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Votre prochain conseiller en affaires, un robot

Les ordinateurs prennent-ils les commandes? Les êtres humains ne seront jamais loin.

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 La plateforme IA d’IBM, Project Debater; Sophia, l’apprentissage machine incarné; Une vraie   fausse vidéo.De gauche à droite : la plateforme d’intelligence artificielle d’IBM, Project Debater; Sophia, l’apprentissage machine incarné, et une vraie image tirée... d’une fausse vidéo. (Photos de Getty)

Voici deux adages contradictoires, mais criants de vérité : « La seule constante, c’est le changement » et « Plus ça change, plus c’est pareil ». Pile ou face, ces deux vérités nous interpellent. Premier constat : « Tout change. » Face à la révolution numérique qui amplifie l’incertitude, le projet Voir demain de CPA Canada a été l’occasion de réfléchir à l’avenir. Se dirige-t-on vers une société fragmentée, où chacun priorise son propre intérêt? Ou vers une société unie, qui valorise le capital humain et la poursuite d’un but commun? Les collectivités vont-elles se fermer aux changements et se replier sur elles-mêmes pour se protéger? Ou accueillir l’innovation pour en exploiter la puissance?

Les mouvements sociaux sont imprévisibles. Impossible d’imaginer quelle forme prendront les outils technologiques de demain. Déjà se profilent à l’horizon des percées qui donnent le vertige : pour les cancers de la peau, les systèmes d’intelligence artificielle (IA) peuvent établir des diagnostics aussi précis sinon meilleurs que ceux des médecins. Et le logiciel Project Debater d’IBM tient tête aux êtres humains : il structure des arguments rationnels à l’appui d’une position et peut « comprendre » et réfuter des contre-arguments. Des nouveautés qui soulignent à quel point la technologie enrichira la prise de décision.

Mais il se dessine également des menaces. L’émergence des fausses vidéos (contrefaçons de synthèse mal intentionnées, qui montrent une personne tenant des propos qu’elle n’a jamais tenus) nous amène au triste constat que le dicton « il faut le voir pour le croire » ne tient plus. Plus inquiétant encore : le potentiel de militarisation des systèmes IA autonomes. Ces territoires inexplorés risquent d’attirer de sinistres personnages, assoiffés de pouvoir ou mus par la corruption, d’où de sournois écueils.

« Euh... » Certaines machines reproduisent nos interjections pour paraître plus humaines.

Alors, où s’inséreront les CPA? Leur rôle de conseiller écouté demeurera-t-il intact? Dans la vie, on fait confiance à ceux qui détiennent le savoir, dont la crédibilité se renforce par des interactions positives. Or, les technologies émergentes en tiennent compte. Les ordinateurs, qui nous surpassent pour l’analyse de données, apprennent à interpréter les nuances du langage. Les robots brillent par leurs prouesses techniques, auxquelles s’ajoutent traits humains et un semblant d’émotion (comme Sophia, création humanoïde, citoyenne saoudienne, qui pérore sur la primauté de la famille). L’Assistant Google reproduit nos imperfections par souci de réalisme, y allant de « euh... » et de « hum! ». À ce rythme, on peut croire que les robots en tout genre seront bientôt perçus comme dignes de confiance quand ils se mêleront de planification fiscale ou de stratégie d’entreprise. Dans bien des secteurs, ils se hisseront probablement au rang des humains, pour l’évaluation des données et la formulation de recommandations.

Deuxième constat : « Rien ne change. » On aura toujours besoin de CPA pour faire en sorte que l’information financière soit fiable et pertinente, et orienter les décisions en fonction des intérêts supérieurs du client, de l’employeur et du public.

Nos clients et employeurs savent bien – espérons-le! – qu’il y a des êtres humains derrière les systèmes pour en fixer les paramètres et les critères de base, lesquels réclament des vérifications, des interprétations et des contrôles, pour tracer la hiérarchie des responsabilités. Bravo pour l’apprentissage machine, mais on s’inquiète des partis pris intégrés aux algorithmes, sources d’injustices possibles dans les décisions d’embauche ou l’approbation des prêts. Les machines seront appelées à faire des prédictions complexes pour orienter les stratégies, mais la plupart des intéressés voudront dialoguer avec un professionnel intègre, digne de confiance, pour qui la notion de responsabilité n’est pas creuse.

Sous peu, notre confiance envers robots sera telle que nous les laisserons nous conseiller.

Qui plus est, une fois qu’un ordinateur prend de l’autonomie et transforme ses propres algorithmes, nous sommes face à un mécanisme opaque : ses rouages invisibles suscitent incompréhension et inquiétude. Seuls des êtres humains peuvent être tenus pour responsables. Par conséquent, les organismes de réglementation et le public n’auront foi dans un système que s’ils ont la certitude qu’un professionnel de confiance intervient comme rempart, présent dans l’équation – et tenu de donner l’heure juste. Faire entière confiance à une machine? On s’insurge contre un pareil aveuglement.

CPA Canada déploie des efforts continus pour mettre en relief les forces de la profession (objectivité, intégrité, responsabilité, transparence) et instiller dans les esprits une solide proposition de valeur, pour l’avenir. Les échanges se poursuivent sur la marche à suivre afin d’aider les CPA à peaufiner les compétences techniques et habilitantes garantes de leur réussite. Prenons l’innovation à bras-le-corps, mettons fin au cloisonnement et bâtissons des équipes multidimensionnelles, afin de faire évoluer les technologies tout en instaurant des freins et contrepoids pour que l’intérêt public demeure au cœur des décisions.

L’avenir saura accueillir de nombreuses approches, sauf une : la complaisance. Dans l’univers du numérique, clients et employeurs auront encore et toujours besoin de professionnels compétents, dignes de confiance, qui les informeront et les guideront. Alors, à nous d’évoluer pour remplir nos engagements. Côté pile et côté face.