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Quand les données font défaut, les politiques publiques en pâtissent

Pour prendre de meilleures décisions, le Canada a besoin de meilleures données. Les CPA à la rescousse.

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femme regardant par-dessus les cartes dans son salonChaque mois, Statistique Canada demande à des ménages de remplir des questionnaires et de consigner la moindre dépense dans un journal. Combien sont prêts à en faire autant? (JGI/Jamie Grill/Getty Images)

Au Canada, les questions  économiques  épineuses  ne  manquent  pas.  Qu’elles  soient  nouvelles ou qu’elles demeurent sans réponse depuis longtemps, ces questions continuent de donner du fil à retordre, malgré tous les efforts déployés pour les régler. Pour d’autres questions, nous avons un début de solution qui reste nimbé de flou. Par exemple, comment régler l’itinérance chronique pour de bon? Comment préparer  la main-d’œuvre à un marché où l’intelligence artificielle et l’automatisation seront omniprésentes? Comment une baisse du taux d’imposition des sociétés influe-t-elle sur les investissements des entreprises?

Toutes questions confondues, au cœur de tous les problèmes économiques non résolus se trouve la question des données – ou plutôt, de l’absence de données. Un exemple : la conception du crédit d’impôt pour la TPS/TVH destiné aux ménages à faible revenu ou à revenu moyen. Ce crédit, qui vise à atténuer le caractère régressif des taxes de vente, est versé à certains ménages. Mais comment calculer le montant du crédit?

Ici, ce n’est pas l’absence de données qui pose problème – le crédit de TPS/TVH existe depuis longtemps –, mais bien la nature dynamique de nos besoins en matière de données. Voilà des années que le gouvernement, au moyen de l’Enquête sur les dépenses des ménages, recueille des données sur les montants consacrés à tels ou tels produits ou services. Comme ces données peuvent être ventilées par tranche de revenu, il suffit d’analyser les dépenses de première nécessité des ménages à faible revenu ou à revenu moyen et d’établir un crédit en conséquence.

Rien de plus simple, n’est-ce pas?

Mais attention! L’enquête exige de chaque ménage participant un suivi méticuleux de toutes ses dépenses en produits et services durant une année complète. Chaque mois, Statistique Canada demande aux ménages de remplir des questionnaires et de consigner la moindre dépense dans un journal. Combien de gens sont prêts à en faire autant?

Nous connaissons tous la réponse à cette question : pas beaucoup. Dans l’enquête de 2017, le taux de réponse était de 67 % pour le volet questionnaire – un bon résultat. La participation au volet journal, en revanche, s’établissait à seulement 41 %.

Statistique Canada ne ménage aucun effort pour obtenir des données qui représentent fidèlement l’ensemble du pays, d’où la grande importance d’obtenir des taux de réponse élevés.

L’organisme fédéral constate que, d’année en année, le taux de réponse pour le volet journal diminue – ce qui n’est pas sans le préoccuper. Y a-t-il lieu de remettre en question la fiabilité des données? Pouvons-nous continuer à prendre des décisions de politique fondées sur ces données?

41 % ou moins : proportion de personnes qui consignent pour Statistique Canada leurs dépenses dans un journal.

Statistique Canada en est consciente : cette situation est loin d’être satisfaisante. Justement, en octobre dernier, on apprenait que l’organisme souhaitait obtenir des données sur les opérations financières des particuliers en s’adressant directement aux banques. Difficile d’affirmer avec certitude que la demande faisait suite au faible taux de réponse à l’Enquête sur les dépenses des ménages, mais le contraire serait franchement étonnant.

Devant le tollé qu’a provoqué sa demande, Statistique Canada a fini par laisser tomber celle-ci. Voilà qui illustre à merveille l’enjeu actuel des données.

Nos besoins en données deviennent aussi complexes que les questions que nous posons. Pourtant, notre attitude à l’égard des données change constamment, tout particulièrement dans un monde où l’utilisation des renseignements personnels est une source de préoccupations. Comment concilier nos besoins en données toujours plus précises et nos inquiétudes sur la protection de la vie privée, aujourd’hui plus vives que jamais?

Voilà une question ardue. Le budget fédéral de 2019 a prévu de nombreuses mesures de financement pour  aider  Statistique  Canada  et  d’autres  organismes à améliorer la collecte des données. Ces investissements s’imposent dans une foule de secteurs, de l’immobilier jusqu’à la santé en passant par l’énergie, et les CPA auront un rôle important à jouer dans ce contexte.

Le commun des mortels l’ignore, mais c’est grâce aux comptables que nous avons accès à certaines données utilisées couramment. Statistique Canada demande aux sociétés des données sur les dépenses et les informations financières, et les agrège pour calculer ce qu’on appelle couramment le PIB (produit intérieur brut). Qui fournit ces données? Ce sont généralement des professionnels de l’information financière, principalement des comptables. Il s’agit là de l’un des aspects méconnus de la profession comptable : elle est en grande partie responsable de la statistique la plus importante pour les économistes de tous les horizons.

Le phénomène ne touche pas que les données financières. En fait, toutes les données sur une entreprise passent par les comptables et serviront, dans un avenir rapproché, à répondre aux questions difficiles de politique mentionnées plus tôt. Ce qui est une bonne chose, puisque de nos jours, il faut des personnes dignes de confiance pour gérer et utiliser ces données – mission taillée sur mesure pour les membres de la profession comptable.

Selon un récent sondage Gallup mené aux États-Unis, les comptables continuent de se classer parmi les professionnels les plus intègres et les plus respectueux de l’éthique, tout juste après les infirmiers, les médecins, les pharmaciens, les enseignants et les policiers. La profession comptable a une belle occasion d’orienter l’avenir de la gestion des données. Notre avenir économique en dépend.