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Entretien avec Jane Rooney : Le point sur la stratégie canadienne pour la littératie financière

Hausse des niveaux d’endettement, chute des taux d’épargne : le besoin de connaissances financières n’a jamais été aussi grand, selon la chef du développement de la littératie financière du Canada.

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Jane Rooney,  Canada’s Financial Literacy LeaderPour Jane Rooney, l’acquisition de connaissances financières peut vraiment aider les gens à sentir qu’ils prennent davantage leurs finances en main. (Photo de CPA Canada)

Comme chef du développement de la littératie financière du Canada, Jane Rooney joue un rôle déterminant dans l’amélioration du bien-être financier des Canadiens. Depuis sa nomination en 2014, elle tisse des liens et collabore avec des groupes de parties prenantes des secteurs public, privé et sans but lucratif afin que la Stratégie nationale pour la littératie financière poursuive sa lancée.

Elle nous fait part de ses réflexions sur la Stratégie nationale pour la littératie financière et sur les priorités de son comité directeur.

CPA CANADA : Depuis quand la Stratégie nationale pour la littératie financière existe-t-elle? Comment la faites-vous connaître dans l’ensemble du pays?
JR :
Cette stratégie, appelée Compte sur moi, Canada, a été lancée par l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) à l’été 2015. Elle s’articule autour de trois objectifs : aider les citoyens, premièrement, à gérer leur argent et leurs dettes judicieusement; deuxièmement, à planifier et à épargner pour l’avenir; et troisièmement, à se protéger de la fraude et de l’exploitation financière.

Sa mise en œuvre a été couronnée de succès, en grande partie grâce au Comité directeur national sur la littératie financière (où siège la présidente et chef de la direction de CPA Canada, Joy Thomas). Cette année seulement, les 15 membres du comité ont lancé 186 initiatives, allant de nouveaux projets et sites Web à des conférences et activités. Par exemple, CPA Canada a mis en place de nouveaux programmes portant sur la littératie financière en milieu de travail et pour les peuples autochtones.

Par ailleurs, nous avons formé des groupes de travail et sommes affiliés à 17 réseaux de littératie financière au pays, représentant plus de 570 organisations, dont plusieurs traitent directement avec la population. C’est grâce à eux que nous étendons notre rayonnement partout au pays.

CPA CANADA : Novembre est le Mois de la littératie financière. Quel est le thème de cette année?
JR :
Pour nous, le Mois de la littératie financière est une excellente occasion de sensibiliser le public. Le thème de cette année est « Investir dans votre bien-être financier », et il cadre très bien, à mon avis, avec celui de la conférence annuelle sur la littératie financière de CPA Canada, qui est « De la formation à la pratique ».

Nous avons choisi le thème « Investir dans votre bien-être financier » parce que les citoyens n’ont jamais eu autant besoin de connaissances financières. Les taux d’intérêt grimpent alors que nous sommes très endettés, mais épargnons peu. Selon un récent sondage de l’Association canadienne de la paie, 40 % des Canadiens sont accablés par leur taux d’endettement et 46 % d’entre eux disent que le stress qui en découle les habite même au travail. Nous savons que l’acquisition de connaissances financières peut vraiment aider les gens à sentir qu’ils prennent davantage leurs finances en main.

CPA CANADA : Quelles sont les principales priorités du comité directeur?
JR :
Pour l’instant, nos priorités sont la littératie financière en milieu de travail et pour les peuples autochtones.

Le milieu de travail représente un canal de diffusion essentiel pour la population adulte. Il s’apparente au système d’éducation. Il est très avantageux de pouvoir communiquer la même information à un grand nombre de personnes en même temps. D’autre part, le sondage mentionné plus tôt révèle que le stress lié à la situation financière a un impact sur la vie professionnelle et accroît l’absentéisme. En intégrant la littératie financière dans le milieu de travail, les employeurs devraient constater une augmentation de la productivité et une réduction de l’absentéisme. Tout le monde y gagnera.

Nous organisons actuellement des ateliers auprès de divers employeurs. Par exemple, CPA Canada collabore avec l’ACFC afin d’offrir certains ateliers à des fonctionnaires.

Notre autre priorité vise la littératie financière des peuples autochtones. La recherche démontre que ceux-ci s’en sortent moins bien que les autres groupes quand il s’agit de joindre les deux bouts, de planifier leur avenir financier et d’épargner en vue de la retraite. Or, cette population croît très rapidement : la moitié d’entre elle est très jeune. Nous avons constitué un groupe de travail (dont fait partie Doretta Thompson, directrice de la Responsabilité sociétale à CPA Canada) et nous recensons pour le moment les programmes et les ressources qui existent déjà dans le but de les améliorer. Par exemple, CPA Canada met à l’essai un programme dans le Nord canadien.

CPA CANADA : Où se situe le Canada sur la scène internationale, au chapitre de la littératie financière?
JR :
Il se trouve justement que nous disposons de données récentes sur le sujet. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a mené l’an dernier une étude sur la littératie financière des adultes dans 26 pays, et le Canada s’est classé troisième. En réduisant les résultats aux seuls pays du G20, nous arrivons plutôt en deuxième place. Nous avons aussi participé au Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE, un sondage réalisé auprès d’adolescents de 15 ans de 15 pays. Dans le volet littératie financière de ce programme, le Canada occupe le deuxième rang, ex æquo avec la Belgique.

Selon les résultats, les jeunes Canadiens s’en tirent bien pour trois raisons :

1. Ils discutent de questions d’argent avec leurs parents : les jeunes qui ont obtenu les meilleures notes parlent d’argent avec leurs parents une ou deux fois par semaine.

2. Ils apprennent par la pratique, parce qu’ils gagnent de l’argent ou en reçoivent en cadeau. D’ailleurs, 78 % de nos jeunes de 15 ans ont un compte bancaire.

3. Ils reçoivent un enseignement sur le sujet dans le système scolaire. Dans toutes les provinces et tous les territoires, la littératie financière est enseignée d’une manière ou d’une autre.

D’autre part, à l’étranger, je représente le Canada à l’International Network on Financial Education (INFE) de l’OCDE, qui réunit maintenant 120 participants. En général, le Canada est vu comme un chef de file de la littératie financière, en partie grâce à notre stratégie nationale, considérée comme inclusive, ainsi qu’au Comité directeur national sur la littératie financière et aux 17 réseaux rattachés à l’ACFC. Nous découvrons et transmettons des pratiques exemplaires à l’échelle internationale. 

CPA CANADA : Y a-t-il autre chose que vous souhaitez ajouter?
JR :
Je veux en profiter pour dire à quel point le programme de bénévolat en littératie financière de CPA Canada m’impressionne. Vous avez plus de 6 000 bénévoles qui présentent des programmes de littératie financière dans tout le pays. C’est une formidable occasion pour nous de collaborer avec un partenaire hors pair, mais aussi, pour les Canadiens, d’obtenir de précieux renseignements auprès d’une source indépendante. Je tiens à vous en remercier.

PARTICIPEZ AUX ACTIVITÉS DE CPA CANADA

La conférence annuelle Mastering Money se tiendra à Vancouver les 22 et 23 novembre 2018. Experts et chefs de file y exprimeront leurs points de vue uniques sur le thème de cette année, « De la formation à la pratique ».