Pleins feux sur la littératie financière

Lisez cette entrevue avec Doretta Thompson, de CPA Canada, pour en apprendre davantage sur le rôle croissant que joue l’organisation dans la promotion de la littératie financière au Canada.

Dans un monde complexe où, plus que jamais, chacun doit prendre en mains ses finances, la littératie financière n’a jamais autant compté. C’est pourquoi CPA Canada figure aux premiers rangs d’un mouvement qui vise à mieux outiller les citoyens. Doretta Thompson, directrice, Responsabilité sociétale, mène la charge, appuyée par plus de 5 000 CPA qui donnent de leur temps afin d’aider les Canadiens à acquérir des compétences en finance. Récipiendaire de la médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, Mme Thompson plaide pour un renforcement de la littératie financière dans divers milieux, d’un océan à l’autre. Un impératif, selon elle.

Pourquoi inviter tous les Canadiens, au-delà de ceux qui manient des chiffres, à se doter de compétences financières?

La littératie financière est un outil essentiel pour aider tous les citoyens à assurer leur avenir. Les questions financières se complexifient et, en général, il ne s’agit pas d’une matière abordée à l’école. Or, nous constatons que de nombreux Canadiens ne possèdent pas certaines bases, et que le sujet les intimide. Pourtant, je crois qu’il est crucial de maîtriser les rudiments des finances pour établir des objectifs réalistes et se donner les moyens de les atteindre. Au bout du compte, c’est aussi améliorer sa qualité de vie.

Le Canadien moyen accuse-t-il du retard dans sa compréhension des fondements de la gestion financière? 

Le constat ne se rapporte pas directement au Canada, mais une université américaine a mené un sondage révélateur. On y posait trois questions pour évaluer la littératie financière. La première : «Vous déposez 100 $ dans votre compte bancaire à un taux d’intérêt de 2 %. Combien d’argent aurez-vous après cinq ans?» Les participants avaient le choix entre quatre réponses : 102 $, plus de 102 %, moins de 102 $ et Je ne sais pas. La question porte donc sur la notion d’intérêts composés. Voici la deuxième question : «Vous déposez 100 $ dans un compte d’épargne à un taux d’intérêt de 1 %. L’inflation est de 2 %. Quel est votre pouvoir d’achat à la fin de l’année? Plus de 100 $, moins de 100 $, 100 $ et Je ne sais pas.» C’est une question élémentaire sur l’inflation. La troisième question portait quant à elle sur la diversification : «Quel est le meilleur placement parmi les choix suivants? Acheter des actions d’une seule société cotée en Bourse, Acheter des actions de plusieurs sociétés cotées en Bourse, et Je ne sais pas.» Ce qui est fascinant, c’est que 70 % des sondés étaient incapables de donner la réponse juste aux trois questions.

Quels écarts ressortent entre les jeunes et les baby-boomers, sur le plan des aptitudes financières? Y a-t-il eu des changements au fil du temps?

Certainement. La génération du millénaire a un besoin criant d’éducation financière. C’est un groupe plutôt hétéroclite, probablement davantage que toute autre tranche démographique, si l’on considère la dette d’études et l’accès limité aux emplois prometteurs. Beaucoup de jeunes sautent d’un contrat précaire à l’autre – c’est ce qu’on appelle l’économie de la pige – et, bien entendu, il y a des facteurs sociologiques et technologiques qui stratifient fortement cette population. Les aînés de la génération du millénaire sont passablement différents de leurs cadets, qui ont, ne serait-ce que 10 ans de moins. Selon nos recherches, ces groupes ont grand besoin d’éducation financière, mais leur ouverture à celle-ci n’est pas du tout la même.

Même ceux qui arrivent à un stade plus avancé de la vie ont de la difficulté à prendre certains virages... 

L’un des bouleversements qui remettent en question la sécurité financière à long terme des Canadiens, c’est le passage des régimes de retraite à prestations déterminées vers les régimes à cotisations déterminées. C’est quelque chose que bien des gens comprennent mal. Ce nouveau modèle fait reposer sur les épaules des particuliers tout le risque associé à la planification de leur avenir. Le pourcentage de travailleurs qui ont accès à des régimes à prestations déterminées dégringole.

Le programme de littératie financière de CPA Canada a évolué au fil du temps. Comment? 

Le nombre d’ateliers que nous offrons chaque année a doublé. Nous collaborons avec environ 900 groupes communautaires, établissements d’enseignement, bibliothèques et organismes distincts. Nous avons aussi un programme de conférences-midi dans les bureaux, qui connaît un franc succès. Nous publions également des livres papier et électroniques. Certains peuvent être téléchargés gratuitement, d’autres sont offerts à prix modique. D’ailleurs, au début de l’année prochaine, nous allons faire paraître un guide sur les coûts à prévoir quand bébé arrive. J’ai bien hâte! 

Quel est l’objectif d’ensemble du programme de littératie financière?

Notre priorité reste de fournir de l’information fondamentale et factuelle, qui servira l’intérêt du public, à des fins purement éducatives. En ce moment, nous présentons 35 ou 36 ateliers différents. Il y en aura 9 autres, ciblés en fonction des groupes d’âge, des besoins financiers… Nous avons monté des ateliers pour les adultes (sur la fiscalité et les REER, notamment) et d’autres pour les enfants, offerts en partenariat avec des écoles. Nous avons même créé des ressources pour aider les travailleurs touchés par l’effondrement du secteur pétrolier. Les CPA sont des as de la finance : à nous de mettre ce bagage au service de la collectivité.

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CPA Canada