Créatrice de mode dans son atelier

Une étude menée par le Journal of Business Venturing a conclu que les salariés d’âge mûr ayant quitté leur emploi pour se faire entrepreneurs ont connu une amélioration de leur qualité de vie, mais ont toutefois accusé une baisse de revenus. (Photo de pikselstock/Shutterstock)

Canada | PME

Des retraités canadiens se lancent en affaires, mais sans mettre toutes les chances de leur côté

La passion pousse des aînés à exploiter leur potentiel entrepreneurial.

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Pour la psychothérapeute Virginia Markson, de Toronto, passer de la fosse d’orchestre au fauteuil de thérapeute s’est fait adagio ma non troppo.

C’est le destin qui a amené Mme Markson à être flûtiste pour le National Ballet of Canada, la Compagnie d’opéra canadienne et le Toronto Symphony Orchestra pendant près de 40 ans, elle qui avait étudié à la fois la musique et la psychologie à l’université. Seulement voilà, son autre passion – l’être humain – l’a rattrapée.

« Mes deux centres d’intérêt ont toujours eu une grande importance, et je crois que j’avais une aptitude pour les deux disciplines », dit celle qui a reçu son diplôme en psychothérapie en 2003, avant de tirer sa révérence au monde musical à 61 ans. « J’aime les choses que je peux faire avec brio! »

Mme Markson, maintenant âgée de 76 ans, est au nombre des nombreux aînés canadiens ayant le goût de maintenir leur activité professionnelle ou même de se lancer en affaires. Selon Statistique Canada, un Canadien de plus de 65 ans sur cinq a déclaré travailler, en 2015, soit presque le double qu’en 1995. Par ailleurs, une étude réalisée en 2018 par le Centre for Elder Research du collège Sheridan d’Oakville, en Ontario, a montré qu’en 2012, 30 % des jeunes pousses du pays étaient dirigées par des entrepreneurs de 50 ans ou plus.

C’est une réalité dont il faut tenir compte, souligne Wendy Mayhew, fondatrice de Wise-Seniors in Business (qui établit la liste WISE 50 over 50 Awards), d’autant plus que la tranche des 65 ans ou plus (estimée en 2017 à 6,2 millions de Canadiens, par la Banque mondiale) va en augmentant. Et selon les projections de Statistique Canada, notre pays comptera presque 11 millions d’aînés en 2036. Mme Mayhew mentionne que les entrepreneurs d’âge mûr se démènent plus que les jeunes pour obtenir du soutien en affaires. L’étude du Centre for Elder Research le confirme : 37 % des répondants de 50 ans ou plus peinent à obtenir des services de soutien aux entrepreneurs.

« Il nous faut travailler plus vite et plus fort, parce que nous n’avons pas accès à des fonds de démarrage. Nous devons parvenir plus tôt à l’étape de la commercialisation et à une véritable rentabilité, explique Mme Mayhew. Pourtant, l’entrepreneuriat, c’est pour les gens de tout âge, ne l’oublions pas. »

Zara Kanji, CPA, CGA, propriétaire du cabinet Zara Kanji & Associates et bénévole en littératie financière pour CPA Canada, constate que le financement d’entreprises créées par des entrepreneurs d’un âge avancé n’est pas très populaire, mais rappelle que des subventions et des prêts sont disponibles, selon les secteurs d’activité.

« Les questions qui viennent à l’esprit sont : “Ont-ils les fonds nécessaires? Sont-ils disposés à donner leurs actifs en garantie? Quel niveau de risque acceptent-ils de prendre?” » [Vous trouverez des conseils de Mme Kanji dans l’article 9 conseils pour les aînés qui souhaitent fonder une entreprise.]

Des questions essentielles, en effet, sachant que, selon les statistiques, l’entrepreneuriat aux cheveux gris ne se révèle pas forcément lucratif. Une étude menée par le Journal of Business Venturing a conclu que les salariés d’âge mûr ayant quitté leur emploi pour se faire entrepreneurs ont certes connu une amélioration de leur qualité de vie (maîtrise de son destin, accomplissement et plaisir au travail), mais ont dû toutefois accuser une baisse de revenus.

« Toucher de bons revenus n’est plus aussi sûr, il va de soi, mais cela ne veut pas dire que le travail indépendant ne peut être satisfaisant et ne peut être une option. Comme entrepreneur, vous jouissez d’une plus grande liberté d’action, vous menez votre barque », mentionne Wanda Morris, vice-présidente, activités de défense des intérêts, et chef de l’exploitation de l’organisme CARP.

Pour Virginia Markson, l’exercice de la psychothérapie lui procure des rentrées d’environ 4 000 $ par mois, qui s’ajoutent à ses prestations de retraite. Elle avoue que les choses auraient été différentes s’il avait absolument fallu qu’elle continue à travailler pour joindre les deux bouts. « Je me suis établie à mon compte parce que j’ai eu énormément de chance, dit-elle. Mais si je n’avais pas eu envie de devenir thérapeute, j’aurais tout de même fait autre chose. Voyez-vous, je ne suis pas du genre à tenir en place. »

POUR EN SAVOIR PLUS

Vous songez à vous établir à votre compte? Pensez à suivre certains de nos ateliers qui pourraient nourrir votre réflexion, notamment celui qui traite de la survie financière pour les entrepreneurs et celui qui présente les cinq erreurs que commettent le plus souvent les entreprises en démarrage.