Homme d'affaires et un robot se serrant la main dans un bureau

Il faut dire que les systèmes d’intelligence artificielle (IA) cumulent les avantages en ce qui a trait au recrutement de candidats : le temps de le dire, ils épluchent des milliers de candidatures « papier » sans se fatiguer. En entrevue vidéo, ils sont capables d’analyser vos réponses à certaines questions, le ton de votre voix et les expressions de votre visage. (Photo de baona/Getty Images)

Innovation | Intelligence artificielle

La mainmise des robots sur le recrutement est-elle à craindre?

Des systèmes d’intelligence artificielle permettent aujourd’hui de recruter plus vite, avec de meilleurs résultats et pour moins cher. Où est le problème alors?

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Un robot décidera-t-il demain de la valeur de votre CV et de l’expérience qu’il reflète? Peut-être avez-vous déjà été victime de l’un d’eux, sans le savoir, vu leur popularité actuelle sur le marché du travail.

De grandes entreprises, comme Johnson & Johnson, Adidas ou Ford, y ont déjà recours, et l’automatisation de certaines tâches va bon train (lisez IA et automatisation : une nouvelle réalité implacable pour en savoir plus).

Il faut dire que les systèmes d’intelligence artificielle (IA) cumulent les avantages en ce qui a trait au recrutement de candidats : le temps de le dire, ils épluchent des milliers de candidatures « papier » sans se fatiguer. En entrevue vidéo, ils sont capables d’analyser vos réponses à certaines questions, le ton de votre voix et les expressions de votre visage. De plus, ils sont particulièrement économiques pour les grandes entreprises, ce qui explique qu’une société comme Unilever les ait adoptés (95 % du recrutement est aujourd’hui fait par IA). Car les résultats sont déjà là : l’entreprise a pu constater au bout d’un an une baisse de son taux de rotation (un indicateur phare en recrutement). Autrement dit, la machine (HireVue) ne s’était pas trompée.

Manon Poirier, CRHA, est directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec, qui compte 10 000 membres. Elle voit le mouvement de fond, mais met les choses en perspective.

« Le phénomène est encore marginal au Canada, comparé aux États-Unis ou à l’Europe. Et puis les gens ont des craintes, mais il faut voir les robots recruteurs comme un outil rigoureux, qui sélectionne des profils sans faire de discrimination, contrairement aux êtres humains. Ça n’a jamais non plus été une bonne idée de rencontrer une vingtaine de personnes en entrevue. Des systèmes plus raffinés permettront de trouver les quelques bons candidats en se basant sur des données pertinentes. »

Les recruteurs ne partent pas de rien. Ils utilisent déjà massivement les ATS (pour Applicant Tracking System) comme Taleo ou Jobvite pour gérer le recrutement dans un logiciel en y intégrant des notions-clés liées aux candidats (dynamisme, confiance, ambition, etc.). Mais les robots nouvelle génération vont plus loin, notamment dans la recherche des candidats (sourcing). « Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, on ne peut plus afficher et attendre. Il faut chercher constamment des candidats, et les robots sont très bons à cet égard », souligne Manon Poirier.

Le message est clair. Exactement comme on ne fait plus un seul CV qu’on envoie pour tous les postes convoités (mais plusieurs qui contiennent les mots-clés de l’entreprise où l’on postule), il faut mettre en avant ses compétences dites transversales, qui ne sont pas liées à la comptabilité ni à la finance, mais qui nous distinguent des autres. Habileté à la communication, à la négociation, etc. Voilà ce que les machines aiment se mettre sous la dent, car les robots excellent aussi à dresser des profils psychologiques, au moyen de discussions en ligne avec les candidats lors des entrevues ou en fouillant sur Internet.

« On a dépassé le stade des quelques photos embarrassantes sur Facebook. Les robots vont aller éplucher les commentaires, mais aussi le ton des communications et les opinions, et pas seulement sur les médias sociaux, mais partout sur le Web, rappelle Manon Poirier. Il ne faut pas seulement y penser quand on cherche un emploi, mais bien avant. Les plus jeunes, notamment, qui expriment parfois des avis très tranchés, sont loin de s’en rendre compte. »

Comme si, d’une certaine façon, le danger ne venait pas tant des robots recruteurs que de nous-mêmes.

Ne craignez point les robots recruteurs

Si vous doutez que les robots soient nos alliés, allez lire Intelligence artificielle : être futé, c’est se réinventer, et vous pourrez vous forger une meilleure opinion. Jim Carroll, comptable devenu futurologue, se fait lui aussi rassurant dans Comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer les robots. Enfin, vous pouvez également profiter du webinaire gratuit Les CPA face aux nouveaux enjeux technologiques pour être mieux armé face aux nouvelles tendances qui touchent les CPA.

CPA Canada publiera à l’automne un article sur l’intelligence artificielle ainsi qu’une analyse de ses effets sur l’exercice de la profession.