Où placer ses billets en 2018?

Un principe s’impose en cette saison des REER : la proportion consacrée aux actions et aux fonds d’actions négociés en bourse ne devrait pas dépasser 100 moins votre âge.

En cette saison des REERs, vous êtes peut-être aux prises avec un éternel problème : où trouver l’argent? Désolé, je ne peux pas vous répondre. Mais supposons que vous êtes en mesure de verser une cotisation. Quels placements choisir? N’étant pas conseiller en sécurité financière, je ne suis pas habilité à émettre des recommandations précises, alors j’aborderai le sujet de façon générale.

Tout d’abord, comment répartir les actifs de votre portefeuille? En général, je me méfie des règles empiriques, car chaque situation est unique, mais il est un principe que je trouve pertinent : la proportion consacrée aux actions et aux fonds d’actions négociés en bourse (FNB), dont les rendements peuvent être élevés (mais aussi faibles, voire négatifs), ne devrait pas dépasser 100 moins votre âge. Vous avez 30 ans? Le plafond sera fixé à 70 % en actions. Vous en avez 80? Il se chiffrera à 20 %. Autrement dit, vous devriez investir à raison d’une proportion égale à votre âge dans des produits à revenu fixe et rendements positifs (mais faibles), comme les CPG et les obligations d’État. N’oubliez pas de rééquilibrer vos actifs en tenant compte de l’ensemble de votre portefeuille, au-delà de la cotisation de cette année.

Concentrons-nous sur la part en actions de votre avoir et supposons que vous adoptez une stratégie de placement passive axée sur des FNB indiciels à faible coût.

Où investir dans ce cas-là? Avant tout, songez à la diversification géographique. Pensez aux titres de sociétés étrangères, et ce, pour plusieurs raisons. À commencer par la forte dépendance du marché boursier canadien aux ressources naturelles (et au secteur financier). L’écrasement récent des cours du brut a fait reculer les rendements de l’ensemble du marché canadien ces dernières années. Ceux qui avaient mis tous leurs œufs dans le même panier et privilégié les actions canadiennes l’ont regretté. Pourquoi ne pas investir aussi aux États-Unis?

Voyons comment notre marché s’est comporté par rapport au marché américain sur 30 ans. Pour ce faire, examinons le tableau des taux de rendement annuels moyens du marché canadien (indice composé de rendement global S&P/TSX) et du marché américain (indice de rendement global S&P 500) présenté plus loin. Dans les deux cas, on suppose que les dividendes sont réinvestis et que le rendement est composé annuellement.

TAUX DE RENDEMENT ANNUELS MOYENS (au 31 décembre 2017)

Comme on le voit, le marché américain a largement devancé le marché canadien au cours des 10 à 30 dernières années, mais tous deux ont été pratiquement à égalité durant les 20 dernières années. Vraiment? Une précision s’impose : les rendements mesurés selon l’indice S&P 500 sont exprimés en dollars américains. Comme les Canadiens déclarent les opérations de placement en dollars canadiens, les chiffres doivent être convertis en conséquence. Le tableau ci-dessous montre donc les valeurs indicielles S&P 500 dûment converties en dollars canadiens, aux taux de change en vigueur, ainsi que la plus-value révisée par rapport à l’indice TSX.

TAUX DE RENDEMENT ANNUELS MOYENS (au 31 décembre 2017 après conversion en $ CAN)

Conclusion? Le taux de change pèse lourd dans la balance. Exprimé en dollars américains, le rendement sur 10 ans se chiffre à 8,5 %, comparativement à 11,15 % une fois exprimé en dollars canadiens. C’est une plus-value annuelle de 2,65 %, imputable à l’appréciation de la monnaie américaine.

Cela dit, si, après avoir consulté votre représentant, vous envisagez de placer une partie de votre avoir en titres américains, soyez prudent; rien ne garantit des rendements futurs aussi favorables. Outre les fluctuations du change, de nombreux facteurs pourraient intervenir. Que penser de la hausse des taux d’intérêt qui s’amorce? Les marchés seraient-ils arrivés à des sommets, et voués à une correction? Et puis, les sautes d’humeur du président Trump se traduiront-elles par des orientations économiques et politiques excentriques? Suspense.