Un jeune chef d'équipe corrigeant un employé âgé offensé travaillant sur ordinateur au bureau, une femme responsable réprimandant un ancien travailleur âgé pour erreur ou incompétence, différentes générations et discrimination fondée sur l'âge.

Selon un rapport sur la population active de 2018, les plus de 55 ans représentent 37,9 % de la main-d’œuvre du pays. (Photo de fizkes/Shutterstock)

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Problèmes de main-d’œuvre? Misez sur les travailleurs âgés, suggèrent les experts

Accueillir ou conserver dans ses rangs des employés âgés – et tout leur bagage – est une option gagnante pour bien des employeurs.

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Faire entrer du sang neuf tout en tenant compte des besoins des travailleurs âgés pourrait bien être une formule stratégique pour les entreprises.

Au Canada, les personnes âgées (65 ans ou plus) représentent un groupe d’âge plus nombreux que les enfants, selon le Recensement de 2016 de Statistique Canada. Et comme l’heure de la retraite est de plus en plus repoussée, favoriser le perfectionnement des vétérans tout en recrutant des jeunes pourrait s’avérer nécessaire.

Bien que l’âge moyen de la retraite s’établisse à 63 ans, on note une augmentation stable du nombre de travailleurs âgés faisant toujours partie de la population active. Selon un rapport sur la population active de 2018, les plus de 55 ans représentent 37,9 % de la main-d’œuvre du pays. C’est dans cette tranche d’âge qu’on observe la plus forte croissance annuelle du taux d’emploi, comparativement à d’autres groupes démographiques. En 2015, un Canadien sur cinq de 65 ans ou plus (soit près de 1,1 million de personnes) a déclaré avoir travaillé – la plus forte proportion enregistrée depuis le recensement de 1981.

POINTS DE VUE

Certains croient que nos perspectives souvent axées sur « les jeunes qui poussent » et les efforts pour adapter les milieux de travail à la jeune génération (lire, les Y) font ombrage à la valeur des employés de la vieille garde. C’est une mentalité qui s’apparente à de l’âgisme, fait remarquer Cathie Brow, vice-présidente principale aux ressources humaines et aux communications chez Revera, un fournisseur bien établi de logements, de soins et de services pour les personnes âgées

« Il est largement question des moyens de s’adapter à la génération Y, mais beaucoup moins des façons de s’adapter à une population vieillissante... quinquagénaires, sexagénaires et plus, déplore Mme Brow. Or, il est important pour les entreprises de tirer avantage de tout ce que ce segment de travailleurs peut apporter comme savoir-faire. »

« L’âgisme est la forme de préjugé social la plus tolérée au Canada »

En comparaison avec d’autres types de discrimination, les idées reçues sur les personnes âgées sont perçues comme acceptables. L’âgisme peut prendre plusieurs formes : on blague sur les trous de mémoire; dans les entretiens d’embauche, on insinue que le candidat « a trop d’expérience »; au travail, on demande au collègue s’il envisage de prendre sa retraite; etc. C’est souvent subtil, non intentionnel et difficile à dénoncer.

« L’âgisme est la forme de préjugé social la plus tolérée au Canada, dit Mme Brow. Au même titre que nous pouvons prendre conscience que nous avons été raciste ou sexiste sans le vouloir, il faut savoir reconnaître les attitudes ou les paroles qui dénotent de la discrimination envers ceux qui avancent en âge. Le phénomène est réel. »

UN CAS CONCRET

Rob MacLean, professionnel chevronné des communications d’entreprise possédnt une vingtaine d’années d’expérience, peut en témoigner. Ces cinq dernières années, il a occupé trois postes de haut niveau au service des communications d’entreprises bien en vue. Toutes trois l’ont licencié sans motif sérieux, en raison d’une restructuration et des compressions de personnel qui en ont découlé. Une facette normale du monde du travail, de nos jours, avec laquelle il faut savoir composer, soutient M. MacLean.

« En publicité et en communications, la discrimination fondée sur l’âge existe bel et bien. De façon malsaine, ce milieu n’en a que pour les jeunes. On remarque, par exemple, que seulement 5 % de la force de travail des agences de publicité-marketing a plus de 50 ans. Pour moi, les occasions à saisir se font moins nombreuses... tout ça mine mes perspectives d’emploi. »

« C’est au point où même le jargon du monde du travail est imprégné de cette mentalité... “On veut quelqu’un qui s’y connaît en outils numériques, qui est né avec un ordi à la main!” »

Le Torontois de 57 ans est d’avis que son âge a joué à la fois en sa faveur et en sa défaveur, pour ce qui est des mandats précités. Dans ses efforts de recherche d’un emploi, M. MacLean s’est fait dire carrément qu’il est de niveau « trop senior » ou qu’il est surqualifié (des euphémismes pour éviter « trop vieux » et « exigeant un salaire élevé »), se désole-t-il. « On m’engage pour mon expérience et ma maturité, précisément pour mes antécédents et mon savoir-faire... mais la différence, c’est qu’on se sert de moi sur une courte période, le temps de redresser une machine déglinguée », ajoute-t-il.

DE NOMBREUX MYTHES

Il faut combattre les clichés du genre « il est trop vieux » ou « elle exigera un salaire élevé », selon Wanda Morris, vice-présidente de CARP, organisme de défense des intérêts des personnes âgées. Elle cite aussi d’autres perceptions fautives, par exemple que les travailleurs âgés sont moins à l’aise avec la technologie, qu’ils risquent de se faire porter malades plus souvent et que leur longévité dans l’entreprise sera plus courte que si on embauche un jeune. Bref, que, globalement, ils coûteront plus cher à l’entreprise.

« C’est au point où même le jargon du monde du travail est imprégné de cette mentalité... “On veut quelqu’un qui s’y connaît en outils numériques, qui est né avec un ordi à la main!”, caricature-t-on. Et les employeurs veulent investir dans des employés qui seront là longtemps. Mais, en fait, la rotation est bien plus élevée chez les jeunes que chez les “vieux”, qui ont tendance à être plus loyaux. Les entreprises font peut-être fausse route. »

« Malheureusement pour moi, je suis dans un domaine qui vit de grandes transformations. »

Toujours est-il que les travailleurs d’un âge avancé sont bien présents sur le marché de l’emploi, et que ce n’est pas près de changer. Ces têtes grises n’y sont pas seulement pour des raisons financières : souvent, elles se plaisent à travailler malgré un salaire inférieur à ce qu’elles gagnaient auparavant. Elles sont actives, ont bon pied bon œil et ne sont tout simplement pas prêtes pour la retraite. Nouveau rôle ou rôle pour vieux routiers, temps plein ou temps partiel : toutes les possibilités trouvent preneur.

« C’est un enjeu dont on n’a pas fini d’entendre parler, parce que les gens doivent ou veulent bosser plus longtemps, mentionne Doug MacLeod, avocat en droit du travail. Ils veulent rester actifs, continuer à faire travailler leurs neurones... et agir comme mentors ou faire profiter les autres de leurs vastes connaissances, histoire de contribuer à l’essor de l’entreprise. »

TOURNÉS VERS L’AVENIR

Rob MacLean, père d’un garçon de 5 ans, croit que les grands acteurs de l’industrie de la pub et du marketing auraient bien besoin de revoir leur modèle d’affaires et leurs priorités. Faire de la place aux quinquas devrait fait partie d’un tel renouveau.

« Malheureusement pour moi, je suis dans un domaine qui vit de grandes transformations. Les agences facturent à l’heure et, en plus, les communications d’entreprise sont perçues comme une dépense plutôt que comme un élément propice aux bonnes affaires, alors occuper un poste dans une agence qui veut bien faire les choses, surtout quand on a la cinquantaine, c’est un peu rêver en couleurs. »

Désireux d’aller de l’avant (peut-être fondera-t-il sa propre boîte), M. MacLean se tient au courant de l’évolution et des tendances dans son secteur d’activité, conscient de la valeur que son expérience et son expertise peuvent apporter à toute organisation.

« Mon argumentaire est positif : je mets en avant mon côté innovateur, mes résultats et les prix que j’ai reçus. Je me dis qu’un bon employeur – un pour qui il vaut la peine de travailler – saura apprécier mes réalisations, prendra connaissance de mes références et verra que m’engager serait avantageux pour son entreprise. »

POUR EN SAVOIR PLUS

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