Chaîne de blocs pour les nuls, ou presque

Registres informatisés assurant transparence et sécurité des mouvements de données, les chaînes de blocs sont appelées à transformer radicalement notre façon de travailler et de communiquer.

Nous entrons dans l’ère des chaînes de blocs (blockchains), la plus grande révolution technologique à survenir dans notre profession depuis l’informatisation de la tenue des comptes. Dans trois à cinq ans, le recours à cette technologie sera monnaie courante. Et le Forum économique mondial prévoit que, d’ici 2025, 10 % du PIB mondial sera stocké sur des chaînes de blocs. Mais qu’est-ce qu’une chaîne de blocs? Il s’agit essentiellement d’un nouveau type de registre informatisé qui est appelé à transformer radicalement notre façon de travailler et de communiquer. Il ne faut toutefois pas vous laisser intimider par le terme chaîne de blocs ou la complexité de cette technologie. Après tout, ce n’est qu’un registre!

Rappelons que toute la comptabilité repose sur l’inscription d’opérations individuelles en ordre chronologique dans des registres, ce qui permet d’ordonner les opérations aux fins du regroupement de certains éléments ou en vue de la communication de l’information financière. Certains registres contiennent les opérations qui requièrent une comptabilité en partie double, par exemple les ventes, les achats ou les comptes clients. D’autres renferment des données qui ne sont l’objet que d’une seule inscription, comme les données relatives aux certificats d’actions, aux marques de commerce ou aux quantités en stock.

Le registre qu’est la chaîne de blocs numérise et enregistre les opérations en ordre chronologique. Le principal intérêt est qu’il n’y a pas une seule mais de nombreuses chaînes de blocs qui agissent simultanément, ce qui signifie que chaque opération, plutôt que d’être inscrite dans un seul registre, est communiquée à tous les ordinateurs d’un réseau poste à poste qui enregistrent tous cette opération dans leur propre registre. Un mécanisme de consensus assure l’authentification et la validation de chaque opération.

La chaîne de blocs étant une technologie partagée, la transparence fait partie intégrante de la plateforme. On n’aura donc plus à recourir à des intermédiaires pour administrer les bases de données des registres, et il ne sera plus nécessaire qu’une banque, un administrateur indépendant ou un organisme nommé par le gouvernement vérifie le registre dans lequel une opération aura été entrée au départ, car celle-ci aura été inscrite simultanément dans tous les registres de l’ensemble du réseau. Cela transformera en profondeur nos façons de communiquer entre nous ou avec les gouvernements, les banques, etc.

Il y a une certaine ironie dans le fait que cette technologie, née d’un rêve d’indépendance à l’égard des contrôles centralisés, soit en train de devenir un outil de contrôle. Si vous et moi savons que nous voyons la même chose, les risques diminuent, l’information est plus complète et il devient plus facile de négocier des ententes éclairées. D’ici peu, les factures des entreprises se régleront d’elles-mêmes à la livraison, car chaque partie saura constamment où en sont les choses.

La chaîne de blocs sera aussi utilisée pour assurer la traçabilité des produits dans les chaînes d’approvisionnement. Bientôt, vous pourrez vérifier si la tomate biologique que vous voulez acheter provient bel et bien d’un producteur certifié. En fait, vous pourrez connaître tous les détails de son parcours entre la ferme et l’épicerie.

L’Office of Science du gouvernement britannique a produit une vidéo de cinq minutes très intéressante dans laquelle on souligne la puissance phénoménale de la chaîne de blocs. Avec Internet, nous sommes entrés dans l’ère des communications quasi instantanées; avec la chaîne de blocs, nous entrons dans celle des transferts d’actifs quasi instantanés et de la sécurité des mouvements de données. L’incidence sur les services financiers et l’économie en général sera considérable.