Achat de véhicule : Les Canadiens s’endettent à toute vitesse

Les Canadiens dépensent environ 20 % de leur revenu net pour acquérir un véhicule, tout en pensant que celui-ci leur revient bien moins cher. Pourquoi sous-estiment-ils les coûts associés à cet achat?

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Il peut être très tentant, au vu des campagnes publicitaires promettant un financement à 0 %, d’acquérir un véhicule neuf : on croit flairer la bonne affaire. Or, lorsqu’on signe pour un «paiement bimensuel de seulement 175 $», le nouveau véhicule peut en réalité coûter jusqu’à deux fois plus cher. 

Imaginons que vous faites l’acquisition d’un véhicule de 25 000 $ financé sans intérêt sur une période de six ans. Des versements bimensuels de 175 $ vous semblent tout à fait raisonnables, compte tenu de votre salaire annuel de 50 000 $. Mais est-ce bien le cas?

Si l’on fait une estimation prudente des coûts liés à l’assurance, à l’essence, à l’entretien préventif, à l’immatriculation, aux pneus d’hiver (nous sommes au Canada) et aux dépenses imprévues (gracieuseté des radars photo), on dépasse facilement les 25 000 $ supplémentaires à payer au cours des six ans. Par conséquent, lorsqu’on achète un véhicule et que l’on tient seulement compte du paiement du financement, on omet plus de la moitié des coûts associés à l’achat.

Coûts mensuels : perception et réalité 

Ce que vous pensez payer chaque mois

  • Mensualité du prêt : 350 $

Ce que vous payez chaque mois, dans les faits : 

  • Mensualité du prêt : 350 $
  • Essence : 117 $
  • Assurance : 100 $
  • Stationnement : 83 $
  • Entretien : 33 $
  • Installation de pneus d’hiver ou d’été : 7 $
  • Immatriculation : 8 $
  • Dépenses imprévues : 42 $
  • Total : 740 $ (soit 390 $ de plus)

Les durées de financement semblent s’allonger de plus en plus. Il n’est pas rare, par exemple, de voir un financement sur six ans. Et ces durées de plus en plus longues ne font qu’aggraver la situation, car le paiement du financement ne représente plus qu’une maigre partie du total des dépenses annuelles – ce qui donne une idée encore plus obscure du coût réel.

Réexaminons votre budget. Après retenues à la source, votre salaire annuel de 50 000 $ donne un revenu net d’environ 40 000 $, soit 3 300 $ par mois. Si le financement vous coûte 350 $ chaque mois et que vos dépenses mensuelles supplémentaires s’élèvent à 390 $, vous dépensez donc 740 $, soit plus de 20 % de votre revenu mensuel net pour posséder une voiture. Est-ce raisonnable?

Rien n’est moins sûr.

Ce qui est certain, en revanche, c’est le coût réel du véhicule. Bien que votre concessionnaire vous ait promis des «paiements bimensuels de 175 $», votre véhicule vous coûtera beaucoup plus que les 350 $ par mois annoncés : 740 $, c’est plus du double... Aïe!

Selon un article publié dans The Globe and Mail en mai 2017, plus de la moitié des Canadiens payeraient au moins 200 $ de dépenses imprévues chaque mois. S’ils doivent dépenser 390 $ de plus que prévu par mois pour leur véhicule, il n’est pas étonnant qu’ils s’endettent aussi rapidement.

De manière générale, les dépenses excessives semblent être un problème courant : les consommateurs dépensent sans tenir compte de tous les coûts associés à leurs achats. Comprendre et respecter quelques principes fondamentaux – comme établir un budget rigoureux ou prendre conscience de leurs limites financières personnelles – leur éviterait bien des déconvenues. 

Pour de nombreux Canadiens, avoir un véhicule est une nécessité. Les transports en commun sont parfois peu pratiques, voire inexistants dans les régions moins urbaines. L’autonomie passe donc par l’achat d’un véhicule, et beaucoup font des choix de vie en conséquence.

Les Canadiens achètent des véhicules pour diverses raisons, mais nous devons les encourager à prendre des décisions éclairées qui tiennent compte de toute l’information pertinente et des autres possibilités qui s’offrent à eux. Au-delà de l’aspect financier, d’autres facteurs importent sur la route : nous parlerons des mauvaises habitudes de conduite dans notre prochain billet.

Poursuivons la conversation

À l’achat de votre dernier véhicule, avez-vous tenu compte de ces dépenses supplémentaires? Envisagez-vous d’autres possibilités qui pourraient vous dispenser de posséder un véhicule? Publiez vos commentaires ci-dessous.

Avertissement

Les opinions et les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne représentent pas nécessairement ceux de CPA Canada.

À propos de l’auteur

Jennifer Schurer, CPA, CMA

Jennifer Schurer, CPA, CMA. Mme Schurer dirige et anime des ateliers sur la littératie financière dans le cadre du programme de littératie financière de CPA Canada. Elle se passionne pour l’éducation financière des jeunes, qu’elle renseigne sur les cartes de crédit, les emprunts hypothécaires, les budgets et l’établissement d’objectifs. Elle prodigue aussi des conseils aux adultes, à qui elle apprend à mieux économiser et à dépenser sagement.