Gabriel Scheare utilise le premier guichet automatique au monde bitcoin le 29 octobre 2013 au Waves Coffee House à Vancouver en Colombie-Britannique.

Les milléniaux se sentent de plus en plus à l’aise avec les cryptomonnaies comme le Bitcoin. (Photo de David Ryder/Getty Images)

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Bitcoin : si vous n’y connaissez rien, n’investissez pas, recommandent les experts

Complexes, voire hermétiques, les cryptomonnaies suscitent une vive curiosité. Explications.

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Le bitcoin et autres cryptomonnaies étonnent, irritent, séduisent. Or la technologie et les principes qui en régissent le fonctionnement en laissent plus d’un perplexe, voire méfiant.

« Aux néophytes qui m’interrogent sur le fameux bitcoin, je conseille de s’abstenir », déclare Marc-David Seidel, professeur à la Sauder School of Business de l’Université de la Colombie-Britannique. « Pour moi, c’est de la pure spéculation. »

Le bitcoin est une cryptomonnaie (ou monnaie numérique) fondée sur la technologie de la chaîne de blocs, conçue pour créer un registre public transparent, sécuritaire et décentralisé de toutes les opérations exécutées. Cette plateforme logicielle, en fait, n’est qu’une des technologies dites « de confiance répartie » dont le sort n’est pas encore scellé. Parmi les autres nouveautés en lice, l’infrastructure Tangle et l’arbre de Merkle.

Les technologies de confiance répartie éliminent la nécessité, pour deux parties à une transaction, de recourir à une institution centralisée à titre de tiers. « La notion sous-jacente de confiance répartie, à n’en pas douter, est là pour durer, mais qui sait si les bitcoins et la chaîne de blocs ne seront pas un jour détrônés », poursuit M. Seidel.

Le simple fait de ranger le bitcoin, l’ether et le ripple parmi les monnaies fait sourciller, aux dires du professeur. Selon sa définition, une « monnaie » doit avoir cours légal, et être employée sur une grande échelle pour conclure quantité d’opérations.

« Or, actuellement, ces prétendues monnaies ne sont guère utilisées », dit-il.

Cela dit, le phénomène prend de l’ampleur, au point où les monnaies numériques sont dorénavant parées de sérieux. Mogo Finance Technology, par exemple, vient d’ajouter les opérations en cryptomonnaies à sa plateforme de services bancaires mobiles.

« Les Y, en particulier, adoptent cette nouveauté, et le phénomène s’amplifie », souligne Chantel Chapman, formatrice en littératie financière à Mogo. « Séduits par les récits qui circulent dans les médias, ils rêvent de gains mirobolants. Le tout est si nouveau que même les experts ne saisissent pas encore les tenants et aboutissants des monnaies numériques. Un tel investissement peut rendre nerveux, mais les jeunes adultes se sentent tous logés à la même enseigne, celle de l’inconnu, ce qui les rassure, paradoxalement. Ce monde leur paraît plus accessible. »

MP Group, de Toronto, a été l’un des premiers cabinets comptables du Canada à se lancer dans la sphère de la chaîne de blocs, en 2015. Parmi ses clients, le cofondateur d’Ethereum, qui a créé l’ether. Depuis, le cabinet a aidé des clients des quatre coins du pays à démêler l’écheveau des opérations en cryptomonnaies.

« Certains clients s’enquièrent des répercussions fiscales, explique Kunal Parshotam, CPA, associé, MP Group. Oui, la spéculation sur les cryptomonnaies peut avoir des conséquences; il faut donc une planification sensée pour réduire la ponction du fisc. »

Selon l’Agence du revenu du Canada (ARC), les cryptomonnaies sont assimilées à des marchandises. Les incidences fiscales dépendront largement de la nature des opérations exécutées et des activités menées.

« Si vous investissez sur le long terme, une plus-value de votre position en cryptomonnaie pourrait donner lieu à la constatation d’un gain en capital, explique Raffael Mazze, CPA, associé, MP Group. Vous négociez activement des cryptomonnaies à des fins lucratives? Vos gains pourraient être considérés comme des revenus d’entreprise, fortement imposés. »

Par exemple, si l’un des premiers acheteurs de bitcoins, dont l’avoir a grimpé en flèche, se sert de son pécule pour acquérir des unités d’une autre cryptomonnaie comme le ripple, l’opération pourrait donner lieu à un gain en capital.

« L’ARC y voit du troc, mais beaucoup de cambistes improvisés ne sont pas au courant, déplore M. Parshotam. Ils auraient besoin de conseils pour naviguer dans le monde des cryptomonnaies. »

Interrogés sur la question, les associés de MP Group nous confient qu’ils acceptent que le client règle sa note d’honoraires en bitcoins. Évidemment.

Mais l’ARC? On peut acquitter ses impôts en argent comptant ou par carte de débit aux comptoirs de Postes Canada, mais pas en bitcoins, tout de même : « À ce jour, l’Agence ne les prend pas », précise M. Mazze.

En savoir plus

Renseignez-vous au sujet des cryptomonnaies et de leur comptabilisation selon les IFRS en consultant le guide sur la comptabilisation des cryptomonnaies préparé par CPA Canada. Le 14 août, CPA Canada tiendra aussi un webinaire sur la comptabilisation des cryptomonnaies selon les IFRS.