Femme utilisant son téléphone pour blockchain

Selon une étude publiée par le Forum économique mondial, la chaîne de blocs est une des six grandes tendances qui façonnent la société en matière de logiciels et de services. (Photo de Foxy burrow/Shutterstock)

Canada | Économie

Chaîne de blocs : le stockage et l’échange d’information à l’aube d’une révolution

La plus perturbatrice des technologies à toucher les CPA ces dernières années est encore bien peu comprise.

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Ces temps-ci, le Bitcoin est sur toutes les lèvres. Il est vrai que la chose a éveillé les convoitises et attisé les fluctuations. Pourtant, c’est plutôt la technologie derrière les cryptomonnaies, la chaîne de blocs qui élimine les intermédiaires, qui devrait faire couler beaucoup d’encre. Car c’est cette révolution technologique qui va bouleverser nos façons de faire dans les domaines du droit, de la finance, des médias sociaux, etc.

Ce que sera l’incidence exacte de la chaîne de blocs en finance et en comptabilité alimente les conversations. En termes simples, la technologie permet d’établir un registre unique et distribué qui élimine la nécessité de recourir à un tiers. Y sont consignées toutes les transactions entre organisations, fournisseurs, clients et autres parties. En mars 2018, CPA Canada a publié un rapport, intitulé La technologie de la chaîne de blocs et son incidence potentielle sur la profession d’auditeur et de certificateur, qui s’attache à calmer l’inquiétude des professionnels de la comptabilité, mais aussi à présenter les occasions que suscite la chaîne de blocs.

Pour les CPA, la technologie de la chaîne de blocs est un réel progrès. En effet, sur le plan de la transparence, un tel « grand livre unique » offre (théoriquement) l’avantage de réduire le risque de fraude et d’erreur comptable. Si vous brassez des affaires en utilisant une chaîne de blocs, tous les ordinateurs reliés au réseau pourront vous identifier et vérifier si vous êtes autorisé à exécuter telle ou telle transaction. Si vous devez payer 100 $ à un correspondant et que vous n’en virez que 80 $, par exemple, les autres blocs montreront l’erreur du doigt. Selon une étude publiée par le Forum économique mondial, la chaîne de blocs est une des six grandes tendances qui façonnent la société en matière de logiciels et de services. Sur les 800 cadres et experts sondés (provenant des secteurs des communications et des technologies de l’information), la majorité s’attend à ce que 10 % du PIB mondial soit thésaurisé au moyen de la technologie de la chaîne de blocs d’ici 2025.

Qu’est-ce que tout cela signifie pour un comptable? Comme le souligne le rapport de CPA Canada, la technologie de la chaîne de blocs peut simplifier les processus d’audit et de présentation de l’information financière. « Actuellement, les rapprochements des comptes, balances des comptes, écritures de journal, extraits de grand livre auxiliaire et feuilles de calcul que reçoit le CPA auditeur se présentent sous toutes sortes de formes et sont produits parfois électroniquement, parfois manuellement. Une grande part du temps de planification de l’audit est donc consacrée à l’étude d’informations et de tableaux divers. Avec les chaînes de blocs, le CPA auditeur pourrait avoir accès aux données en temps quasi réel grâce à des nœuds en lecture seule. Il pourrait ainsi obtenir les informations nécessaires à la réalisation de l’audit dans un format uniforme. »

Même si bon nombre de CPA craignent que la « désintermédiation » (diminution ou élimination des intermédiaires) entraîne la suppression d’emplois, les experts sont catégoriques : pas de danger! Certes, des tâches routinières pourraient bien être remplacées par la chaîne de blocs ou l’intelligence artificielle, mais d’autres emplois seront créés ou enrichis. Les rôles à entrevoir pour les CPA, comme on le mentionne dans le rapport, pourraient être d’auditer les contrats intelligents associés aux chaînes de blocs ou d’arbitrer des différends entre participants à une transaction par chaîne de blocs. « Cette fonction rappelle celle de l’exécuteur testamentaire, rôle qui est habituellement assumé par différents professionnels compétents, dont les CPA certificateurs », écrivent les auteurs du rapport.

Jim Carroll, conférencier principal au Forum national sur les outils technologiques tenu en mai dernier, s’était peu avant entretenu avec CPA Canada : « Si l’on consulte des numéros des années 30 des magazines Popular Science et Popular Mechanics, on peut y voir des articles reflétant une certaine psychose collective au sujet de robots géants sur le point de voler nos emplois. On entend le même genre de discours aujourd’hui : que tout sera automatisé, notamment les tâches d’audit. Ce qu’on semble oublier, c’est qu’au fur et à mesure que les emplois se transforment ou deviennent caducs, de nouvelles fonctions, de nouvelles compétences et de nouvelles possibilités se dessinent. »

Dans un avenir modelé par la chaîne de blocs, la direction d’une société pourrait donner à ses auditeurs externes un jeu de « clés » numériques qui leur fourniraient un accès sans précédent à des chaînes de blocs contenant des renseignements détaillés et horodatés sur toutes les opérations effectuées. « Un tel accès pourrait avoir des répercussions considérables sur la stratégie de l’auditeur », peut-on lire dans un rapport de CPA Canada intitulé Perturbation technologique des marchés financiers et de la communication de l’information? Aperçu de la chaîne de blocs. « Les entreprises qui utilisent la chaîne de blocs pourraient mener en continu des audits internes de leurs processus, générer une piste d’audit et obtenir une analyse de leurs comptes en appuyant simplement sur un bouton. »

Autrement dit, la technologie aura beau mettre au rancart les intermédiaires, il n’en demeure pas moins qu’on aura toujours besoin de professionnels capables de jugement et de pensée stratégique pour activer les bons boutons et interpréter ce que disent les chiffres.