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Analyse de données en audit : À lire avant de faire le saut

L’analyse de données en audit vous intéresse? Neuf cabinets d’expertise comptable nous ont fait part de leurs conseils.

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Femme d'affaires étudiant un écran de projection rempli de données commercialesLe recours à l’analyse de données en audit permet aux auditeurs d’utiliser la puissance des technologies pour traiter un grand volume de données et ainsi accroître la pertinence et la qualité des audits d’états financiers. (Getty Images/Hero Images)

Les données, déjà partout, ne cessent de se multiplier. D’énormes quantités sont accessibles aux organisations de tous types et de toutes tailles pour améliorer leur prise de décisions opérationnelles. Or, on a beau avoir accès aux données, être capable d’en tirer des informations utiles est une autre paire de manches.

« Plus de données ne signifient pas automatiquement plus de valeur, fait remarquer Kaylynn Pippo, CPA, directrice de projets, Recherche, orientation et soutien, à CPA Canada. Il faut tirer parti des outils d’analyse de données pour que ça en vaille la peine. »

Heureusement, le recours à l’analyse de données en audit (ADA) permet aux auditeurs d’utiliser la puissance des technologies pour traiter un grand volume de données et ainsi accroître la pertinence et la qualité des audits d’états financiers. « L’ADA peut réellement contribuer à offrir plus de valeur aux clients, ajoute Mme Pippo. Et beaucoup s’attendent à obtenir ce service à valeur ajoutée. »

À l’heure actuelle, les Normes canadiennes d’audit n’interdisent ni ne recommandent l’utilisation de l’ADA; certains auditeurs pourraient donc préférer s’abstenir, par prudence. Malgré cela, le recours à l’ADA devrait croître. Même le Conseil canadien sur la reddition des comptes encourageait cette pratique dans une publication récente : « Nous appuyons l’innovation continue dans ce domaine afin d’améliorer la qualité de l’audit ».

Nicole Deschamps, CPA, directrice principale, Audit et certification, à Deloitte, et membre du Comité sur l’analyse de données en audit (CADA) de CPA Canada, est du même avis : « Il y a tant de raisons qui soutiennent la pertinence de l’ADA maintenant et pour l’avenir. Ce n’est pas une mode passagère : l’ADA est déjà une composante majeure de la façon dont les audits sont réalisés. » (Mme Deschamps, qui siège aussi au conseil consultatif de l’initiative Rutgers – AICPA Audit Data Analytics Research, a contribué à la réalisation du guide de l’AICPA sur l’analyse de données en audit ainsi qu’à la version de CPA Canada, le Guide sur l’analyse de données en audit, qui se fonde sur le guide de l’AICPA.)

L’accroissement du recours à l’ADA entraîne toutefois des défis pour les petits cabinets qui n’ont ni les ressources pour acquérir une plateforme d’ADA ni l’expertise pour développer leurs propres outils. Ces petits joueurs peuvent même avoir de la difficulté à déterminer quel logiciel utiliser ou comment intégrer l’ADA au processus d’audit.

Pour les aider, le CADA de CPA Canada a mené un projet visant à obtenir le point de vue d’auditeurs externes de neuf cabinets d’expertise comptable qui utilisent déjà l’ADA. Le résultat de cet exercice a été publié dans le document Regard sur l’utilisation de l’analyse de données par les auditeurs au Canada, écrit par Greg Schields, CPA, et revu par Mme Pippo.

Mmes Pippo et Deschamps résument les principaux conseils qu’on y trouve.

1. PRÊCHER PAR L’EXEMPLE

La direction doit être positive à l’égard de l’utilisation de l’ADA. Pour les grands cabinets, l’élan doit venir du bureau national, précise Mme Pippo, alors que dans les petits cabinets sans bureau centre, les associés doivent donner le ton. « Le cabinet doit avoir une stratégie favorable à l’utilisation de l’analyse de données », explique-t-elle.

2. AVOIR DES ATTENTES RÉALISTES

Vous être prêt à plonger? Mme Pippo souligne que vous devez cependant vous attendre à subir des contretemps. « L’application de techniques d’ADA ne se fait pas du jour au lendemain, renchérit Mme Deschamps. C’est un long parcours, autant pour vos clients que pour vous. Extraire les bonnes données dans le bon format demande du temps. »

3. COMMENCER À PETITE ÉCHELLE

Recourir à l’analyse de données à toutes les étapes des missions d’audit immédiatement n’est peut-être pas possible. « Vous pourriez commencer par des techniques simples, comme celles utilisées pour tester les écritures de journal, puis passer à des techniques plus complexes, notamment pour l’audit des produits, des comptes clients et des encaissements, et ainsi de suite », suggère Mme Pippo.

4. SE RÉFÉRER AUX EXPERTS

Toutes les personnes participant à l’audit, autant les membres de l’équipe de mission que l’associé responsable ou le client, doivent être à l’aise avec l’utilisation de l’ADA. Les petits cabinets qui n’ont pas d’experts en la matière devront veiller à se former. « CPA Canada offre beaucoup de publications utiles, dont le Guide sur l’analyse de données en audit », mentionne Mme Pippo.

5. COMMUNIQUER SES OBJECTIFS

Comme l’explique Mme Pippo, vous devez penser à toutes les étapes de l’ADA : « Par exemple, quels objectifs d’audit spécifiques souhaitez-vous atteindre? Quelles données le client doit-il vous fournir et dans quel format pour que vous puissiez atteindre ces objectifs? Est-ce possible d’obtenir ces données? Si oui, quels outils utiliserez-vous? Sont-ils appropriés à ces données? »

6. IMPLIQUER LE CLIENT

Dès le départ, discutez avec votre client des changements à venir, de vos besoins et des avantages de l’utilisation de l’ADA. Comme l’explique Mme Deschamps : « Le principal obstacle à l’application de l’ADA pour les équipes de mission réside dans la difficulté à obtenir les données dans un format utile. C’est pourquoi il faut rapidement aborder la question avec ses clients. Tester les données à l’avance permettra d’éviter des problèmes plus tard. »

7. COMMENCER TÔT

Prenez le temps d’élaborer un plan approprié, conseille Mme Deschamps. Si vous faites appel à des spécialistes, entendez-vous sur la nature et le moment de leur intervention. La première année, explique Mme Pippo, certains préfèrent utiliser les techniques d’ADA parallèlement à leurs procédures traditionnelles au cas où l’ADA ne fonctionnerait pas ou dans l’éventualité où l’équipe serait incapable d’obtenir les données nécessaires pour mener à terme les procédures mises en œuvre.

8. ANTICIPER LES CONTRETEMPS

Des obstacles pourraient vous obliger à modifier votre plan initial, souligne Mme Pippo. Fixez des échéances et des jalons réalistes, en sachant que des retards sont souvent inévitables. L’auditeur, la direction et le comité d’audit doivent pouvoir discuter de tout problème grâce à des canaux de communication ouverts.

9. COMMUNIQUER LES RÉSULTATS

Consignez vos analyses et communiquez efficacement les résultats à l’interne (par l’entremise du dossier d’audit) ainsi qu’à la direction et au comité d’audit. Les besoins varieront selon les techniques d’ADA utilisées. Des représentations visuelles (graphiques, diagrammes ou autres figures) peuvent être utiles pour illustrer ce que l’ADA révèle, explique Mme Pippo.

10. S’APPUYER SUR L’EXPÉRIENCE

Une fois l’audit terminé, vous pouvez faire le point avec l’équipe et le client afin de définir une stratégie pour l’année suivante. « Vous pourriez conclure que vous n’avez pas été efficace à 100 %, note Mme Deschamps. L’année suivante, le processus sera sans doute beaucoup plus facile grâce aux connaissances déjà acquises. L’important est donc d’élever la barre et de continuer à vous mettre au défi de recourir à l’ADA. »

ENCORE PLUS SUR L’ANALYSE DE DONNÉES EN AUDIT

Consultez sans plus attendre Regard sur l’utilisation de l’analyse de données par les auditeurs au Canada, publié par CPA Canada, ainsi que le Guide sur l’analyse de données en audit.