Geoffrey Hinton. (Photos par Daniel Ehrenworth)

Innovation | Magazine Pivot

Le parrain de l'IA

Geoffrey Hinton est un des pionniers de l’intelligence artificielle, source de mutations technologiques.

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Longiligne, l’air perplexe, le chercheur anglais Geoffrey Hinton, 70 ans, n’est pas du genre à pavoiser. Et pourtant.

Pendant 30 ans, à l’Université de Toronto, il s’est consacré à l’intelligence artificielle (IA), sous l’œil moqueur de ses pairs. Issu d’une lignée de scientifiques britanniques (son arrière-arrière-grand-père, le mathématicien George Boole, a inventé l’algèbre binaire, dite « booléenne », assise de l’informatique), M. Hinton a toujours cru à l’apprentissage machine : l’ordinateur peut progresser comme l’humain, par intuition, et non raisonnement pur. Ce précurseur s’est intéressé aux réseaux neuronaux modélisés d’après le cerveau, où l’information, sous forme de flux intersynaptiques, crée des configurations intel- ligentes superposées. Les autres chercheurs en IA misaient plutôt sur la programmation à base logique.

Vers 2012, la réalité donnait raison au professeur : les systèmes étaient enfin devenus suffisamment puissants pour mettre en pratique ses théories. Des géants comme Facebook, Apple, OpenText et Uber adoptaient sa vision avant-gardiste et, dans la Silicon Valley, on s’arrachait ses anciens étudiants de l’Université de Toronto. Depuis, l’apprentissage automatique se généralise : aux logiciels de comptabilité (Sage, Xero) s’ajoutent les voitures autonomes, la transcription automatisée, une application de diagnostic des lésions cancéreuses. Votre téléphone vous incite à répondre « À bientôt! » à un message? Un système comptable propose d’affecter une écriture à un poste particulier? Les réseaux neuronaux, cheval de bataille de M. Hinton, sont à l’œuvre.

D’après les analystes, d’ici 2020, l’apprentissage machine aura automatisé la tenue de comptes routinière. Pour l’auditeur, les données, présentées sans délai, gagneront en exhaustivité et en exactitude. Un virage susceptible d’alléger la tâche et de dégager des plages de liberté?

Loin d’envisager la retraite, inlassable, M. Hinton poursuit ses travaux, comme fellow en génie chez Google et directeur scientifique à l’Institut Vecteur, nouveau centre de recherche sur l’IA ouvert à Toronto cet hiver. Un investissement de 180 M$. Fruit d’un partenariat public-privé, l’Institut vise à faire de la métropole la capitale mondiale de l’IA. Dès l’inauguration, M. Hinton annonçait une percée marquante : des « réseaux capsules », qui révolutionneront la reconnaissance d’images. Les sceptiques seront derechef confondus.