A destroyed pick up truck sits in the drive way of a burned out house in Fort McMurray, Alberta, Canada, on Saturday, May 7, 2016

Montréal, Toronto, Vancouver et Calgary ont chacune nommé un directeur ou une directrice de la résilience. Son travail? Comprendre les enjeux climatiques, sociaux, technologiques, économiques et géopolitiques de demain. (Photo de Bloomberg/Getty Images)

Canada | Durabilité

Scénarios catastrophes : Plusieurs grandes villes canadiennes s’apprêtent à affronter le pire

Inondations, canicules, attaques terroristes, émeutes... Une ville peut-elle vraiment se préparer à de tels événements? Oui, grâce à un directeur de la résilience.

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S’il n’est pas toujours évident pour les entreprises de se préparer au pire (voir Plan de continuité des activités : essentiel quand le malheur frappe), que dire des grandes villes, qui doivent faire preuve de résilience à plus grande échelle encore? La clé : envisager différents scénarios catastrophes (d’une cyberattaque majeure à un tremblement de terre) pour développer une meilleure capacité d’adaptation.

Voilà pourquoi Montréal, Toronto, Vancouver et Calgary – en tant que villes sélectionnées pour participer au programme 100 villes résilientes (100VR) – ont chacune nommé un directeur ou une directrice de la résilience (Chief Resilience Officer, ou CRO). Son travail? Soutenir le projet 100VR dont le but est de comprendre les enjeux climatiques, sociaux, technologiques, économiques et géopolitiques de demain et de s’y préparer.

Ces CRO sont chargés de piloter le processus multivolet de renforcement de la résilience, notamment la détermination des défis, la mobilisation des parties prenantes (p. ex. des fonctionnaires, des OSBL, etc.) pour soutenir les initiatives et, aussi, les diverses analyses dans une optique de résilience pour faire en sorte que les ressources soient mises à contribution de manière globale. Ensemble, ils ont formé le comité Team Canada, un groupe de travail qui se penche « sur les défis communs [...] en matière de santé publique, d’immigration et de résilience sociale ainsi que sur l’adaptation aux changements climatiques ». Une belle occasion aussi de tirer des leçons des expériences vécues par les uns et les autres.

« Lorsque nous avons accueilli Montréal dans le Réseau 100VR, nous percevions une ville prête à faire face à ses vulnérabilités, aux stress chroniques et aux chocs aigus », déclare Michael Berkowitz, président de 100 Resilient Cities, cité dans le rapport final publié en juin dernier par Montréal. « Depuis lors, nous avons observé une ville prête à servir de modèle de résilience pour d’autres villes du Canada et du monde entier. »

Pour chaque ville, des défis ont été recensés. Toronto, présentée comme une ville en pleine croissance, en compte 13, dont le manque de logements abordables, les inégalités économiques et la congestion routière. Vancouver en a 8, dont les tremblements de terre et le manque de cohésion sociale. Calgary, 9, dont des infrastructures vétustes et des risques de sécheresse.

Pourquoi Montréal a-t-elle été désignée comme modèle? Parce qu’on y a relevé 33 défis. C’est-à-dire les mêmes que ceux des trois autres villes canadiennes, auxquels s’ajoutent les émeutes, le chômage et la gestion de flux migratoires. Le rapport remis par Louise Bradette, directrice de la résilience de Montréal, établit le portrait des menaces qui pèsent sur la ville. On y propose une première série de mesures, dont les suivantes : revoir la réglementation sur le transport des matières dangereuses, améliorer la circulation des véhicules d’urgence, mieux soutenir les entreprises après un sinistre et mieux anticiper les phénomènes météo extrêmes, qui augmentent en intensité et en nombre (Voir Ville de Montréal : Adaptation aux changements climatiques, étude de cas 6, pour en savoir plus).

Un des intérêts du projet 100 Resilient cities réside dans le réseautage qui lui est inhérent. Plusieurs CRO ont été surpris de se découvrir des enjeux communs avec des villes auxquelles ils n’auraient pas pensé naturellement. Prenons le cas d’Elliott Cappell, directeur de la résilience à Toronto. Faisant référence aux multiples mégatempêtes qu’a subies Houston ces 20 dernières années, il se demandait lors d’une entrevue publiée dans le National Observer si le code du bâtiment, qui a pu être adéquat – et très rentable pour les entrepreneurs – pendant des décennies, l’était toujours au 21e siècle. Une question épineuse quand on regarde la ligne d’horizon de Toronto.

Brad Stevens, directeur municipal adjoint et directeur de la résilience à Calgary – ville qui a connu en 2014 des inondations et un « snowtember » (dévastateur épisode de neige en septembre) –, abonde dans le même sens : « Les villes canadiennes de Team Canada travaillent avec d’autres villes du pays, ce qui est très utile. Parce que nous faisons face à certains défis similaires, certes, mais aussi parce que nous travaillons avec les mêmes cadres politiques, ce qui permet de mettre en évidence des problèmes qu’on peut retrouver ailleurs au Canada. »

Et M. Stevens d’ajouter : « Notre comité Team Canada se réunit chaque mois pour discuter de nos progrès, de nos défis et des possibilités qui s’offrent à nous, collectivement ou individuellement. Nous pouvons téléphoner à nos collègues de l’équipe au besoin. Cette capacité de travailler en équipe a créé une camaraderie qui renforce nos relations au-delà des stratégies de résilience. Ce qui, en soi, nous rend déjà plus résilients. »

POUR EN SAVOIR PLUS

Consultez sur notre site Information relative aux changements climatiques et prise de décisions : Ressources pour davantage d'informations relatives aux changements climatiques.

Bell et bien prêt

L’impact des phénomènes météorologiques extrêmes et des cybermenaces se fait de plus en plus sentir – et il n’épargnera pas les entreprises. Comptant des dizaines de milliers d’employés et des bâtiments répartis sur un vaste territoire, certaines font face aux mêmes défis que les villes. Marc Duchesne, vice-président, Sûreté et responsabilité de l’entreprise chez Bell Canada, explique comment le géant des médias envisage le pire et détaille le plan d’action de la société.

1. Anticiper les crises majeures  
« Nous avons des plans très détaillés pour différents scénarios catastrophes : problèmes de cybersécurité, menace terroriste, pandémie, arrêt de travail pour grève... Dans chaque cas, nous nous adaptons au type d’incident, à sa gravité et aux différents intervenants concernés (de la haute direction à nos fournisseurs externes). Nous avons aussi établi comment fonctionner avec des effectifs réduits de moitié. »

2. Établir un plan de continuité des affaires 
« Nous avons répertorié 140 fonctions d’affaires critiques (sites, fonctions, systèmes informatiques, etc.) indispensables pour le service que nous offrons à nos clients. Par exemple, nous ne pouvons pas nous passer de nos agents qui reçoivent les appels pour des demandes de réparation. Mais le recours à, disons, un avocat, peut peut-être attendre 48 heures.

De même, si un vice-président assume une fonction critique, un plan de continuité des affaires est prévu pour la fonction, peu importe l’événement (inondation, feu, tremblement de terre, blizzard...). Quand un feu s’est déclaré, fin juin 2018, sur le toit d’un des édifices que nous occupons au centre-ville de Montréal, sept fonctions critiques ont été identifiées en moins de 15 minutes, impliquant 39 employés qu’il fallait relocaliser dès le lendemain matin. »

3. Gérer les urgences 
« Une personne armée dans un de nos édifices, un colis suspect, une alerte à la bombe... Nous disposons de procédures d’intervention pour plus d’une quinzaine de scénarios les plus susceptibles de se produire. Nous sommes prêts à tout. »