Une «blockchain» virtuelle et numérique qui explose sur un smartphone en attente

Les CPA joueront un rôle déterminant en s’assurant que les transactions reflètent ce qui s’est réellement passé et que les différents processus en place fonctionnent comme prévu. (Photo de Production Perig/Shutterstock)

Comptabilité | La profession

La chaîne de blocs, une menace pour les CPA? Vraiment pas.

Trois raisons pour lesquelles la technologie n’évincera pas les CPA.

A Facebook IconFacebook A Twitter IconTwitter A Linkedin IconLinkedin An Email IconCourriel

La chaîne de blocs a le vent dans les voiles. Selon une étude publiée par le Forum économique mondial, 10 % du PIB mondial pourrait être thésaurisé au moyen de cette technologie d’ici 2027. Et pourtant, elle n’est pas près de nuire aux CPA, et ce, pour plusieurs raisons.

1. Le virage se fait au ralenti

Louis Roy, CPA, CA, associé en certification et leader en technologie blockchain, travaille depuis plus de 20 ans chez Raymond Chabot Grant Thornton. Il y a trois ans, il a convaincu le cabinet de lancer une filiale, Catallaxy, offrant des services de transformation numérique aux entreprises. « Le changement se fait, mais très lentement, admet-il. La raison est simple : pour implanter une chaîne de blocs, c’est tout l’écosystème d’une entreprise qui doit changer... ses façons de faire comme celles de ses partenaires, ce qui est compliqué. »

Actuellement, les entreprises qui s’intéressent le plus à la chaîne de blocs sont celles qui ont beaucoup à y gagner. Les banques, par exemple, qui ont encore des équipes entières chargées du rapprochement des comptes.

Éric Nguyen, directeur principal et expert en intelligence artificielle et analytique avancée chez Raymond Chabot, abonde dans le même sens : « La chaîne de blocs reste pertinente, mais elle doit encore prouver la valeur ajoutée qu’elle peut apporter à de nombreux entrepreneurs. On sait à quel point un changement à l’interne peut déjà être difficile, alors imaginez en imposer un de cet ordre à des clients ou à des fournisseurs. » En d’autres termes : les PME qui n’ont pas besoin de décentraliser leur système n’ont pas d’intérêt à changer rapidement.

Les débouchés sont pourtant prometteurs : augmenter la traçabilité dans l’industrie de la fabrication, mieux gérer les ressources naturelles, améliorer la sécurité et le déplacement des personnes aux frontières, etc. Rien que dans le secteur des soins de santé, le chiffre d’affaires des entreprises ayant recours à la chaîne de blocs devrait passer de 53,9 M$ US en 2018 à plus de 829 M$ US en 2023.

2. Les humains ne font jamais entièrement confiance aux machines

Le grand public ne comprend pas encore bien ce qu’est la chaîne de blocs, et de surcroît l’a assimilé l’hiver dernier au bitcoin, quand la spéculation sur celui-ci était à son plus fort.

Qui plus est, malgré les avertissements d’institutions comme l’Autorité des marchés financiers, les cas de fraude se sont multipliés lors de la première émission d’une cryptomonnaie (initial coin offering ou ICO). Un comble pour une technologie dont on vantait justement le caractère sécuritaire, mais un mal pour un bien selon Éric Nguyen : « Ça va forcer le secteur à être plus transparent et à se doter de règles plus strictes. »

C’est là que les CPA joueront un rôle, en s’assurant que les transactions reflètent ce qui s’est réellement passé et que les différents processus en place fonctionnent comme prévu, notamment dans le cadre des contrats intelligents, lesquels sont aussi d’après Louis Roy une excellente occasion pour les CPA de se positionner.

3. Les CPA s’adaptent toujours

La formation va suivre. D’ailleurs, signe des temps, le CFA Institute vient d’ajouter aux niveaux 1 et 2 de son programme des cours sur la chaîne de blocs et les cryptomonnaies.

Une nouvelle qui réjouit Éric Nguyen, lui-même détenteur du titre de CFA, qui constate une augmentation des équipes d’audit spécialisées en technologie et en cybersécurité. « Le problème de la chaîne de blocs, ce n’est pas la technologie sous-jacente, mais la sécurité connexe. » La chaîne de blocs va également créer des besoins supplémentaires en certification et en vérification de l’intégrité (renseignez-vous au sujet de son incidence potentielle sur la profession d’auditeur et de certificateur).

Les plus petits cabinets pourraient avoir plus de difficulté à s’adapter, mais, là encore, quels sont leurs besoins? Bien outillés, les professionnels des finances sauront poser les bonnes questions : « Notre organisation a-t-elle entendu parler de la technologie de la chaîne de blocs? Notre organisation a-t-elle besoin d’élaborer une stratégie à l’égard de la technologie de la chaîne de blocs? Serait-il approprié de devenir membre d’un consortium du secteur qui s’intéresse à cet enjeu, s’il y a lieu? Est-il justifié, sur le plan de la rentabilité, de faire l’essai de la technologie de la chaîne de blocs? Avons-nous cerné les applications possibles de la chaîne de blocs dans notre secteur et au sein de notre organisation? »

Des questions pour lesquelles il n’est jamais trop tôt, et encore moins trop tard.