Entretien avec la nouvelle présidente de CPA Canada, Joy Thomas

Le 1er avril 2016, Joy Thomas deviendra présidente et chef de la direction de CPA Canada, la cinquième plus grande organisation comptable du monde. Mme Thomas aborde son nouveau rôle, ses attentes et ses projets quant à l’avenir de la profession. Elle vous invite également à lui envoyer vos questions.

«J’espère que le 1er avril 2016 ne sera pas aussi trépidant que le 1er avril 2013!» s’exclame Joy Thomas, qui termine un mandat de trois ans à titre de vice-présidente directrice de CPA Canada.

CPA Canada a vu le jour le 1er janvier 2013, mais les actifs et obligations de l’ICCA et de CMA Canada ont été transférés à la nouvelle organisation le 1er avril 2013 (l’intégration de CGA-Canada a eu lieu l’année suivante). «Dans ce genre d’opération, il faut travailler à régler une foule de questions jusqu’à la toute dernière minute», explique Mme Thomas.

Mme Thomas se prépare à remplacer l’actuel président et chef de la direction, Kevin Dancey. Nous l’avons rencontrée pour discuter des défis liés à son nouveau rôle à l’avant-scène. Au cours de cet entretien, nous avons abordé l’incidence des perturbations technologiques sur la profession, ses démarches pour rester au fait des nouveautés, et les bienfaits d’une culture constructive pour CPA Canada.

Joy Thomas : Résolument tournée vers l’avenir

Une riche expérience

J’ai exercé comme professionnelle comptable en entreprise, dans divers secteurs, avant de devenir chef de la direction de deux organisations comptables provinciales et, par la suite, de CMA Canada. Depuis 2013, je suis vice-présidente directrice à CPA Canada. Grâce à mon expérience, j’ai une solide connaissance des rouages de la profession et de ce fait, je peux envisager les différents enjeux du point de vue des membres.

Un changement de perspective

En tant que vice-présidente directrice de CPA Canada, j’étais responsable du fonctionnement de l’organisation. J’avais donc une vision plutôt axée sur l’interne. Mais comme présidente et chef de la direction, je travaillerai davantage avec les parties prenantes externes, et je représenterai la profession sur la scène nationale et internationale. Dans l’immédiat, mon premier défi sera d’assurer une transition en douceur vers mon nouveau rôle, accompagnée d’une certaine restructuration à la direction. J’ai déjà commencé à élaborer mon plan de travail pour les 12 à 18 prochains mois.

L’avenir n’attend pas

Ces trois dernières années, nous nous sommes concentrés sur l’intégration des trois organisations comptables d’origine et sur la création de la nouvelle profession. Il est temps de passer à autre chose. Après la transition, notre plan pour l’exercice 2017 porte désormais sur la transformation à envisager. À quoi ressemblera CPA Canada dans cinq ans? De quelles compétences auront besoin nos membres? Nous ferons de l’avenir notre priorité.

Une culture organisationnelle constructive

La structure de la profession comptable pose certains défis. Nous avons une organisation nationale, CPA Canada, et des organisations provinciales, qui sont des entités complètement distinctes, possédant chacune leurs propres conseil d’administration, équipe de direction et infrastructure. En clair, il n’existe pas de décideur unique qui oriente la profession comptable canadienne. Nous devons comprendre les points de vue de nombreuses parties prenantes et, pour faire avancer les dossiers, nous sommes tenus de travailler en concertation.

A photograph of Joy Thomas being interviewed for Member News.

J’ai toujours privilégié la collaboration, car c’est grâce à une culture constructive que nous réussirons à nous adapter et à innover. Pour répondre aux besoins de nos membres et agir dans l’intérêt public, nous devons tous regarder dans la même direction. Voilà déjà deux ans que CPA Canada a entrepris une réflexion sur sa culture, et nous avons hâte d’aller encore plus loin.

Les futures compétences des CPA

Certains défis, qui se profilent à l’horizon, sont également porteurs de renouveau. Par exemple, il nous faut comprendre quelles compétences devront posséder les CPA dans cinq ans. C’est dans cette optique que nous voulons faire évoluer la Grille de compétences des CPA. Nous songeons également à adopter un cadre de compétences, qui établirait les habiletés dont devra faire preuve le CPA, de l’agrément jusqu’à la fin de sa carrière.

De fait, plusieurs vecteurs de changement vont avoir un impact sur la profession. Une vague de départs à la retraite s’annonce, mais la demande de CPA demeure élevée, si bien qu’il faut préparer la relève. Par conséquent, nous entendons offrir des modes d’apprentissage souples ainsi que des voies d’accès parallèles menant à la profession. Nous voulons attirer les candidats les plus talentueux.

La gestion des risques technologiques

Les risques de perturbations technologiques transforment le fonctionnement des organisations. La gestion des données est devenue un enjeu crucial pour les CPA. Quelle valeur donner à l’information? Comment la mesurer? Comment s’assurer de la fiabilité des renseignements recueillis? Comment les protéger dans le cyberespace?

Une de nos initiatives a été de créer un comité sur l’analyse des données en audit. Composé d’auditeurs, d’auditeurs internes, de professionnels du milieu des affaires et d’universitaires, le comité surveille l’évolution du recours à l’analyse des données par les auditeurs. Ce n’est qu’un exemple de l’incidence des technologies sur nos pratiques professionnelles.

La résilience des entreprises face aux changements climatiques

Nous avons approfondi notre réflexion sur l’adaptation aux changements climatiques. Comment les organisations réagissent-elles dans un environnement en pleine évolution et comment s’adaptent-elles au changement? Les CPA sont appelés à jouer un rôle clé pour les guider à cet égard : ils s’assureront que les entreprises exercent une gestion dynamique des risques et qu’elles se dotent de stratégies solides et adaptables, afin de renforcer leur résilience aux contraintes externes.

Un flux constant d’information

Suivre attentivement toute l’information spécialisée, diffusée jour après jour, est une tâche colossale. Je m’en remets à des collaborateurs de confiance pour rester au courant des divers dossiers et je lis beaucoup. Et, comme je siège aux conseils d’administration de la Fédération internationale des comptables (IFAC) et de la Global Accounting Alliance (GAA), je puise dans un réseau mondial de 2,6 millions de comptables et de plus de 100 organismes membres.

A photograph of Joy Thomas being interviewed for Member News. Présente aux quatre coins du monde

Je voyage déjà beaucoup, car je siège à divers conseils et comités à l’échelle internationale. Par exemple, l’automne dernier, en Corée, j’ai présidé une table ronde sur le directeur financier de l’avenir. J’ai aussi été invitée à prendre la parole lors de nombreux congrès de comptabilité et de conférences sur le leadership féminin. Je serai sans doute davantage sollicitée : il faudra donc que je gère les demandes. Je sais que je peux compter sur les membres de notre équipe de direction, qui allient compétence et expérience, pour m’épauler dans ce travail de représentation.

Le contact avec les membres

J’ai récemment assisté à plusieurs activités sur la littératie financière en compagnie de notre vice-présidente de la division Responsabilité sociétale, Cairine Wilson. J’ai ainsi eu l’occasion de rencontrer certains des quelque 11 000 membres bénévoles qui animent des ateliers de littératie financière, d’un bout à l’autre du pays.

À CPA Canada, au-delà de nos 400 employés, nous comptons sur plus de 800 bénévoles, qui sont membres de comités consultatifs, de groupes de travail et de conseils de surveillance, entre autres. Je communique tous les jours ou presque avec certains d’entre eux. Leurs conseils et leurs vues sur la profession sont essentiels à notre réussite.

Les femmes et le leadership

Encore aujourd’hui, dans le milieu des affaires, lorsqu’on demande à une femme ce qu’elle fait dans la vie et qu’elle dit qu’elle dirige une entreprise, sa réponse suscite un certain étonnement. Il me tarde de voir le jour où ce ne sera plus le cas.

Je n’ai pas cessé de travailler quand mes deux enfants étaient petits. Nous savons que la majeure partie des tâches domestiques reviennent aux femmes, même dans les familles à deux revenus. Et pour nombre d’entre elles, l’étau se resserre, car elles doivent aussi prendre soin d’un parent âgé. La tâche peut être écrasante.

Je pense qu’être une femme m’a aidée à devenir une meilleure gestionnaire, car je suis consciente qu’il faut souvent composer avec des problèmes personnels au travail. D’ailleurs, en tant que femme qui occupe un poste de direction, j’ai le devoir de mentorer et de parrainer d’autres femmes.

Enfin, à titre de membre de la direction, je peux mettre en place des politiques qui favorisent la conciliation travail-famille, pour les hommes comme les femmes. Je peux donc prendre certaines mesures et influencer tous les échelons de l’organisation, afin d’aider chacun à trouver un juste équilibre entre les responsabilités professionnelles et personnelles.

Un portrait de Joy Thomas sera publié dans le numéro de septembre 2016 de CPA Magazine. Pour soumettre une question qui pourrait servir à la rédaction de cet article, veuillez cliquer sur le lien ci-dessous.


Note de la rédactrice en chef Le prochain numéro de L’infolettre CPA sera publié le 11 avril 2016.

Bonne lecture et, comme toujours, faites-nous part de vos commentaires!

À propos de l’auteur

Mara Gulens

Rédactrice
Mara Gulens est rédactrice en chef de L’infolettre CPA de CPA Canada et rédactrice de la section «Brèves de la profession» de CPA Magazine.

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