Neurosciences et leadership

Plutôt que de laisser vos idées se perdre et votre attention vagabonder, concentrez-vous sur des actions concrètes pour faire avancer votre organisation, progresser dans votre carrière et favoriser votre épanouissement personnel. Explications de Bob McCulloch, accompagnateur de cadres supérieurs et conseiller en stratégie.

Le cortex préfrontal est la région du cerveau par laquelle passe notre conscience – chaque réflexion, idée et décision en dépend. Mais sa capacité de traitement est plutôt limitée : David Rock, pionnier de l’application des neurosciences à l’étude du leadership, explique que si la quantité d’informations que nous pouvons absorber dans cette région à un instant donné correspondait au volume d’une boîte à chaussures, le reste de notre cerveau pourrait contenir l’équivalent de la Voie lactée. Autant dire que le cerveau est conçu pour mobiliser le cortex préfrontal avec parcimonie. Alors, quelles incidences pour l’exercice du leadership?

L’ESPRIT HUMAIN : UNE SCÈNE CHAOTIQUE

On peut voir le cortex préfrontal comme une scène, et les idées, comme des comédiens éparpillés sur les planches, n’en faisant qu’à leur guise, allant et venant comme bon leur semble, se cognant les uns contre les autres... Il n’y a pas nécessairement de fil conducteur entre ces réflexions aléatoires.

Ainsi, des idées foisonnent dans notre esprit à tout moment. Certains y voient le signe d’un fonctionnement en mode multitâche, mais c’est faux. Il s’agit plutôt de pensée dissipée : ces «acteurs» désordonnés (nos réflexions, idées et impressions) ne donnent pas, du seul fait de leur présence, de spectacle cohérent.

C’est pourquoi, si nous voulons faire des progrès et nous rendre utiles, nous devons faire intervenir un metteur en scène ou un régisseur, qui s’adresse au comédien afin de lui demander de monter sur scène au bon moment, de s’appliquer, de se tourner vers les spectateurs, puis de dire son texte. Dans le cas du cerveau, ce régisseur coordonne et guide nos idées pour nous aider à rester concentrés sur ce qui compte dans l’immédiat.

LE CORTEX PRÉFRONTAL : UNE RESSOURCE À GÉRER

Au fil des ans, j’ai essayé, comme tout le monde, de dresser des listes de choses à faire. Je notais ce dont je devais m’occuper, mais je savais pertinemment qu’il serait presque impossible de réussir à tout accomplir. Généralement, je menais à bien entre 40 et 50 % des tâches inscrites – 60 % dans le meilleur des cas –, et je devais remettre le reste au lendemain. Donc je dressais une nouvelle liste. Au bout de quelques jours, je voyais bien que c’était dérisoire. Ah, si j’avais pu m’en remettre à un régisseur compétent…

J’ai compris qu’une liste de choses à faire est l’équivalent d’une troupe de comédiens qui évoluent à leur guise sur la scène. Devant un tel constat, je me suis mis à dresser des listes différentes, axées sur une vision : celle du but visé. Ce que je note, ce ne sont pas les choses à faire, mais les objectifs qui seront réalisés. Je me demande ce que je veux avoir réussi à faire d’ici la fin de la journée, sans me concentrer sur les étapes à franchir. Je me donne des priorités réalistes et j’agis en conséquence, en laissant les autres régions de mon cerveau se débrouiller pour me permettre d’y arriver. Mon cortex préfrontal peut ainsi se reposer, ce qui fait entrer en jeu différentes possibilités, de la souplesse, de la créativité en somme.

Or, il est essentiel que le cortex préfrontal puisse faire une pause, parce qu’il se fatigue rapidement, et que notre capacité de concentration reste limitée. Soyons réalistes : les professionnels occupés que nous sommes, interpellés par mille et une choses, disposent généralement de tout au plus une ou deux heures de concentration soutenue – et ininterrompue – par jour. Sachant à quel point cette ressource est limitée, je me sers de ma liste des objectifs qui seront accomplis pour canaliser mon énergie, établir des priorités et trouver des ressources afin de réaliser les tâches prioritaires. Je me concentre sur le but ultime, pas sur l’amorce ni sur la marche à suivre. Fort de ce simple changement d’optique, j’arrive à réaliser entre 90 et 95 % des objectifs sur ma liste, et à m’occuper des interruptions et des urgences à mesure.

LIEN AVEC LA RÉFLEXION STRATÉGIQUE

L’établissement de listes axées sur une vision n’est qu’un exemple – peut-être mineur – de réflexion stratégique. Plutôt que de laisser vos idées se perdre et votre attention vagabonder, concentrez-vous sur des actions concrètes pour faire avancer votre organisation, progresser dans votre carrière et favoriser votre épanouissement personnel. Afin d’accomplir quelque chose de concret, nous devons bien sûr penser en mode opérationnel. Mais il est parfois utile de s’arrêter pour réévaluer la stratégie employée et se poser des questions : Suis-je sur la bonne voie? Faut-il rectifier le tir?

La conclusion de David Rock? Une fois que nous aurons compris que nos difficultés relèvent simplement des contraintes cérébrales, il nous sera plus facile de concevoir des stratégies pour les contourner. Prenons des mesures en vue de respecter les limites du cortex préfrontal : il suffit de dresser des listes axées sur une vision, d’éviter les sources de distractions nuisibles, de gérer notre temps ou d’avoir recours à d’autres techniques pour gagner en efficacité comme leaders stratégiques.

 

Bob McCulloch est une autorité en prestation de conseils stratégiques et en accompagnement de cadres supérieurs. Il contribue à former les dirigeants de demain.

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