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Ébruiter un secret concernant le patron? Pensez-y à deux fois!

Le potinage au bureau peut nuire à la productivité et éroder la culture de l’entreprise, affirment des experts.

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Jeune femme qui chuchote quelque chose à son collègue lors d'une réunionUn récent sondage Office Pulse montre que les Canadiens qui décrivent leur environnement de travail comme un « repaire de cliques » ont consacré en moyenne 46,8 minutes par semaine aux bruits de couloir. (Shutterstock/Pressmaster)

Peut-être prenez-vous plaisir à relayer des histoires au sujet de collègues, près de la machine à café. Or, les ragots de bureau font diminuer la productivité et le moral du personnel, particulièrement dans un milieu de travail truffé de cliques, nous rappellent des experts.

En effet, un récent sondage Office Pulse montre que les Canadiens qui décrivent leur environnement de travail comme un « repaire de cliques » (ce serait plutôt le cas pour 55 % d’entre eux et tout à fait le cas pour 16 %) ont consacré en moyenne 46,8 minutes par semaine aux bruits de couloir, ou 4,87 jours ouvrables par année; c’est trois fois plus que dans les bureaux épargnés du phénomène des cliques. Et selon le même sondage, les Canadiens seraient plus friands de potins que les Américains.

« Nous constatons qu’au Canada, il y a plus de conversations entre collègues. Ainsi, sans surprise, le commérage finit par être un peu plus prévalent ici qu’aux États-Unis », affirme Carly Littman, directrice de la recherche à Captivate, une société du secteur des médias numériques appelée à faire connaître les résultats de cette étude. « Là où il y a des cliques, les probabilités sont plus fortes que le temps passé au potinage soit plus élevé. »

Les racontars de bureau compromettent par ailleurs le moral des employés. Parmi les 150 cols blancs sondés, 21 % disent avoir quitté une entreprise parce que les cancans qui y sévissaient minaient l’atmosphère; en outre, 59 % se débarrasseraient de cette réalité si c’était possible.

« Le potinage a assurément une incidence négative s’il est nourri d’intentions malveillantes », ajoute Alexia Chicles, directrice adjointe de la recherche à Captivate.

LES SOURCES DU COMMÉRAGE

Bien naturel de vouloir bavarder avec des gens que vous côtoyez au quotidien, concède Mme Littman, ajoutant que c’est parfois l’occasion de s’épancher un peu auprès de personnes qui comprendront bien vos doléances.

« Les soucis quotidiens au bureau sont nombreux. Or, la proximité des collègues fait en sorte que vous voyez votre milieu de travail comme un endroit sûr pour exprimer certaines de vos frustrations », soutient Mme Littman.

Mais il y a une démarcation claire entre conversation normale et potins. Ces derniers peuvent entraîner des effets néfastes, par exemple en compromettant la réputation et la crédibilité de la personne visée, en créant des clivages entre les employés, ou encore en empoisonnant le climat de travail, surtout quand ce sont des mensonges qui sont répandus, explique Rhonda Scharf, formatrice, auteure, conférencière et consultante à On the Right Track, à Ottawa. Selon l’étude précitée, les thèmes qui font le plus jaser sont les idylles, les aventures sentimentales avec le patron ou la patronne, la consommation abusive de drogue ou l’abus d’alcool. On le comprend : les choses peuvent parfois déraper.

« On parle de ragots quand l’intention ou la motivation sous-jacente est malveillante, précise Mme Scharf. Les ragots de bureau sont nuisibles, surtout s’ils vous empêchent de faire votre travail ou s’ils accaparent vos pensées. En fonction de ce qui se dit, les relations seront plus ou moins mises à mal. »

OUI, MAIS TOUT LE MONDE LE FAIT...

Il semble bien que le bavardage soit le fait de tous, rappelle Mme Scharf. Et les commérages entre collègues, bien souvent, portent sur la hiérarchie (patron immédiat ou échelons supérieurs, RH). La consultante nous met en garde contre les scénarios typiques dont il faut se méfier.

Dans les contextes professionnels, où se joue parfois une concurrence pour les promotions, les hausses de salaire et les primes, la jalousie peut s’installer et mener à une atmosphère de division, ce qui ne manque pas d’alimenter les potins.

« Certes, c’est un comportement universel que de céder aux commérages, et c’est aussi très humain de vouloir défendre vigoureusement ses intérêts. On souhaite pour la plupart se retrouver dans le haut du palmarès et consolider notre position. »

Il y a par ailleurs les « suiveux », précise Mme Scharf. « Ils n’aiment pas nécessairement les “coups de poignard dans le dos”, mais se sentent obligés de se fondre dans le moule pour être acceptés, comme au secondaire », ajoute-t-elle.

Les cadres peuvent également être à l’origine des racontars, ou les encourager. Selon le sondage, 65 % des répondants s’étant définis comme cadres supérieurs ont admis prendre part aux potins de bureau. Mentionnons au passage une autre statistique : les hommes s’y adonnent davantage que les femmes (48 minutes par semaine, comparativement à 33 minutes).

« Les gestionnaires sont tout aussi humains, et donc coupables de cancaneries, que n’importe qui d’autre, précise Mme Scharf. Ils veulent savoir si ce qui se dit dans leur dos nuira à leur rôle ou à leur réputation, tout en étant curieux eux aussi de connaître les histoires croustillantes. »

ÉTOUFFEZ LE PROBLÈME DANS L’ŒUF

Le défi, c’est de savoir intervenir et faire cesser les propos malvenus, particulièrement lorsqu’ils sont toxiques. Certains sont d’avis que les Ressources humaines doivent s’attaquer aux dérives, surtout quand c’est la culture d’entreprise ou le moral des troupes qui écope.

Mme Littman : « C’est assurément quelque chose dont les RH doivent s’occuper, quand les ragots mènent à un sentiment de malaise chez les employés, ou que l’efficacité au travail est atteinte. »

Même si les RH veulent intervenir, ajoute Mme Scharf, la conversation avec les intéressés peut se révéler complexe. On pense ici aux politiques en place, aux perspectives de la direction ainsi qu’aux relations entre collègues; les choses sont plus claires quand on est devant un cas manifeste de harcèlement. Cela dit, quiconque abordera la question avec la personne qui est allée trop loin devra y mettre les formes, recommande Mme Scharf. Il faut éviter un ton accusateur et faire comprendre poliment l’impact des ragots et les raisons pour lesquelles ceux-ci doivent cesser.

« Parlez franchement... l’idée n’est pas d’obtenir des aveux mais plutôt de mettre fin aux potins pernicieux. »

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