Homme d'affaires portant des écouteurs

Un récent sondage montre que près de 7 Canadiens sur 10 préféreraient travailler 10 heures par jour pour écourter leur semaine de travail. (Photo de Monkey Business Images/Shutterstock)

Canada | Tendances

Semaine de travail de 4 jours: les travailleurs canadiens plus partants que jamais

Même si cela veut dire de plus longues journées, la semaine comprimée en quatre jours ferait bien l’affaire de 68 % des travailleurs.

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Offrir un horaire de travail souple est un moyen d’attirer et de fidéliser des employés. Or, il semble qu’une majorité croissante de travailleurs aimeraient bien pouvoir faire leur semaine en quatre jours, quitte à faire de plus longues journées. Un sondage réalisé récemment par Angus Reid montre en effet que près de 7 Canadiens sur 10 préféreraient bosser 10 heures par jour pour écourter leur semaine de travail. C’est là une hausse par rapport à la proportion de 25 % qui se disait d’accord avec l’idée en 1981.

« Les professionnels sont plus occupés que jamais, tant dans leur boulot que dans leur vie privée, dit Derek Wood, directeur régional chez Robert Half. Bon nombre de personnes voient comme des points positifs tout ce qui concourt à soutenir l’équilibre travail-vie personnelle. La semaine comprimée est une des mesures susceptibles de favoriser le bien-être et le bonheur des troupes. »

L’idée d’une semaine comprimée, malgré les inconvénients, recueille un vif intérêt chez les quatre groupes d’âge, selon le sondage. « Avoir une journée par semaine pour s’occuper d’obligations personnelles se traduit par plus de temps pour soi, ce qui, au bout du compte, aide à gérer le stress. Résultat : des employés qui ont davantage le cœur au travail, dans un esprit positif », affirme M. Wood.

Le fait d’accorder une certaine liberté pour ce qui est de l’horaire de travail est un important facteur de recrutement et de maintien en poste. M. Wood fait observer aussi que c’est financièrement avantageux : « L’entreprise peut économiser sur les dépenses liées à l’immobilier; de leur côté, les employés perdent moins de temps et dépensent moins pour le transport, par exemple. »

« Les entreprises savent bien qu’une semaine comprimée sur quatre jours est un arrangement qui n’est pas sans déplaire aux salariés, mais elles sont parfois limitées par la logistique ou la réorganisation que cela implique », concède Linda Duxbury, experte en conciliation travail-vie personnelle et professeure à la Sprott School of Business de l’Université Carleton. « Cela dit, les employeurs se rendent bien compte des bons côtés d’une telle mesure. Par conséquent, beaucoup sont favorables à l’idée de proposer plutôt des horaires variables ou individualisés. »

Dans certains domaines où l’on pratique la facturation à l’heure, par exemple le droit, l’instauration de la semaine de quatre jours serait peu pratique, selon Mme Duxbury. Pour ces professions, la suppression d’un jour ouvrable pourrait vouloir dire qu’on ferait le même travail en moins d’heures, et donc qu’on toucherait moins d’honoraires ou que le travail perdrait en prestige, ce qui n’aurait pas l’heur de plaire aux avocats soucieux de bien paraître aux yeux des associés, qui décident des promotions.

Néanmoins, de grandes entreprises essaient diverses modalités. Ainsi, Deloitte Canada a lancé dernièrement un programme pilote d’horaire estival (semaine comprimée), en plus des heures flexibles. L’horaire d’été permet à des employés d’accomplir leurs tâches en quatre jours, à leur discrétion, du moment qu’ils s’assurent que tous les engagements envers les clients et tous les délais ont été respectés.

« Tant mieux s’il est possible de prendre congé le vendredi pendant l’été, mais l’essentiel est de bien comprendre ses obligations professionnelles, notamment envers ses collègues et les clients, et de façonner son horaire variable en conséquence », explique Craig Irwin, associé en audit chez Deloitte Canada.

Même si la firme met à l’essai un régime de travail souple pour son personnel, M. Irwin admet qu’il y a des obstacles et que ces arrangements ne fonctionnent pas pour tous, surtout dans un environnement de travail d’équipe axé sur le client.

« Disons-le : les arrangements de travail souples relèvent d’une décision personnelle, mais l’employé doit aussi tenir compte des répercussions que ça peut avoir sur toute son équipe si les choses ne sont pas bien planifiées ou pas coordonnées avec un souci de professionnalisme, dit M. Irwin. Dans un scénario idéal, tant que le travail est fait et que le rendement attendu est fourni, l’horaire de travail importe peu. Mais nous n’en sommes pas encore là. »

Ce qui importe le plus, c’est de définir les attentes pour que tout marche rondement, croit Derek Wood. « Les entreprises qui envisagent des options de travail flexibles, y compris la semaine comprimée, doivent établir des modalités claires et fixer des objectifs de productivité, puis communiquer régulièrement cette information à leurs employés, pour que tous soient au diapason et ne prennent pas de retard dans leurs tâches. »