Employés assis avec un robot IA
Comptabilité | La profession

L’avenir se prépare aujourd’hui

Joy Thomas, présidente et chef de la direction de CPA Canada, évoque le virage à prendre, à l’heure où les perturbations se généralisent.

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Pour les CPA du Canada, les cinq dernières années ont été remarquables : expansion, essor, rayonnement ont été au rendez-vous. L’unification, qui nous a rassemblés, tous tendus vers un même objectif, nous a valu de bâtir une marque respectée, ici comme ailleurs. Une réussite indéniable. Serait-ce le moment de nous reposer sur nos lauriers? Certainement pas.

Sur le plan des technologies en particulier, c’est un véritable raz-de-marée qui déferle sur les CPA. De fait, aujourd’hui, les perturbations créées par l’informatisation prennent figure de thème récurrent dans toutes les industries. Et le milieu de la comptabilité n’y échappe pas. Les mégadonnées et l’analytique transforment déjà les audits, les budgets et les prévisions; l’infonuagique modifie quant à elle le contrôle, le partage et le stockage des données. En clair, nous assistons à une redéfinition des fonctions mêmes du comptable, fonctions qui n’ont d’ailleurs pas fini d’évoluer.

Je siège au conseil de l’IFAC (International Federation of Accountants), qui a publié un rapport intitulé Developing a Future-Ready Profession, dont les auteurs proposent de bâtir une profession résolument tournée vers l’avenir. Tout en soulignant le risque inhérent aux technologies émergentes, comme la robotique et l’automatisation ou les technologies cognitives et l’intelligence artificielle, ils reconnaissent que des débouchés prometteurs s’ouvrent, pourvu que les comptables sachent prendre un virage stratégique.

Certes, certaines activités comptables caractérisées par des tâches répétitives seront mises en péril par les progrès de l’informatique. Cela dit, les transformations pourraient en revanche élargir l’éventail des fonctions dont nous nous acquittons. Comme l’explique clairement le rapport de l’IFAC, les technologies cognitives et l’intelligence artificielle sont également susceptibles d’encore enrichir l’apport des professionnels de la finance, ce qui rehaussera leur valeur dans les contextes où ils évoluent. Le même principe s’applique au développement de la robotique : des machines prendront en charge une multitude de tâches routinières, si bien que les clients bénéficieront d’un service offert 24 h sur 24, et que le risque d’erreur humaine diminuera.

Soulignons que de nombreuses organisations ont encore quelques années devant elles avant de voir l’intelligence artificielle et la robotique perturber leurs activités. Mais la technologie de la chaîne de blocs, l’une des innovations les plus révolutionnaires des dernières années, fait déjà partie du quotidien d’une foule d’entités. Garante de nouvelles modalités de conclusion des opérations d’ordre financier ou juridique, entre autres, la chaîne de blocs a déjà été adoptée par quantité de sociétés du palmarès Fortune 500. Cette technologie menace d’éliminer certains intermédiaires dans les services financiers, mais, comme le souligne le rapport de l’IFAC, elle procure une visibilité totale des opérations, par l’établissement d’une piste d’audit. Grâce à elle, le champ des possibles s’amplifie considérablement pour les finances et la comptabilité, et, plus largement, pour le système financier. La transparence, jusque dans les moindres recoins de la sphère des finances, voilà une chose à laquelle les CPA devraient pleinement souscrire.

Bien entendu, accueillir de plein gré les bouleversements est plus facile à dire qu’à faire. Soyons honnêtes : les CPA sont souvent d’un tempérament prudent. Pourtant, une refonte transformationnelle restera incontournable pour qui veut exploiter au maximum le potentiel de ces nouveautés. Aux chefs d’entreprise d’intégrer ce changement de paradigme à leurs plans stratégiques et opérationnels. Les CPA, pour leur part, sont appelés à devenir des « évangélistes du numérique » dans leur milieu. Que ce soit en audit, en contrôle, en automatisation des processus, et dans bien d’autres domaines, nous avons une belle occasion de mettre à profit la technologie pour en arriver à une meilleure prise de décisions, à moindre coût.

CPA Canada, qui regroupe plus de 210 000 membres, s’est hissée au rang des principales organisations comptables du monde. Oui, les technologies continueront de perturber les modèles et de chambouler les méthodes de travail. Les CPA sont néanmoins dotés de compétences qui leur donnent les moyens de composer avec le changement. Il est d’ailleurs essentiel qu’ils conservent leur longueur d’avance. Pour CPA Canada, il s’agit donc de veiller à ce que les programmes de formation et de perfectionnement restent pertinents, tant sur le plan du contenu que sur celui des méthodes d’enseignement. Nous souhaitons que les détenteurs du titre canadien de CPA conjuguent résilience, adaptabilité et innovation, afin d’élaborer des stratégies qui non seulement favorisent la réussite, mais contribuent à construire l’avenir.

En conclusion, écoutons Benjamin Franklin : « Qui échoue à se préparer se prépare à échouer. » Sage conseil. Alors, ouvrons-nous au changement et apprenons à naviguer sur la vague technologique au lieu d’y résister. J’en suis convaincue, c’est la clé du succès pour se préparer à marquer des points et à rester en tête, aujourd’hui comme demain.