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Protection de la vie privée et éthique, des enjeux majeurs de la collecte de données

« Les gens réagiraient s’ils savaient tout ce qu’on peut obtenir sur eux, mais ils ferment les yeux », affirme un expert.

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« Les gens réagiraient s’ils savaient tout ce qu’on peut obtenir sur eux, mais ils ferment les yeux », dit Michael Albo, PDG et fondateur du Data Science Institute. (Shutterstock/Daisy Daisy)

Savez-vous quelles données sont recueillies par vos appareils, et dans quel but? Probablement pas. Pourtant, les points de collecte explosent : toutes les applis sur votre téléphone, évidemment (même parfois désinstallées), mais aussi de plus en plus d’appareils d’usage courant.

« Tout produit connecté génère des données susceptibles d’intéresser une tierce partie. Le produit devient presque secondaire. Il suffit de penser aux téléviseurs intelligents grand format HD, aujourd’hui très bon marché. Il faut dire qu’ils n’ont jamais recueilli autant de données », souligne Philippe Nieuwbourg, analyste indépendant spécialisé en technologies de l’information. [Voir l’article Sous-estimez vous l’impact des données sur les résultats de votre entreprise?]

Impossible de dénombrer tous les produits connectés tellement ils sont nombreux, mais voici deux exemples parlants. Whirlpool vend des laveuses connectées que vous pouvez mettre en route ou « suivre » grâce à votre téléphone intelligent. Sous peu, il sera même possible de le faire depuis une Apple Watch. La machine répond aussi à Alexa, l’assistant vocal d’Amazon. Elle fonctionne également avec les thermostats connectés de Nest, une entreprise de produits de surveillance pour la maison, et peut lancer toute seule un cycle de lavage quand les occupants de la maison n’y sont pas. 

Quant à Samsung, elle propose depuis trois ans déjà un réfrigérateur connecté, le Family Hub, dont le contenu est visible à distance grâce à des caméras (pour faciliter l’épicerie). On peut aussi synchroniser sur l’écran tactile intégré à la porte un compte Google et un agenda Outlook, y afficher des photos ou y écouter de la musique depuis Spotify. Grâce à un logiciel de reconnaissance visuelle, le réfrigérateur devrait pouvoir, dès avril prochain, reconnaître les aliments que vous y mettez, pour vous signaler ce qu’il contient et ce que vous devez acheter (les moins courageux pourront passer une commande à un restaurant par une appli intégrée… ou réserver un transport Uber s’ils préfèrent sortir).

« Les gens réagiraient s’ils savaient tout ce qu’on peut obtenir sur eux, mais ils ferment les yeux », dit Michael Albo, PDG et fondateur du Data Science Institute. Bientôt, la question ne sera plus de savoir si vous êtes pour ou contre les appareils intelligents, mais comment les éviter. Quiconque a magasiné récemment un téléviseur le sait : on ne trouve presque plus de modèles « idiots ».

Mais dans la course à la monétisation de nos données, « qui s’assurera que celles-ci sont traitées de façon transparente et éthique? », se demande M. Nieuwbourg.

De nombreux assureurs vérifient déjà si leurs clients mentent lors d’une réclamation en mesurant au téléphone leur niveau d’anxiété et de stress grâce à un algorithme. S’ils pouvaient avoir accès au contenu de leur réfrigérateur, proposeraient-ils de réduire la prime, comme plusieurs ont fait avec la télématique dans le domaine automobile? Ou, au contraire, en recoupant les données obtenues avec d’autres informations disponibles (lieu géographique, données biométriques, historique d’achat, etc.), un algorithme va-t-il pénaliser certaines personnes en leur faisant payer une surprime?

« Les algorithmes servent à maximiser la fonction pour laquelle ils ont été créés, notamment la collecte des données, mais attention, ils amplifient les biais, surtout quand ceux-ci ont été introduits dès le départ dans la formule », explique Michael Albo.

« Un algorithme ne réfléchit pas, renchérit Philippe Nieuwbourg. Il suit les instructions qu’on lui dit de suivre (lois, règlements, etc.), mais pas nécessairement les règles de la morale. Cela va du transporteur aérien qui sépare volontairement les membres d’une famille de voyageurs pour les obliger à prendre l’option payante de choix de sièges à Uber, qui a augmenté de façon spectaculaire ses tarifs à Londres en 2017, alors que les gens voulaient quitter la ville en grand nombre après des attentats. »