 2010, la société torontoise compte trois branches : le site Ratehub.ca, où l’on compare tarifs, taux et primes (prêts hypothécaires, cartes de crédit, comptes bancaires, assurances); le courtier hypothécaire CanWise Financial; et le site MoneySense récemment acheté à Rogers Media, site qui est axé sur les décisions financières éclairées, et qui récolte 700 000 visites par mois.

Selon Jennifer Pollock, CPA, directrice des finances et de l’exploitation à Ratehub, si les sites qui outillent le client ont du succès, c’est qu’on s’intéresse d’emblée aux outils de comparaison des prix, au supermarché ou ailleurs (en témoignent les paniers de commandes trop bien garnis sur Amazon). « Les banques s’adressent à des clients parfois léthargiques, qui ne connaissent pas forcément toute la gamme des choix. Pourtant, l’achat d’un domicile reste un geste qui marque une vie. Mais faute de comparer les taux, on risque d’y perdre au change, ou de se retrouver mal loti. C’est là que Ratehub entre en scène. »

Fondée il y a huit ans, Ratehub a vu son chiffre d’affaires augmenter de plus de 600 % entre 2014 et 2017, grâce à la montée d’une génération qui navigue depuis toujours et qui privilégie l’autonomie. (Les Y comptent pour la moitié des clients de Ratehub, et leur cote de crédit est à la hauteur.) En 2010, après avoir obtenu un financement externe minimal, Mme Furtado, cofondatrice, était l’unique employée de l’entreprise. Il a suffi d’un passage à l’émission Dragons’ Den, en 2016, pour que tout décolle. L’année suivante, cinq millions de Canadiens profitaient des services de Ratehub. Et l’an dernier, celle-ci a collecté 12 M$ en financement de série A, avec le jeune capital-risqueur Elephant Partners LP de Boston. Établie à Calgary, à Toronto, à Kingston et à Montréal, Ratehub compte une centaine d’employés, dont bon nombre de courtiers hypothécaires, sous l’enseigne CanWise Financial, précise Mme Pollock. James Laird, le cofondateur, annonce un chiffre d’affaires qui pourrait atteindre 100 M$ d’ici 2021.

Vu l’engouement suscité par ces plateformes numériques, la méfiance envers les grandes banques va-t-elle s’installer? Mme Pollock ne cherche pas à contrarier ces géantes. « Les grandes institutions financières travaillent dans la transparence et évoluent de concert avec leurs clients. Dans un marché libre, si le client ne prend pas l’initiative de se renseigner, je ne crois pas qu’il faut les blâmer. Notre tâche reste d’amener au premier plan la question de la transparence entre banques et consommateur, mais ce dernier doit se mobiliser. » 

« L’achat d’un domicile reste un geste qui marque une vie. Mais faute de comparer les taux, on risque d’y perdre au change. »

Selon un article du Financial Post de 2016, publié avec l’appui de Mogo, société vancouvéroise de technologie financière, on observe des interactions soutenues entre les grandes banques et les jeunes entreprises qui offrent des outils de comparaison. Loin de vouloir supplanter les établissements traditionnels, les nouvelles plateformes les considèrent comme des alliés stratégiques : « Les acteurs concurrents travaillent de concert : les banques, à l’affût d’innovations numériques, font équipe avec des entrepreneurs agiles, qui tirent parti des réseaux de distribution et de l’expertise en réglementation des grandes institutions bancaires. »

Comme le souligne Mme Pollock, chacun est libre de regrouper ses comptes à la même banque ou de les répartir entre plusieurs institutions. Mais le plus n’est pas toujours le mieux. « Certains clients comparent les tarifs et taux, puis décident que le statu quo leur convient; d’autres, au lieu de traiter avec une seule banque, se retrouvent avec un compte-chèques à la Scotia et un REER ainsi qu’un prêt hypothécaire à BMO. C’est une question de préférence. Ratehub renseigne le consommateur pour qu’il fasse ses propres choix. »