L’avenir d’Internet et votre organisation

Sue Gardner, ancienne directrice générale de la Wikimedia Foundation, répond à une série de questions qui vous permettront d’en apprendre davantage sur l’avenir d’Internet. Mme Gardner donne également un aperçu de l’allocution qu’elle prononcera à l’occasion du congrès UNIS 2016.

Ancienne directrice générale de la Wikimedia Foundation, Sue Gardner est une spécialiste du numérique et une ardente défenseure des technologies libres et du leadership. Invitée à prononcer une allocution au congrès national UNIS 2016, elle parlera des transformations qu’opèrent les progrès des technologies de communication sur notre monde et de l’avenir d’Internet.

Vous êtes connue pour votre volonté de préserver l’utilisation libre et ouverte d’Internet. En quoi la question est-elle si importante aujourd’hui, dans un monde où les médias en ligne ne cessent de croître et d’évoluer?

De mémoire d’homme, Internet constitue le progrès le plus décisif jamais réalisé dans le domaine de la communication, loin devant la radio, la télévision ou le téléphone. Internet permet à monsieur et madame Tout-le-monde de communiquer en temps réel – en tout temps et partout sur la planète. Il fait fi des continents et des frontières. Internet a universalisé l’accès à l’information : de nos jours, le simple citoyen peut se renseigner sur n’importe quel sujet plus facilement que jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité.

Cependant, ne tenons pas cet accès à l’information pour acquis, ou nous risquons de le perdre. C’est d’ailleurs ce qui est en train d’arriver dans une certaine mesure. Dans certains pays, la Toile est soumise à une forte censure; dans d’autres, l’expérience de l’internaute est façonnée par les forces du marché, qui déterminent ce qu’il peut acheter et ce qui lui est offert en matière de divertissement.

Internet est la première ressource que nous consultons pour trouver ce que nous cherchons – qu’il s’agisse de renseignements, d’idées, de communautés, de formation ou de produits et services. Que conseillez-vous aux entreprises, aux OSBL, aux administrations publiques et aux particuliers qui souhaitent fournir un apport constructif?

Publiez tout. Sur Wikipédia ou sur votre propre site. Libérez de tous droits vos données, vos résultats d’études et vos publications. Mettez tout en ligne, tout simplement.

Voici une anecdote sur les bienfaits de ce geste. À mon arrivée à la Wikimedia Foundation, en 2007, l’une des premières choses que j’ai faites a été d’élaborer une politique sur les déplacements, car il n’y en avait pas. Nous mettions en ligne toute notre information, à moins qu’une restriction liée à la protection des renseignements personnels nous en empêche. J’ai donc diffusé la nouvelle politique sur notre site Web.

Aujourd’hui encore, je rencontre des personnes qui me disent : «J’ai eu à rédiger une politique sur les déplacements. J’ai fait une recherche dans Google pour trouver des exemples et je suis tombé sur la vôtre.» Ces personnes m’expliquent alors comment elles ont adapté cette politique à leur organisation.

Qu’avions-nous à gagner à garder notre politique confidentielle? Elle n’avait rien de particulier. Mais en la mettant en ligne, nous avons probablement permis à bien des gens d’économiser un temps considérable, car ils ont pu s’en inspirer pour rédiger leur propre politique au lieu de partir de zéro.

En quoi votre expérience à la barre de la Wikimedia Foundation a-t-elle influencé votre conception des impératifs de la direction d’organisations et du leadership?

Au début de ma carrière à la CBC, j’ai développé une forte tendance à privilégier l’ouverture et la collaboration, car le journalisme fonctionne ainsi. Alors même si vous avez une propension naturelle au contrôle, sachez que l’influence et la persuasion sont bien plus profitables à tout le monde.

Quand je suis passée à Wikimedia, j’étais déjà en faveur de cette approche, mais j’ai appris à l’appliquer à beaucoup plus grande échelle. Mes interlocuteurs se trouvaient aux quatre coins du globe, dans des fuseaux horaires différents, et l’anglais n’était pas leur langue maternelle. La communication écrite occupait une large place, car il n’était pas toujours possible d’échanger en temps réel. Je devais aussi exclure de mes communications les éléments susceptibles d’être mal compris par des auditoires divers, comme les blagues et les jeux de mots, les métaphores ou les références à la culture populaire.

Cette façon de faire était essentielle dans le cas de Wikimedia, mais je crois qu’elle fonctionne bien n’importe où.

Le numérique est intimement lié à l’intérêt public, valeur phare de notre organisation et de la profession comptable. En quoi les avancées technologiques aident-elles les CPA à devenir de meilleurs leaders et de meilleurs citoyens du monde?

Notre culture a engendré de formidables institutions vouées au service du public. Or, je constate que beaucoup de ces institutions – je pense aux bibliothèques, aux écoles et aux grands OSBL – ont du mal à interpréter leurs valeurs dans cette nouvelle réalité. Elles doivent plutôt revoir comment ces valeurs s’expriment de nos jours.

Le secteur des technologies, pour l’essentiel, n’a aucune idée de ce que sont ses valeurs. Le fossé qui sépare son discours et la réalité a quelque chose de pathétique. Les entreprises de technologies se targuent constamment d’être des sources d’inspiration, de créer de nouvelles possibilités, d’améliorer radicalement le monde dans lequel nous vivons... alors que, comme nous le disons à la blague dans la région de San Francisco, elles conçoivent en réalité des applications qui reproduisent ce que notre mère faisait pour nous : s’occuper de notre lunch, ramasser le nettoyage à sec, faire l’épicerie. Ces applications n’ont rien de révolutionnaire; elles sont seulement commodes.

À mon avis, la question n’est pas de savoir dans quelle mesure la technologie peut aider les personnes qui ont à cœur le service du public, mais plutôt de savoir comment faire en sorte que la technologie reflète davantage les valeurs propres au service du public.

Quelles sont les principales difficultés auxquelles se heurtent les organisations qui tentent d’élaborer une stratégie mondiale à fois solide et réfléchie?

Il y en a tellement. À Wikimedia, la rapidité à laquelle le cadre réglementaire évolue nous préoccupait beaucoup. Dans certains pays, comme le Brésil et l’Inde, la volatilité de l’environnement à ce chapitre multiplie les risques et peut se révéler coûteuse. Les problèmes accessoires liés aux communications ne manquent pas non plus.

Il faut accepter le fait qu’on puisse se tromper d’une manière à laquelle on n’aurait jamais pu penser, et être prêt à corriger le tir ou à renoncer carrément au projet envisagé. C’est très difficile.

Vous prononcerez une conférence au congrès national UNIS en septembre prochain. De quels sujets avez-vous hâte de nous parler? À quoi les participants peuvent-ils s’attendre en ce qui concerne l’avenir d’Internet et son incidence sur la bonne gouvernance?

Je crois qu’Internet est à la croisée des chemins. Internet a libéré toutes sortes de forces sociales qui créent une nouvelle forme d’empathie et de compréhension chez des personnes extrêmement différentes les unes des autres; en même temps, le monde est de plus en plus polarisé. Ce phénomène s’observe avec une acuité particulière dans l’actuelle course à la présidence des États-Unis. J’ai vraiment hâte d’entretenir les participants au congrès de Vancouver de ce sujet.

Je suis aussi curieuse d’entendre les questions qui me seront posées. C’est ce que je préfère dans une discussion. J’adore prendre connaissance de ce que les gens pensent et de ce qui les intéresse.

Inscrivez-vous au congrès national UNIS 2016, qui se tiendra les 19 et 20 septembre 2016 à Vancouver. Vous aurez ainsi l’occasion d’assister à la conférence de Sue Gardner sur l’avenir d’Internet et sur ce qu’impliquent les médias libres pour vous et votre organisation.

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