Couverture de livre de 'Quand: Les secrets scientifiques du parfait timing' par Daniel H. Pink
Passe-temps | Magazine Pivot

À point nommé

Le secret de la réussite? Attendre le moment favorable. C’est la règle que prescrit Daniel H. Pink dans son dernier essai, preuves scientifiques à l’appui.

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Notre civilisation est obsédée par le temps qui passe. Nous avons pris l’habitude de consulter celulaire, montre ou horloge, parfois à tout bout de champ. Une fixation qui ne date pas d’hier, et qui a fait l’objet d’une foule d’ouvrages sur l’optimisation de l’emploi du temps. Or peu d’entre eux offrent des réponses aussi intuitives et pragmatiques que celles proposées par Daniel H. Pink, qui signe l’essai When: The Scientific Secrets of Perfect Timing. Qu’importe le « comment », il s’attarde plutôt au « quand ».

Auteur de succès comme Drive: The Surprising Truth About What Motivates Us (La vérité sur ce qui nous motive, en version française), l’auteur fait la lumière sur les comportements au travail. Donner sa démission, demander une augmentation... Quand l’heure est grave, on s’inquiète, et on arrête une date après mûre réflexion. Chance, hasard, choix délibéré? La science aurait-elle des réponses?

À l’ère des mégadonnées, les sociologues observent aujourd’hui, sur de vastes populations, les manifestations au quotidien des fluctuations physiologiques qu’étudient les chercheurs depuis longtemps. Ce qui a changé: Twitter sert désormais de baromètre. On y jauge l’état d’humeur des citoyens du monde. Près d’un milliard d’internautes publient quelque 6 000 gazouillis à la seconde. Deux sociologues américains en ont soumis environ 500 millions, envoyés sur deux ans, à un logiciel d’analyse de l’incidence affective des mots. Les résultats, confirmés par d’autres études qui exploitent des quantités phénoménales de nouvelles données, amènent M. Pink à énoncer son credo: dans la vie, l’essentiel, c’est de choisir le moment propice.

En général, on se lève frais et dispos, et on tient le rythme jusqu’en milieu de journée, pour glisser vers la torpeur en après-midi. Suit un regain d’énergie en début de soirée. Lève-tôt ou couche tard, la tendance se vérifie. Tirés du lit à 6 h du matin ou à midi, c’est pendant la première moitié de la journée que nous sommes en pleine possession de nos moyens. Puis nous piquons du nez, environ huit heures plus tard. Bref, écrit M. Pink, vifs et éveillés en matinée, nous n’échappons pas au coup de barre de l’après-midi. C’est donc le matin qu’il convient de prendre toute décision analytique, qui repose sur la logique, les chiffres, les faits concrets. Une chirurgie en vue? Prudence : si la probabilité de bévues en tout genre augmente au fil de la journée, celle d’une erreur médicale quadruple entre 9 h et 16 h.

Autant de facteurs qui nous influencent, à titre individuel et collectif. Prenons la conférence téléphonique trimestrielle entre le PDG d’une société cotée en Bourse et les analystes. M. Pink cite une étude sur quelque 26 000 entretiens d’environ une heure, sur une période de six ans. La conclusion? Plus l’entretien a lieu tard dans la journée, plus les interlocuteurs se font « négatifs, irascibles et combatifs », d’où un fléchissement du cours de l’action. Pour le chef d’entreprise, voici d’autres activités à accomplir de bon matin: expliquer son plan d’affaires, motiver ses employés et mobiliser des partenaires essentiels.

Parfois, aussi bien laisser les choses suivre leur cours. S’il reste difficile de surmonter le creux de l’après-midi, on peut en atténuer les effets. (Ils ne sont pas tous nuisibles. La capacité de concentration, qui culmine avant le repas, peut entraver la perception intuitive, qui s’épanouit plus tard en journée. Moralité, si vous suivez des cours d’art, choisissez ceux donnés en après midi.) Essayez de faire du repas une vraie parenthèse : sortez du bureau et oubliez vos dossiers. Allez faire un tour au parc ou au musée. Bavardez avec vos collègues; seul sujet tabou : le travail. Des études montrent que la productivité des travailleurs, tant individuelle que collective, remonte par la suite. D’ailleurs, à Toronto, CBRE, géant de l’immobilier, a banni les repas pris sur le coin d’un bureau.

Mais rien ne vaut une sieste. Entre autres bienfaits, elle accroît la capacité d’apprentissage et réduit d’au moins un tiers le risque de cardiopathie. Seul inconvénient, certains en émergent un peu sonnés. Paradoxalement, il serait conseillé de commencer par boire un café dans l’après-midi, puis d’aller s’étendre un quart d’heure, surtout au travail. Explication : comme il faut une demi-heure pour que la caféine entre dans la circulation sanguine, on a tout le temps de faire la sieste. Et de s’endormir pour mieux se réveiller, en somme.

M. Pink, lui, a certainement pris la plume dès l’aube, car il s’écarte rarement de son sujet et prodigue maints conseils judicieux, étayés par la science. Par exemple, d’après certaines études, nous aurions tous une âme de numérologue (d’où les vives préoccupations qu’a suscitées le bogue de l’an 2000). Et ce qui nous motive (ou non), ce sont les débuts, les milieux et les fins. M. Pink énumère non moins de 86 journées propices à un nouveau départ, qui nous interpellent, et servent de tremplin. Lesquelles? Le premier du mois, un anniversaire, une fête religieuse. Quant à savoir quel moment convient le mieux à qui veut se réorienter ou demander une augmentation, l’idéal serait de faire une pause, de boire un espresso, puis d’aller faire une sieste. Au lever, ragaillardi, vous serez prêt à prendre le taureau par les cornes.