Danielle Martin

Médecin de famille et vice-présidente, Affaires médicales et Solutions destinées au système de santé au Women’s College Hospital de Toronto, Danielle Martin milite sans relâche pour un système à payeur unique. (Photo de Nathan Cyprys)

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La Dre Danielle Martin forge l’avenir de la santé au Canada.

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Médecin de famille et vice-présidente, Affaires médicales et Solutions destinées au système de santé au Women’s College Hospital de Toronto, Danielle Martin milite sans relâche pour un système à payeur unique. Elle a consacré un livre à cette option, qu’elle a présentée au Sénat américain en en mettant même au jour les lacunes. Son but : améliorer la performance et l’accessibilité de notre système.

Votre conférence au Sénat américain sur les avantages d’un système de santé à payeur unique vous a attiré les éloges de Bernie Sanders. Alors, comment est Bernie? Vous textez-vous?
DM: Non (rires)… mais je le respecte. Nous considérons tous deux que la valeur fondamentale entre toutes est l’équité, une valeur commune à tous les Canadiens. L’accès aux soins de santé doit reposer avant tout sur les besoins du patient, non sur sa capacité de payer.

Vous cherchez à réduire le nombre de services offerts dans votre hôpital. Pensons notamment à l’arthroplastie du genou en chirurgie d’un jour, avec retour à la maison six heures après l’intervention. Pouvez-vous nous en parler un peu?
DM: L’intervention demeure la même; ce qui diffère, ce sont les renseignements donnés au patient avant l’opération et le suivi à la maison. Notre technologie n’est pas ultramoderne : les soins virtuels sont fournis au moyen d’applications pour tablette, par courriel, ou même par téléphone. Nos techniques d’anesthésie novatrices permettent aux patients de rester éveillés sans souffrir durant l’opération et ensuite, de se lever et de bouger immédiatement l’articulation.

Qu’en pensent les patients?
DM: Ils adorent. L’un de nos opérés revient pour l’autre genou. Cette formule ne convient pas à tous (pensons aux gens qui vivent seuls ou dans un logement dangereux). Mais même si seulement 20 % des patients en arthroplastie pouvaient recourir à ce service, notre système de santé réaliserait des économies substantielles. Selon nos premières analyses, ces opérations pourraient coûter moitié moins cher. Nous espérons faire de même pour les arthroplasties de la hanche, les hystérectomies et certaines chirurgies oncologiques.

En quoi le nouveau statut de Toronto comme plaque tournante de l’intelligence artificielle change-t-il notre utilisation des soins de santé?
DM: Déjà utilisée en radiologie, l’intelligence artificielle (IA) peut lire les examens par IRM et tomodensitométrie, et distinguer les résultats anormaux. D’aucuns prétendent que l’IA remplacera entièrement les radiologistes d’ici cinq ans – mais à mon sens, c’est exagéré. L’IA ne peut offrir le même réconfort qu’une personne en chair et en os. Quoique, dans un centre de soins de Tokyo, c’est précisément ce que des robots s’efforcent de faire pour des personnes âgées, alors qui sait?

Quelle autre technologie ultrafuturiste vous enthousiasme?
DM: Je viens tout juste de visiter un hôpital virtuel à Saint-Louis. Sans lits ni patients. Les médecins y surveillent à l’écran des lits de soins intensifs, des salles d’hôpitaux ruraux et des patients en santé mentale. Certains aspects sont vraiment futuristes : des gens souffrant de maladies chroniques complexes – diabète, insuffisance cardiaque, maladies pulmonaires – se reposent chez eux tandis que le suivi de leurs signes vitaux est transmis à leurs professionnels de la santé. Il leur faut parfois des instruments spéciaux, mais en général, le tout se fait au moyen d’appareils qu’ils ont déjà. Certaines applications mobiles mesurent les données biométriques avec autant de précision que les moniteurs médicaux.

Évidemment, les soins virtuels doivent diminuer les coûts de beaucoup…
DM: Ils réduisent le nombre d’hospitalisations, de réadmissions et de visites à l’urgence. Nous devons aider les gens à gérer leurs maladies à la maison, dans leur milieu de vie habituel, au lieu de les forcer à se rendre à l’hôpital chaque fois qu’ils ont besoin de soins. Nous manquons de lits pour eux, et eux-mêmes ne veulent pas être hospitalisés.

Les soins à domicile sont-ils aussi efficaces que les soins hospitaliers?
DM: Prodigués correctement, ils le sont davantage. Nous devons simplement évaluer ces nouvelles méthodes avec autant de rigueur que nous le faisons pour les nouveaux médicaments.

Les entreprises en démarrage se multiplient, et bon nombre d’entre elles proposent des applications et des dispositifs portables liés à la santé, destinés à l’usage personnel des patients. Que pensez-vous de leur présence sur le marché des soins de santé?
DM: Certaines d’entre elles comblent de véritables lacunes du système de santé – par exemple, les services virtuels en santé mentale. Mais dès que ces nouveautés sont payantes, on en complique l’accès à ceux qui en ont le plus besoin.

Que faire pour remédier à ce problème?
DM: Le système public peut soit considérer ces entreprises comme la concurrence et s’en démarquer en offrant mieux, soit acheter les technologies et les mettre à la disposition de tous.

Le régime d’assurance médicaments universel fait partie des grands enjeux de la champagne électorale fédérale 2019. Je sais que vous en êtes une ardente défenseure : vous avez signé des études sur sa viabilité et en avez fait la promotion dans vos conférences. Quels sont vos principaux arguments?
DM: Le Canada est le seul pays développé où l’assurance maladie universelle ne couvre pas les médicaments d’ordonnance. Nous pouvons tous consulter un médecin sans frais, mais dès que celui-ci nous prescrit un traitement, nous sommes laissés à nous-mêmes. C’est aberrant. Dans un ménage canadien sur cinq, une personne ne prend pas ses médicaments à cause du coût. Une foule de gens se présentent à l’urgence pour des complications qui auraient pu être évitées s’ils avaient eu les moyens de payer leurs médicaments. Un système à payeur unique permettrait de réglementer ces coûts, d’acheter en gros et de négocier les prix auprès de l’industrie pharmaceutique. À court terme, nous économiserions de cinq à dix milliards de dollars par année.

Je ne peux conclure sans vous demander quelle est votre habitude la plus saine.
DM: Je bois au moins trois litres d’eau par jour.

Et votre péché mignon?
DM: Le chocolat noir. J’en mange en quantité industrielle.