Gueule de bois en vue

Au rythme où s’alourdit son passif, la prochaine génération peut s’attendre à un sacré lendemain de veille.

Avez-vous remarqué comme on parle peu de la dette publique depuis quelque temps? Si vous pensez que nos gouvernements sont plus disciplinés et que la situation est maintenant sous contrôle, vous pourriez bien tomber de votre chaise.

En 2009, année de ma première chronique sur le sujet dans un journal local, la dette du gouvernement fédéral s’élevait à 515 G$ (en dollars constants de 2016). En 2016, elle se chiffrait à 628 G$, soit une hausse de 22 % en sept ans. Sur la période, on a creusé près d’un cinquième de toute la dette publique de l’histoire du pays! Et cela, pendant des années marquées par la croissance économique, sans récession.

Récemment, j’ai fait le même exercice pour un client à propos du Québec. En 2009, la dette du secteur public québécois était, en dollars constants de 2016, de 233 G$. Au 31 mars 2016, elle s’élevait à 276 G$. Il s’agit encore d’un bond de presque 20 % en sept ans seulement. Résultat : les gouvernements des sept dernières années ont cumulé près du sixième de la dette de toute l’histoire de la province!

Mais le cancre de la classe est sans contredit l’Ontario. En dollars bruts, la dette a plus que doublé depuis neuf ans, et dépasse aujourd’hui le cap des 300 G$. Vous avez bien lu : cette dette a doublé en neuf ans. Selon la Fédération canadienne des contribuables, elle augmente de 33,4 M$ par jour, soit 387 $ par seconde.

Un rythme d’endettement incontrôlable et irresponsable.

Le plus inquiétant n’est pas de savoir comment on réussira à rembourser la dette : on ne la remboursera jamais, ou plutôt, les gouvernements se contenteront de rembourser la partie de la dette qui arrive à échéance, souvent grâce à de nouveaux emprunts. Non, le pire est d’admettre que nous avons besoin de nous endetter à ce point, de constater que nos gouvernements vivent au-dessus de leurs moyens. N’oubliez pas : en plus de ce passif exponentiel, le fisc augmente ses recettes en taxant les contribuables un peu plus chaque année.

Et malgré tout, les gouvernements n’arrivent toujours pas à boucler leur budget. Oui, les taux d’intérêt sont bas, et oui, en proportion du PIB, on peut relativiser la dette publique, puisque notre production augmente aussi chaque année. Mais il faut vraiment porter des lunettes roses pour croire qu’un tel rythme d’endettement est sain.

On me répondra qu’il est justifié pour un gouvernement d’emprunter pour financer des infrastructures, comme des routes et des ponts. D’accord, mais notre endettement public n’est pas principalement dû à des dépenses d’infrastructure. Comme plusieurs économistes l’ont montré au fil des ans, une très grande partie de la dette sert à payer l’« épicerie », c’est-à-dire le fonctionnement quotidien de la machine gouvernementale et de tous ses programmes.

Or cette tendance n’est malheureusement pas près de s’inverser. Le passif de l’Ontario, notamment, continuera à grossir : 54 G$ s’y ajouteront d’ici 5 ans, selon le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, un organisme indépendant. Ces nouveaux emprunts serviront à financer, entre autres, des infrastructures.

Reconnaissons que, par le passé, ces dernières – des routes aux réseaux d’aqueduc en passant par les écoles – ont été négligées partout au pays, nombre de politiciens ayant préféré reporter à plus tard les dépenses en immobilisations. Mais qui dit endettement dit futurs impôts à payer, car le service de la dette deviendra de plus en plus coûteux pour l’État. Et au rythme où s’alourdit son passif, un sacré lendemain de veille attend la prochaine génération.