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Une famille peut-elle s’en sortir avec un seul salaire?

Voici 5 choses à prendre en compte pour garder la maîtrise de votre budget.

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couple et leurs enfants dans la cuisine, tout en regardant les finances sur un ordinateur portableAvant de se lancer, « il faut dresser la liste de toutes nos dépenses sur deux mois au minimum, suggère Kathy Lempert, CPA. Ce bilan fait, il faut tout remettre en question et ne pas hésiter à revoir ses habitudes. » (Getty Images/kate_sept2004)

Une famille peut-elle vivre convenablement avec un seul salaire? La décision n’est pas facile à mettre en œuvre, mais pas impossible non plus, surtout si elle est temporaire, comme lors d’un congé sabbatique ou d’un congé parental.

Isabelle Thibeault, conseillère en finances personnelles à l’ACEF du Sud-Ouest de Montréal, suggère de considérer cinq aspects avant de se lancer dans cette aventure.

1) SE CONNAÎTRE

« Il faut, avant toute chose, se livrer à un exercice de connaissance de soi et déterminer ce qui compte vraiment pour nous. Notre société, axée sur la consommation, valorise divers standards : devenir propriétaire, posséder une auto neuve, voyager aux quatre coins du monde... Certains se sentent exclus s’ils ne les adoptent pas. »

Il n’y a pourtant pas de bonnes ni de mauvaises dépenses, mentionne la conseillère. Il faut juste savoir quel mode de vie nous convient – et le prix qui lui correspond.

« Notre rapport à l’argent est encore très lié à nos émotions. Assumer que nos choix – et ceux qu’on ne fait pas vraiment aussi – ne sont pas forcément les meilleurs pour nous est difficile à admettre pour certains. Je le vois bien : je reçois en consultation des personnes qui, entre leur logement et leur transport, dépensent plus de 4 000 $ par mois. Pourtant, avoir des dettes, explique Mme Thibeault, c’est sacrifier sa liberté de choix. »

2) REMETTRE DES DÉPENSES EN QUESTION

Cette introspection faite, « il faut dresser la liste de toutes nos dépenses, sur deux mois au minimum, mais en tenant aussi compte des saisons pour ne pas oublier, par exemple, les frais de déneigement », explique Kathy Lempert, une CPA qui a fondé un cabinet de services-conseils en stratégie et gestion d’entreprises et qui anime bénévolement des ateliers de littératie financière pour CPA Canada.

« Ce bilan fait, il faut tout remettre en question et ne pas hésiter à revoir ses habitudes. Par exemple, il est fort probable qu’on ne fasse pas les meilleures affaires si on fréquente toujours le même supermarché. Même chose pour tous les abonnements et autres fournisseurs : téléphone, câble, Internet, gym, assurances en tous genres, services bancaires, etc. »

L’idée n’est pas tant de faire jouer la concurrence que de se demander si chaque dépense est justifiée. Comme l’explique Pierre-Yves McSween dans son livre En as-tu vraiment besoin?, il est bien plus facile de réduire ses dépenses que d’augmenter ses revenus.

3) SE SERRER LA CEINTURE

À cet égard, certaines dépenses font toute la différence. « A-t-on vraiment besoin d’une auto, voire de deux, dans certaines familles? Une voiture en autopartage pourrait-elle suffire? Ou... un vélo? », demande Mme Lempert. Les Canadiens, rappelons-le, consacrent environ 20 % de leur revenu net à l’achat d’un véhicule.

Il faut aussi garder à l’esprit la différence entre dépenses variables et dépenses fixes, explique Mme Thibeault. « Devoir se déplacer ne signifie pas qu’on doive posséder une voiture. On pourrait plutôt prévoir un budget de transport (location d’auto et courses en taxi) qu’on réaffectera en cas de problème, ce qui est impossible à faire avec une auto dont les paiements s’étalent sur sept ou huit ans. »

Une autre réduction fait aussi beaucoup jaser : le logement. En effet, l’accès à la propriété reste pour bien des Canadiens un but dans la vie, mais aussi une de leurs principales erreurs financières, selon Mme Lempert. « Entre l’impôt foncier, les intérêts sur l’emprunt hypothécaire, les travaux de rénovation, etc., un bien immobilier coûte bien plus cher que ne le pensent certaines personnes. Les gens doivent être réalistes et se demander sans faux-fuyant à quel point devenir propriétaire va influer sur leurs finances. »

Une question d’autant plus pertinente que dans de nombreuses villes du pays, l’accession à la propriété demeure un vrai casse-tête, voire un pari (la valeur d’une habitation pouvant diminuer, contrairement à la croyance populaire).

Mme Thibeault le confirme : « Demeurer locataire est encore perçu par certains comme un manque d’ambition. Il est pourtant possible, pourvu d’être rigoureux, d’investir la différence et de dégager une plus-value, surtout qu’avec une maison, il faut prévoir un fonds d’urgence plus important. »

4) SE LANCER

Vient alors le temps de tester son modèle et de mettre de l’argent de côté. « Pendant une année, un couple pourrait se contenter de vivre avec un seul salaire et d’épargner l’équivalent du deuxième, suggère Mme Thibeault. En plus d’aider à constituer un fonds d’urgence, cela permettra de voir si les objectifs sont réalistes et atteignables; il va de soi qu’une période d’adaptation est inévitable. »

Bien sûr, en raison du travail des deux parents, vous pourriez encore avoir cette année-là des dépenses que vous n’aurez plus ensuite, comme le transport ou la garderie des petits, mais il suffira de les noter dans votre budget pour savoir combien elles représentent annuellement.

Muni d’outils budgétaires, voyez comment vous vous en sortez. « Inutile de se faire croire qu’on se passera totalement de restaurants ou de voyages si ces activités comptent vraiment pour nous. Il faut faire des choix qui nous conviennent sans nous frustrer, et les chiffrer. Encore une fois, il n’est pas question que d’argent, mais aussi de valeurs. Où sont les écarts par rapport à notre budget? Que disent-ils sur nous? », insiste Mme Thibeault.

5) SE PROJETER DANS L’AVENIR

Autant de questions qui s’appliqueront à une autre période clé de la vie : la retraite.

« Il faut l’envisager dès le départ, rappelle Isabelle Thibeault, et faire le maximum de ce qui est possible dès l’année test, en se demandant là encore : à quel type de retraite aspirons-nous? Comment y arriverons-nous? Planifier 25 ans de retraite quand on gagne 50 000 $ par année est déjà un énorme défi, alors imaginez pour deux personnes vivant avec un seul salaire. »

Qui plus est, « si un seul membre du couple travaille, quelles prestations percevra l’autre? Et à qui reviendront les biens en cas de séparation, s’ils ont tous été payés par celui qui travaille? Quand les couples sont mariés, il y a un cadre légal, mais si ce n’est pas le cas, une entente notariée s’impose ».

UTILISEZ VOTRE ARGENT EFFICACEMENT

Faites un bilan de la santé financière de votre ménage et faites en sorte que tous les membres de la famille participent à la bonne gestion du budget. Si vous ne savez pas par où commencer, essayez une application qui facilite le suivi des finances personnelles. Lisez aussi nos idées pour passer de belles vacances à petit prix ou, si vous projetez d’avoir un enfant, prenez connaissance des dépenses inhérentes à l’arrivée d’un bébé.