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Un train en marche

Les progrès technologiques changent la donne pour les auditeurs. Si des défis attendent les CPA, les possibilités se multiplient.

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Deux partenaires commerciaux analysant des rapports financiers sur papier devant un ordinateur portableLe débat ne porte plus sur le fait de changer les attentes du public, mais sur les mesures à prendre pour y répondre. (Shutterstock/Indypendenz)

Pour les auditeurs, voilà des années que se pose la question de « l’écart par rapport aux attentes » : c’est le décalage entre ce que les intéressés (actionnaires, journalistes, citoyens) attendent des états financiers audités et ce qu’ils peuvent en obtenir. La seule manière de combler l’écart, aux yeux de certains dans la profession? Éduquer le public sur la nature réelle de l’audit.

La donne change avec les technologies émergentes, comme les chaînes de blocs et les systèmes d’IA qui agglomèrent les résultats en scrutant la totalité des opérations. Le débat ne porte plus sur les limites techniques de l’audit ou sur l’orientation des attentes quant à l’apport des auditeurs sur les marchés financiers; on discute plutôt des mesures à prendre pour répondre à ces attentes.

Prenons l’exemple d’Andrew Morgan, associé en certification chez EY, qui a pris le virage technologique, bien au-delà du suivi des opérations numériques; aux commandes d’un drone, il a dénombré des véhicules stationnés pour dresser un inventaire. Partout, en fiscalité comme en comptabilité, les professionnels font appel aux drones : en Argentine, les inspecteurs de l’impôt débusquent des propriétés absentes du cadastre, et aux États-Unis, les auditeurs déchiffrent les codes à barres sur les étagères d’entrepôts. De quoi gagner en rapidité et en exactitude, à moindres frais, par rapport aux méthodes classiques.

En 2017 et en 2018, CPA Canada a organisé deux symposiums sur l’avenir de l’audit. À l’ordre du jour : portée, avantages et coûts des nouvelles technologies d’audit. Et en 2019, elle a réuni des experts pour voir comment exploiter les conclusions tirées, afin de réussir à combler l’écart par rapport aux attentes.

portrait de la présidente et directrice générale de CPA Canada, Joy ThomasJoy Thomas, Présidente et chef de la direction, CPA Canada (Photo de Matt Barnes)

Évidemment, les transformations technologiques et le contexte canadien ne sont pas les seuls déterminants de cette réorientation. Au Royaume-Uni, plusieurs rapports importants viennent de paraître, dans le sillage des échecs de l’audit; autant de ressources pour nourrir un débat mondial sur l’avenir de l’information financière. En décembre 2018, l’évaluation indépendante du Financial Reporting Council menée par Sir John Kingman a donné lieu à 83 recommandations, dont la création d’une nouvelle autorité de réglementation.

Et en avril dernier, la Competition and Markets Authority publiait son dernier rapport, au terme d’une étude sur les services d’audit obligatoires. Elle y préconisait des moyens de remédier à l’insuffisance de la concurrence en audit, proposant qu’on dissocie services d’audit et services-conseils. L’autorité suggérait aussi d’exiger la tenue d’audits conjoints, pour outiller les cabinets autres que les Quatre Grands, ainsi amenés à pouvoir examiner les comptes de grandes sociétés britanniques.

Enfin, récemment, le gouvernement britannique chargeait Sir Donald Brydon de se pencher sur l’avenir de l’audit et sur les moyens à envisager pour amenuiser l’écart par rapport aux attentes. Dans ce cadre, pour faire connaître ses points de vue, CPA Canada a soumis des mémoires au groupe de travail, séparément et de concert avec la Global Accounting Alliance.

Certes, les recommandations des rapports sur l’audit publiés outre-Atlantique sont propres au Royaume-Uni, mais pour toute la profession, les mêmes forces jouent : attentes sociétales, tendances politiques façonnant la réglementation, innovations technologiques. De grands défis, mais aussi des occasions d’opérer les changements nécessaires. Nos discussions d’aujourd’hui, judicieuses, nous vaudront de rester des chefs de file, dont le travail concourt à l’efficience et à l’équilibre des marchés financiers.