Taxer les robots?

Un nombre croissant de politiciens, de gens d’affaires et de commentateurs commencent à exiger ce qui relevait de la science-fiction il y a peu de temps : taxer les robots.

Au cours de l’année 2017, pendant que des milliers de travailleurs dans la vente au détail perdaient leur emploi aux États-Unis, Amazon s’est dotée de 75 000 robots. Selon Quartz, l’entreprise investit de plus en plus dans la robotique, au point que les machines de ce genre pourraient représenter 20 % de sa « main-d’œuvre » en 2018.

 

Pareilles nouvelles poussent un nombre croissant de politiciens, de gens d’affaires et de commentateurs à exiger ce qui relevait de la science-fiction il y a peu de temps : taxer les robots. L’idée, lancée par Mady Delvaux, une politicienne européenne, comporte deux volets. Si les robots se substituent de plus en plus aux travailleurs dans l’avenir, il faudra : 1. taxer leur travail comme on imposerait les travailleurs qu’ils remplacent pour ne pas diminuer les recettes de l’État; 2. imposer les robots au point de les rendre plus coûteux à « embaucher » que les êtres humains pour ralentir le remplacement de ces derniers. Les recettes fiscales pourraient servir notamment à dédommager les travailleurs licenciés et à les aider à se replacer.

 

Même Bill Gates trouve que c’est une bonne idée, et des économistes réputés comme Robert Shiller, de l’Université Yale, estiment que cette piste vaut la peine d’être explorée. Après tout, écrivait-il récemment, des appareils comme Google Home ou Echo Dot d’Amazon commencent à exécuter des tâches autrefois accomplies par des domestiques. En outre, des taxis sans conducteur peuvent désormais remplacer des livreurs de restaurant à Singapour et ailleurs. Aux États-Unis, on parle de plus en plus de camions sans chauffeur qui pourraient bientôt « voler » l’emploi de millions d’Américains. Et ici, au Canada, selon un rapport du Brookfield Institute for Innovation + Entrepreneurship publié en 2016, 42 % des emplois seront touchés par la robotisation dans les 20 prochaines années.

 

PLUS COMPLIQUÉ QU’IL N’Y PARAÎT

Mais taxer les robots, est-ce souhaitable, ou même réalisable? Le jour où les robots auront deux bras et deux jambes, oui, on pourra plus facilement les identifier, mais qu’en est-il d’un bras automatisé sur une chaîne de montage? D’une caisse automatisée dans un supermarché? D’une application web? Devrait-on taxer la suite bureautique Office, de Microsoft, parce qu’elle a fait perdre leur emploi à des commis et à des secrétaires? Où tracer la ligne entre une innovation qui se substitue à un travailleur et une autre qui permet à ce même travailleur d’être plus productif et de gagner davantage?

 

Par ailleurs, ne risque-t-on pas de doublement imposer les entreprises, dont nombre de PME? En ce moment, une entreprise qui augmente sa productivité en ayant recours à la technologie paye de l’impôt sur les profits qu’elle réalise. Or, si un robot lui permet de faire plus de profits, elle devrait donc payer plus d’impôt non seulement sur ces profits, mais aussi pour avoir utilisé un robot afin d’y parvenir.

 

Évidemment, derrière cette idée de taxer les robots, on reconnaît la sempiternelle crainte que la machine remplace l’homme et l’envoie au chômage ad vitam æternam. L’histoire a pourtant démontré que pareille crainte n’est pas fondée, et que le progrès technologique, au lieu d’appauvrir l’être humain, l’enrichit en créant tous les ans de nouvelles opportunités et de nouveaux emplois. Certains postes disparaissent, d’autres apparaissent, et, aux dernières nouvelles, le taux de chômage n’a jamais été aussi bas! Quant aux pauvres caisses de l’État, privé de l’impôt des travailleurs, laissez-moi rire. Depuis 40 ans, une tonne d’emplois ont disparu à cause de la technologie et de la robotique. L’État en a-t-il souffert ? Son embonpoint s’est-il réduit comme une peau de chagrin? Bien au contraire : les gouvernements n’ont jamais autant pigé d’argent dans nos poches qu’aujourd’hui.